Nous perpétuons notre habitude de vous reporter intégralement les propos de Johann Zarco, de façon brute, donc sans aucune mise en forme ou déformation journalistique.

A côté de la communication parfois un peu formatée des traditionnels communiqués de presse, les échanges entre le pilote français et les journalistes dans l’hospitalité du team Monster Yamaha Tech3 sont d’une richesse et d’une simplicité que les vrais passionnés apprécieront (vous pouvez retrouver tous ses débriefings passés dans notre rubrique “Interviews“).

Il y a toujours le petit détail qui fait plonger chaque jour davantage les passionnés en immersion dans le monde de la MotoGP…


Johann Zarco : « Nous avons fait un test ici, et comparé à la dernière course il y a 15 jours, on devrait avoir moins de problèmes ou moins de confusion pour régler la moto. Nous avons une base de réglages, et une plutôt bonne base de réglages, puisque je me suis senti à l’aise, même si nous avons eu des conditions et des températures différentes. Nous pourrons peut-être mieux nous adapter qu’au Mugello, et ce que j’ai découvert pendant le test ici, c’est que tout était simplement bien : un bon asphalte, bien réalisé, et avoir ces 2 derniers virages rapides, c’est beaucoup mieux pour les motos. C’est mieux pour mon style de pilotage, je peux également m’y reposer. Vous devez rester concentré, mais je peux y relaxer mon corps, alors qu’avec l’ancienne chicane, car on peut l’appeler l’ancienne ou la nouvelle, c’était difficile car c’était comme au Texas : des petits virages très serrés où vous devez bouger rapidement votre moto qui paraît lourde de gauche à droite, ce qui est difficile. Je suis donc heureux de ne pas avoir à me battre avec ça ce week-end.
Mes souhaits sont toujours très élevées car après le problème que j’ai rencontré au Mugello, je suis encore plus relax car j’ai vécu un week-end difficile, j’étais en colère, presque dans le style du vieux Zarco d’il y a 3 ans qui devenait fou quand il n’était pas rapide, puis j’ai vu que ce n’était pas la fin du monde. Donc maintenant, j’arrive ici avec un sourire pour faire ce que je peux faire, à coup sûr donner mon meilleur, et quand tout s’accorde ensemble, nous pouvons penser au podium ou à la victoire. Et pour le moment, c’est tout ce que je souhaite pour ce week-end ».

Au Mugello, vos problèmes venaient de la moto ou plutôt de vous qui n’avez pas su la régler ?

« Je ne sais toujours pas, et je ne veux même pas trop me demander pourquoi, ni même à mes gars. Cela a été une leçon pour moi et j’ai compris que vous ne pouvez pas être au top tout le temps. Pour être champion, vous devez être au top tout le temps mais pour le moment, nous sommes peut-être en mesure de nous battre pour le championnat mais cela reste un objectif très élevé, peut-être un peu trop pour y penser, et peut-être un top 3 serait déjà fantastique. Donc quand cela ne vient pas immédiatement, je dois accepter et me dire « OK, cela ne vient pas ce week-end, donc attaque mais accepte que tu ne te sentiras peut-être pas bien ». Je ne l’ai pas accepté immédiatement et j’ai vu que, que je sois en colère ou pas, le résultat sera de toute façon plus ou moins le même. Il est donc préférable de rester calme et d’économiser de l’énergie ».

Est-ce que vous ne vous êtes pas mis tout seul la pression au Mugello ?

« C’est possible, oui, car la raison pour laquelle j’étais sous pression est que maintenant je sais mieux ce que je suis capable de faire, ce que la moto peut faire, et ce que je peux atteindre comme objectif. Donc je me suis peut-être mis moi-même sous pression même si je dis que j’essaie de rester à l’écart de cette pression. Mais je pense que je suis rentré un peu trop dedans et je ne l’ai pas évacuée comme cela doit être fait. Oui, l’année dernière a été plus facile de ce point de vue car je me disais « OK, il y a quelque chose que tu ne comprends pas encore ». Mais maintenant, au Mugello, je n’ai pas accepté qu’il y ait encore quelque chose que je comprenne pas, pourquoi cela ne fonctionnait pas. De mon côté, du côté de la moto, je ne sais pas. Comme je l’ai dit, la seule chose qui a été positive au Mugello, c’est que j’ai peiné mais Marc a aussi peiné. Et comme il est généralement le champion, cela veut dire que c’est bien (rires) si je peine seulement au Mugello. Donc j’essaie de prendre du positif de cette façon ».

Les pneus se dégradent généralement en fin de course. Est-ce que tu as peur de ça ici où le revêtement vient d’être refait ?

