Depuis le début de saison, Yamaha accuse un retard considérable face aux autres constructeurs. La firme d’Iwata peine à faire fonctionner son nouveau prototype V4, et préfère se dire qu’il existe pour préparer le changement de réglementation en 2027. Il n’est pas rare de croiser des observateurs qui continuent de croire en Yamaha, car, après tout, « c’est une marque mythique », qui « va revenir ». Je crois que ce raisonnement est fallacieux et je vais m’expliquer.
Pourquoi ça n’a pas de sens
Cet argumentaire est courant. Parce que Yamaha a écrit l’histoire des Grands Prix motos, qu’ils ont tant gagné sous la houlette de légendes comme Roberts ou Agostini, qu’ils ont marqué les années 2000 avec l’un des plus grands pilotes de tous les temps, Yamaha devrait absolument retrouver le chemin de la victoire. Avec cet argument vient souvent celui de la puissance financière, que l’on prête également volontiers à Honda. Je n’ai jamais compris ce discours.

Croyez-vous que les dirigeants, qui voient davantage les chiffres que les courses MotoGP, sont heureux des résultats et de la réputation de Yamaha actuellement ? Photo : Yamaha
Premièrement, revenons sur la puissance financière, car je crois que celui-ci se réfute très facilement. Si c’est vraiment déterminant, pourquoi la firme est-elle déclassée depuis 2022 ? Pourquoi les millions n’ont-ils pas servi la performance au cours de ces cinq dernières saisons ? Pourquoi Aprilia, marque bien moins riche, a-t-elle réussi à s’en sortir et joue désormais le titre mondial ? Tout simplement parce que l’argent ne fait pas tout. Il faut aussi des cerveaux, une organisation, une philosophie qui fait gagner. Partant de ce principe simple, on ne peut pas affirmer que Yamaha va revenir au sommet grâce à ses finances, qui, de toute manière, sont assez décorrélées de son engagement en Grands Prix. Ce n’est pas parce qu’une concession perdue au beau milieu de la Franche-Comté vend une MT-09 que les ingénieurs de l’équipe d’usine vont enfin trouver une solution au patinage excessif de la M1 en pleine ligne droite.
Deuxièmement, l’image de Yamaha. Là aussi, c’est un biais. On imagine que Yamaha est intouchable, car les Japonais ont longtemps dominé les Grands Prix. Deux choses l’une. D’abord, en sports mécaniques comme en histoire, il existe des ères. À la naissance du Championnat du monde, les marques anglaises étaient très performantes, puis les italiennes ont tout gagné. Ensuite, ce fut les japonaises, pendant très longtemps. Mais pourquoi les Européens ne pourraient-ils pas avoir une nouvelle période florissante ? Beaucoup ont du mal avec l’idée que les constructeurs nippons pourraient être dépassés ; pourtant, au Japon, des signes alarmants existent déjà. Yamaha reste tout de même dépendant de la dynamique de son pays, son passé n’y change rien. Alors, quoi, si MV Agusta revenait avec une moto peu performante, on dirait qu’ils vont y arriver parce qu’ils ont tout écrasé il y a 60 ans ? Ça n’a aucun sens.
Ensuite, à écouter les défenseurs de cette théorie, on a l’impression que ces marques sont inamovibles de par leur nom. Ferrari et McLaren en F1, Honda et Yamaha en MotoGP, Porsche au Mans (dans toutes les catégories), même combat. J’ai remarqué qu’on parle beaucoup moins des constructeurs légendaires qui ont fait faillite, ou qui ont arrêté net tout engagement en sports mécaniques. Prenons l’exemple de Lotus en Formule 1. Grâce à Colin Chapman, l’entreprise anglaise a triomphé dans la plus prestigieuse des catégories en la changeant à jamais dès les années 1960. Team Lotus a tout remporté, a hébergé des pilotes légendaires, tels que Jim Clark, Mario Andretti, Jochen Rindt ou Ayrton Senna. Et pourtant, en 1994, dans l’agonie la plus triste, tout s’est arrêté.
Yamaha pourrait dire stop ?

Et puis, revenir au sommet, ça veut dire quoi ? On dit que Ferrari va revenir au sommet en F1 depuis très longtemps, mais aucune monoplace rouge n’a été dangereuse au général depuis 2012. Ils restent bien plus performants que Yamaha. Photo : Yamaha
Je vous pose une question de but en blanc : pensez-vous que Yamaha pourrait se retirer dans les cinq prochaines années ? Vous me direz sans doute que non, que c’est trop gros. Très bien. Revenons dans le présent l’espace de quelques instants. Nous sommes en 2026, et Yamaha a placé ses quatre M1 aux quatre dernières places lors du Grand Prix des Amériques. La firme aux diapasons va perdre sa star Fabio Quartararo, et a échoué à recruter le triple champion du monde Pecco Bagnaia. De sérieuses rumeurs laissent entendre que Monster Energy, sponsor titre de l’équipe d’usine, serait sur le point de partir. Quartararo, champion en 2021, n’arrête pas de dézinguer la moto à chaque sortie dans la presse ; Razgatlioglu la compare à une Honda Goldwing, et Rins dit qu’il ne prend aucun plaisir à son guidon. Cela fait cinq ans, cinq longues années que Yamaha fait plus ou moins de pire en pire, V4 ou quatre en ligne. L’organigramme a changé, de nouvelles personnes ont été nommées à des postes importants, et rien n’y fait. Voilà la réalité de Yamaha en 2026.
Je vous repose une nouvelle question, à laquelle je vous incite à répondre en commentaires. Diriez-vous que la marque japonaise est plus proche d’un retour au sommet ou d’un départ de la catégorie MotoGP ? À l’heure où ces lignes sont écrites, je crois que c’est clair.
Conclusion
Le but de cet article n’est pas de vous alarmer outre mesure. D’ailleurs, je pense que Yamaha n’arrêtera pas de sitôt. J’ai simplement écrit ces quelques paragraphes pour vous faire prendre conscience de la réalité que subit Iwata depuis plusieurs années. Les bleus pourraient réussir la transition en 2027, oui, c’est un fait que je n’exclus aucunement. Mais ils pourraient aussi ne jamais se relever ; ce scénario est objectivement plus probable au vu de la dynamique en cours depuis bon nombre de saisons. Cette issue, beaucoup ne sont pas prêts à l’accepter et c’est précisément ce qui a motivé l’écriture de cet article.
Qu’en pensez-vous, et que répondez-vous à mes questions ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Les M1 devraient recevoir des améliorations sous peu. Croisons les doigts. Photo : Yamaha
Photo de couverture : Yamaha MotoGP






























