C’est une intéressante interview de Jorge Lorenzo que l’on trouve sur le site GPOne. Comme une pause hors du monde des Grands Prix, un échange entre soi, loin du championnat, de la Yamaha et des rivaux sur la piste et dans les coulisses. Por Fuera est un caractère spécial et certainement fort. Il l’assure, on le prend comme il est. Ou pas.

Les champions des Grands Prix ont tous quelque chose en plus du commun des mortels. Leur perception de l‘espace-temps est différente, leur forme physique est olympienne et leur capacité à se remettre des blessures et à résister à la douleur est tout simplement hors-norme. Qu’importe ensuite les résultats, rien que pour tout ça, ils méritent le plus grand respect.

Ensuite, c’est comme dans la vie, il y a des gens qu’on aime ou pas. Jorge Lorenzo, de ce côté-là a toujours été considéré comme particulier. Et notamment par une transparence désarmante. Jeune et débutant, cette spécificité l’a fait passer pour arrogant et à présent, on le trouve distant et à l’esprit tortueux. C’est en fait un écorché vif qui s’est adapté à un milieu qu’il fréquente depuis l’âge de 15 ans qui ne fait pas de cadeaux : « aujourd’hui je n’ai plus grand-chose à voir avec cet adolescent que j’étais » précise celui qui en a maintenant 29.

« Mais si j’ai beaucoup changé, je n’ai pas modifié ma manière d’être dans le box quelques minutes avant de monter sur la moto » continue le Majorquin. « Je reste très sérieux et très concentré. Je ne sais pas faire des blagues devant les caméras comme d’autres pilotes font. « Et d’ailleurs, je ne veux pas changer ma manière de travailler pour séduire des fans. Je veux être tel que je suis. Si vous aimez, tant mieux, sinon… C’est ma vie, et je veux la vivre comme je l’entends et pas comme d’autres personnes voudraient qu’elle soit vécue ».

Pour autant, le triple Champion du Monde Yamaha s’est quelque peu relâché : « mon ambition et mon approche perfectionniste ne me permettent pas beaucoup de m’amuser car je veux toujours obtenir le meilleur résultat possible et vivre pleinement ma carrière sportive. Mais si, au début de ma carrière, je ne faisais pas la fête après une victoire, à présent, je partage quelque bières dans le motorhome en écoutant de la musique et en dansant avec mon équipe. Mais à part ça, je vis comme un bouddhiste. On n’est plus comme dans les années 70 avec Barry Sheene et James Hunt. On a changé d’époque. On ne peut plus profiter comme ça aujourd’hui si vous voulez gagner des courses et des titres ».

Alors, pendant encore combien de temps cette vie d’ascète ? « Parfois je me dis pourquoi continuer cette vie et faire ces sacrifices ? Mais une autre partie de moi me dit que si j’arrêtais, je manquerais quelque chose. Le talent que j’ai peut m’apporter de belles choses dans la vie. C’est dur d’arrêter. Alors je ne sais pas pour combien de temps encore. Il y a cinq ou six ans, je me donnais deux ou trois ans avant de stopper. Ce délai est passé et je vois que je me fais toujours autant plaisir, que je gagne encore et que je chute moins. Du coup, je me donne toujours deux ans avant de refaire le point ».

Rendez-vous donc après les deux saisons passées chez Ducati. Au passage, à la lecture de cette interview, on ne peut s’empêcher de penser à un Valentino Rossi qui continue sa carrière au plus haut niveau à 37 ans.

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