Juste avant que l’équipe Tech3 n’embarque pour la tournée américaine, nous avons pu échanger avec Hervé Poncharal.

Mais plutôt que de lui faire faire des prévisions toujours hasardeuses par la force des choses, nous avons préféré adopter un angle un petit peu décalé pour aborder ces deux épreuves.


Hervé Poncharal, vous partez pour une tournée transatlantique sur les deux Amériques. Pouvez-vous nous dire dans quel état d’esprit vous les abordez et quelles sont les caractéristiques différentes de ces 2 week-ends, aussi bien au niveau de l’environnement que sur le plan sportif ?

Hervé Poncharal : « franchement, j’adore partir sur les Grands Prix lointains, et surtout, plus que lointains, dépaysants. Et même si parfois je grogne un peu à l’idée de faire ma valise pour la énième fois car c’est vrai qu’avec l’âge ce qui nous faisait rêver quand on avait 20 ans nous fait un petit peu moins rêver, je suis toujours excité de partir et je pense que c’est la même chose pour toute mon équipe. Quelque part, c’est notre passion, c’est notre vie, et même si ça fait du bien d’avoir une petite coupure entre 2 Grands Prix, on en a vite assez et on a toujours hâte d’être au prochain. Là, ce sont deux Grands Prix sur le continent américain.
Le premier est en Argentine et je vais vous faire une confidence. Il y a beaucoup de gens qui se comportent en enfants gâtés et qui aimeraient que, où que l’on soit sur la planète, ce soit comme à la maison. Pour moi, la course moto c’est aussi se déplacer, rencontrer des gens, voir des modes de vie, aller le soir au restaurant pour avoir un contact avec la population locale, apprécier les paysages différents et les météos diverses. Tout ça me plaît même si le paddock n’est pas toujours aussi bien organisé que ça peut l’être en Europe. Le seul critère sur lequel on ne transige pas est la sécurité, et pour ça, on peut faire confiance à Carmelo Ezpeleta pour n’aller que sur des circuits où, effectivement, la sécurité est au niveau de ce que l’on attend. Pour ça, il n’y a pas de problème. Après, qu’il y ait des connexions Internet une peu plus lentes, qu’il faille partager certains blocs-toilette à plusieurs box ou que les parkings soient un petit peu plus loin du circuit, pour moi, tout ça est anecdotique. Le prochain Grand Prix est en Argentine, à 1h15 d’avion au nord de Buenos Aires, et comme on dit, c’est un peu la pampa, mais quand on arrive, on a vraiment l’impression que c’est l’événement important de l’année pour cette ville. Et pas que pour les aficionados du MotoGP. Mais pendant 8 ou 10 jours, la ville vit au rythme du MotoGP. Il faut se rendre compte que pour ce Grand Prix, il y a des spectateurs qui viennent de Colombie, du Brésil, du Chili, bref qui arrivent de toute l’Amérique du Sud, mais en moto ! L’année dernière, je me rappelle que le super fan Motul venait du Chili avec une petite 125 monocylindre 4 temps et qu’il avait dû monter à plus de 4000m d’altitude pour passer certains cols ! Discuter avec ces gens là, c’est hyper sympa. En ville, tous les gens sont heureux car il se passe quelque chose, les restaurants sont pleins de monde, il y a des activités et une belle atmosphère. Les Sud-Américains sont plutôt enclins à faire la fête et c’est génial. D’une année sur l’autre, il y a de plus en plus de gens et les organisateurs tiennent vraiment compte des suggestions qu’on leur fait. Le paddock a vraiment évolué et je suis donc très heureux d’aller là-bas. Je ne fais pas partie de ceux qui se plaignent des petits inconvénients, comme par exemple les moustiques, puisque l’on est au bord d’un lac de barrage. Les inconvénients sont bien plus petits que les bons moments que l’on passe là-bas ! »

Cela veut-il dire qu’en tant que latin, vous préférez l’Argentine au Texas ?