« Non, pas au point de dire que cela attaque trop les pneus parce que c’est abrasif. Actuellement, de ce qu’on a pu tirer du test où il faisait assez chaud, on a ici quasiment les mêmes pneus, donc c’est important. On a enquillé des tours dessus. Quand la piste a beaucoup de Grip, on utilise parfois finalement moins le pneu par ce qu’on patine moins. Le fait de moins patiner, on mange moins de pneu, alors qu’une piste qui va moins accrocher, on va parfois manger plus de pneus parce que ça patine. Toute explication pourrait être logique, mais celle-la, avec les dernières sensations que l’on a pu avoir, c’est les résultats qu’on a eu ».

Tu peux nous expliquer les virages rapides où tu peux te reposer ?

« Comme je disais, on a quand même des motos assez lourdes et on arrive avec de la vitesse. Là, sur un virage rapide, une fois que l’on a placé la moto… c’est sûr que si on l’a mal placée, on en chie ensuite sur tout le reste du virage, mais si on se place bien, alors il faut rester dans sa ligne et tout coule. Alors que sur les virages très lents et serrés, il faut vraiment forcer. Une fois que l’on est à gauche, on n’a pas le temps de relâcher le corps qu’il faut déjà balancer la moto à droite. Et ça, ça use pas mal d’énergie ».

Les performances au Mugello ont-elles un lien avec l’issue du Grand Prix de France ou cela n’a-t-il rien à voir ?

« Au Grand Prix de France, j’étais quand même ultra performant. Mais il y a peut-être aussi un lien avec le fait de chuter. Comme la chute n’était pas le résultat mérité, il y a eu peut-être ce désir de vengeance. Il y a eu de ça, le vendredi et le samedi, en disant « j’étais si proche du but, que je peux l’être encore ici » même si le circuit est différent et que l’on avait plus de facteurs qui n’étaient pas en notre faveur au Mugello. Mais on y croit quand même. Mais à la fin, cela ne l’a pas fait. C’était peut-être aussi par rapport à l’année d’avant où j’avais eu du mal. Là, je m’étais dit que je ne voulais pas avoir ces mêmes difficultés, et pourtant, ça c’est répété. Maintenant, je prends week-end par week-end ».

Techniquement, qu’est-ce qui te pose problème sur ce circuit, car même en Moto2, cela n’a jamais été terrible ?

« Je n’arrive pas encore à l’analyser. Là j’ai essayé d’aborder le sujet un peu différemment, sur les réglages, sur les commentaires, et je vois que ça n’a pas marché non plus. Avec cet asphalte, on a quand même tendance à beaucoup glisser de l’avant, et c’est peut-être ça : être un peu plus limite sur le train, ou dès qu’on veut placer mieux la moto, on peut tomber. Ça rend les choses difficiles. Pour l’instant, c’est l’explication technique que je donne ».

Le guidon de Pedrosa était à prendre. Pas de regret de ne pas avoir discuté avec Honda ?

« Non, non. Sans regret, ça c’est clair, parce que le projet à venir est franchement intéressant. Avec Laurent, on croit dur comme fer que ça va marcher, ça peut marcher ».

Lorenzo chez Honda, ça peut marcher ?

« Je n’y pense même pas. Ce n’est pas mon job. Il est chanceux ! Il est chanceux d’avoir une place comme ça, parce que il a gagné, ce qui est le signe qu’il est toujours bon, mais si on prend les 18 courses de l’an dernier plus 5, cela fait les 23 courses avant le Mugello, ça ne mérite pas une place de pilote officiel Honda ».

Ici, il y a eu le test avec Michelin, il y a le Grand Prix, et il y aura encore un autre test de lundi. Est-ce que tout cela apporte vraiment quelque chose ?

« En tout cas, cela apporte aux pilotes d’être à plus de 300 et de jouer à ces vitesses là. Ça permet de se décontracter encore plus pour le reste des courses. Et je pense que le fait de le répéter sur le même circuit, au lieu d’aller chercher à tout prix à battre un record de piste, je vais en discuter avec l’équipe mais pourquoi pas choisir un pneu qui peut-être ne fonctionne pas bien ici et s’entraîner à le faire fonctionner. Si vraiment tout va bien et qu’on peut se permettre cela, et même si c’est le même tracé, cela change les conditions et les outils que l’on a pour trouver une performance. Cela peut parfois être sympa pour ça ».

Le Tourist Trophy s’est gagné la semaine dernière à 216 km/h de moyenne. Tu en penses quoi ?

« Je suis admiratif de cette course. Sans rêver de la faire, parce que je pense qu’il faut vraiment vivre là-bas et je ne me vois pas encore partir en dépression après une carrière en MotoGP ratée, me dire que je vais vivre sur l’île que pour ça et apprendre le circuit. Mais être un héros de ce tracé en vainqueur, je me dis que ça serait beau, parce qu’on a vraiment un autre aspect de la moto, et c’est l’aspect le plus pur de la moto, à cause de tout ce coté « on vient voir les pilotes affronter la mort en face ». Et ça, c’est de plus en plus mal vu, mais les Anglais gardent encore beaucoup cet esprit de gladiateurs. Et ça rend quand même la discipline unique ».


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