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Bagnaia

Sur le papier, le Grand Prix de Hongrie a offert à Francesco Bagnaia ce dont il avait besoin : un podium, un doublé Ducati et quelques points précieux récupérés dans un week-end qui s’annonçait pourtant compliqué. Mais derrière la troisième place décrochée au Balaton Park, le pilote italien n’a trompé personne. Pas même lui-même.

Entre ironie, lucidité et une pointe d’autodérision, Pecco Bagnaia a reconnu que ce podium devait plus aux circonstances qu’à sa propre performance. Car lorsque Jorge Martin a déclenché le spectaculaire carambolage du premier virage, emportant avec lui Marco Bezzecchi, Fabio Di Giannantonio, Raul Fernández et Fermin Aldeguer, le scénario de la course a changé instantanément.

Et Bagnaia en est parfaitement conscient. « Je ne sais toujours pas ce que je fais ici », a-t-il lancé avec un sourire aux journalistes. Une phrase qui résume à elle seule son sentiment. Le pilote Ducati ne cache pas qu’il a bénéficié du chaos du premier virage.

« Heureusement, j’ai un peu dérapé au départ. Ce n’était pas un bon départ, et quand j’ai commencé à freiner, j’étais déjà légèrement distancé. J’ai vu que Martin n’arrivait pas à s’arrêter, et au premier virage, il a chuté avec tout le monde. »

L’Italien raconte presque la scène au ralenti. « À ce moment-là, j’ai perdu deux places, mais je me suis rattrapé au deuxième virage et je me suis retrouvé troisième. »

Une troisième place qu’il ne quittera plus. Mais très vite, Bagnaia comprend également que la victoire est hors de portée. « J’ai essayé de suivre les deux premiers, mais après 5 ou 6 tours, j’ai compris que je n’avais aucune chance ; ils avaient un rythme différent, et j’ai réalisé que ce n’était pas mon combat. » Une analyse brutale mais honnête.

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Bagnaia sur Jorge Martin : « C’était plus la faute de l’asphalte que celle du pilote »

Contrairement à Fabio Di Giannantonio, très virulent contre Jorge Martin après l’accident, Bagnaia adopte un ton beaucoup plus mesuré. Selon lui, le principal responsable pourrait être l’état du circuit. « Je pense que Jorge n’a pas freiné très fort, mais l’avant s’est bloqué et il n’a pas pu l’arrêter. » Puis il ajoute : « Il a essayé tant bien que mal, mais à mon avis, c’était plus la faute de l’asphalte que celle du pilote. » Un jugement qui tranche avec la colère de plusieurs pilotes impliqués dans l’accident.

Malgré le résultat, Bagnaia refuse de parler de progrès. Il estime même avoir souffert davantage qu’espéré tout au long du week-end. « J’étais vraiment à la limite avec la roue avant droite, je perdais beaucoup d’adhérence et je ne pouvais pas freiner fort. »

Le double champion du monde MotoGP a passé une grande partie de la course à gérer ses problèmes plutôt qu’à attaquer. « Je n’ai pas terminé là où je le souhaitais. » L’aveu est clair. Le podium ne change pas son diagnostic.

Lorsqu’on lui demande si ce week-end marque un pas en avant par rapport au Mugello, sa réponse tombe immédiatement : « Aucun. » Pas de langue de bois. Pas d’optimisme forcé. Simplement le constat d’un pilote qui continue de chercher les sensations perdues. « Je n’arrivais pas à trouver le bon feeling à l’arrière pour forcer l’entrée. »

« Aujourd’hui, c’était étrange. Je me retrouvais souvent à l’intérieur par la droite et la moto bougeait beaucoup, ce qui rendait le freinage difficile. » Et l’Italien reconnaît même que plusieurs adversaires plus rapides n’étaient plus en mesure de le menacer. « Je dois admettre qu’aucun des pilotes rapides n’était là. » Une phrase qui résume parfaitement sa lecture de ce podium.

Le moment le plus savoureux de son intervention arrive lorsqu’il évoque Marc Marquez. Quelques jours plus tôt, l’Espagnol expliquait qu’il serait difficile pour lui de gagner en Hongrie malgré un circuit favorable. Une déclaration qui amuse énormément Bagnaia. « Je ne pense pas que je jouerais un jour au poker avec Marquez. » Avant d’enfoncer le clou : « Il participe au championnat du monde depuis de nombreuses années et il a toujours su créer l’attente. » Puis vient la conclusion, aussi lucide que fataliste : « On savait qu’il serait le plus fort ici. »

Et Bagnaia va même plus loin : « Comme il le sera à Brno et à Assen. » Autrement dit, malgré sa troisième place, Pecco voit très clairement qui est redevenu la référence.

La Hongrie aura permis à Bagnaia de sauver un week-end qui semblait mal engagé. Mais elle n’a pas dissipé les doutes. Le pilote Ducati quitte Balaton Park avec un podium, certes, mais aussi avec la conviction que l’écart avec Marquez et Acosta reste important.

Et lorsqu’il évoque déjà Brno avec impatience, on sent surtout un pilote qui espère enfin retrouver les sensations qui lui manquent depuis trop longtemps. Car derrière les sourires, les plaisanteries et les piques adressées à son coéquipier espagnol, une réalité demeure : Francesco Bagnaia est monté sur le podium. Mais il n’est toujours pas satisfait.

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