« C’est totalement différent, même si le Texas est quand même le sud des États-Unis et il y a un certain côté latino que l’on perçoit bien dans les langues utilisées. En Argentine, la ville est si petite qu’évidemment tous les habitants sont au courant et vivent au rythme du Grand Prix. Austin est une grande ville où il se passe énormément de choses et vous pouvez très bien aller dans 2 ou 3 restaurants sans que les gens sachent qu’il y a un Grand Prix. L’ambiance est donc différente mais les USA sont quand même sympas car ils aiment les sports mécaniques, même s’ils préfèrent sans doute le Nascar. Et comme c’est le seul Grand Prix qui reste aux États-Unis, puisqu’on ne va plus à Indianapolis et à Laguna Seca, il attire des gens de tout le continent nord-américain. Et l’ambiance du paddock est différente puisqu’on y trouve des mini salons avec plein de motos tunées car ils adorent ça. Au Texas, ce sont des cow-boys, donc on voit tout un tas de gens marrants, un peu à la ZZ Top, qui se baladent dans le paddock. C’est sympa aussi. Les deux épreuves sont différentes mais sympas toutes les deux. Sans doute qu’on se sent un peu plus en phase avec les gens en Argentine car à Austin le circuit est magnifique, mais il est tellement grand et tellement bétonné qu’on se sent un peu perdu. »

Dans votre valise, y a-t-il quelque chose d’atypique que l’on ne soupçonnerait pas, mais que votre expérience ne vous fait jamais oublier ?

« En ce qui concerne ma valise, il n’y a rien d’extraordinaire, mais j’ai décidé de ne pas rentrer en France entre les 2 Grands Prix pour passer une semaine aux États-Unis à faire un peu de motos avec des copains. Dès lors, ma valise n’étant pas extensible à l’infini, j’ai essayé de prendre des habits adaptés aux différentes météos. C’est toujours un moment un petit peu prise de tête car tu as toujours peur de ne pas en avoir assez alors qu’en fait, tu en emportes toujours trop. Ce n’est pas très original mais ce qui me suit partout, c’est une paire de tongs, des shorts et un maillot de bain avec des lunettes de natation. Parce que dès que je peux, j’adore nager. J’emporte aussi souvent une tenue pour faire du vélo, et pour le reste, j’essaie d’être le plus rationnel possible en emmenant le moins de choses possibles. »

Parlons maintenant des attentes sportives. En fonction des différents tracés et des résultats passés, y a-t-il une épreuve où elles sont plus élevées qu’ailleurs ?

« Grosso modo, je pense que c’est pareil. L’année dernière, le Grand Prix d’Argentine a été la première course où Johann a marqué des points puisqu’il avait fait un blanc au Qatar. Il y avait fait une très belle remontée et la Yamaha M1 fonctionne bien là-bas. Johann aime ce circuit. Pour Hafizh, je ne sais pas puisqu’on n’y a jamais été avec lui en MotoGP. On a vu qu’Austin convenait très bien à Márquez puisqu’il y détient le record absolu de victoires, de mémoire six d’affilées en Moto2 et en MotoGP. Est-ce que c’est dû à Márquez ou à la Honda ? Je ne sais pas mais pour moi, peut-être que la Yamaha est un petit peu plus compétitive à Termas de Rio Hondo qu’à Austin. C’est ce que je dirais. Mais Johann avait aussi fait une très belle course l’année dernière au Texas même s’il avait un peu faibli en fin de course et s’était fait passer par Cal Crutchlow. Donc on peut pas vraiment partir en disant qu’il fera mieux ici ou là, car cela va dépendre de plein de paramètres. Mais comme sur chaque course où on va aller, on va essayer de faire un top 5, et après, le top 5 ça peut être 5, mais ça peut aussi être 4 ou 3. On va voir. Je lui ai parlé encore vendredi dernier et il avait fait une séance d’entraînement avec sa supermotard comme il le fait maintenant régulièrement entre chaque Grand Prix avec Laurent Fellon. Ils ont bien roulé, ils étaient contents, et il est en forme. »