Il l’a fait ! Franchement, on savait tous que ça allait arriver, et Assen représentait une bonne occasion, mais de cette manière, c’est très fort. Ai Ogura rejoint le club des vainqueurs de Grands Prix à l’issue de ce week-end, et plusieurs éléments sont à retenir.
Sur une autre planète
Je n’ai pas beaucoup à dire sur sa performance en elle-même, car nous avons tous vu la même chose. Comme c’est le cas depuis quelques courses, le Japonais est mieux en qualifications. Et comme son impressionnant rythme le laissait pressentir, partir plus haut sur la grille l’aide considérablement. Là, à Assen, il était deuxième à la présentation du damier en Q2, donc tout le monde était averti. Et d’ailleurs, le fait qu’il termine deuxième du Sprint derrière son coéquipier Raul Fernandez sonnait comme un indice supplémentaire, car on connaît sa capacité à gérer les gommes et à accélérer sur la fin, quand les autres peinent. C’est exactement ce qu’il s’est passé le dimanche.

Ça faisait combien de temps que Kushitani n’avait pas gagné en MotoGP ? Photo : Michelin Motorsport
Ogura n’est pas très bien parti, mais a su se défendre dans le paquet. Comme d’habitude, il est revenu d’extrêmement loin, cette fois sur Raul Fernandez et Jorge Martin. Apparut un problème de Ride Height Device, qui, finalement, ne lui a fait perdre qu’une seconde. Il sut garder son calme, se reconcentrer, et rattraper les deux hommes devant lui. Cela signifie qu’il était assez nettement supérieur à ses rivaux, en vérité, ce n’était même pas serré. Je voulais observer de plus près ses dépassements, car c’est un point sur lequel j’attendais des progrès de sa part. Mais là encore, il s’en est bien sorti, sans rien forcer. Chapeau.
Pour moi, seuls deux pilotes sont excellents depuis le début de saison MotoGP sans discontinuer : Fabio Di Giannantonio et Ai Ogura. Les deux ont eu leur lot de malchance (Austin pour le pilote Trackhouse et la Hongrie pour « Diggia »), mais ce sont les deux seuls qui impressionnent à chaque sortie, qui arrivent, peu importe les conditions, à sauver de très gros points. Ils n’ont pas beaucoup gagné, certes, mais sont aujourd’hui bien positionnés dans cette course au titre. Oui, d’accord, leurs chances sont maigres, mais si l’année continue d’être aussi imprévisible, que les blessures minent les moins réguliers, alors je ne serais pas surpris que l’un des deux, ou les deux, finissent dans le top 3 du championnat.
Ai Ogura, Assen, et Aprilia, le combo parfait
Loin de moi l’idée d’ôter du mérite à Ogura, mais l’honnêteté intellectuelle nous contraint d’évoquer la domination des Aprilia ce week-end. Honnêtement, c’était du jamais vu pour la firme de Noale : jamais l’écart n’avait été aussi grand par rapport aux autres motos. On savait que les RS-GP aimaient particulièrement ces longs freinages à plat et ces courbes interminables. Mais à ce point… l’addition risque d’être tout aussi salée à Silverstone, circuit qui partage de nombreuses caractéristiques avec Assen et où les Aprilia ont toujours été fortes.

Il faut aussi féliciter Raul Fernandez, auteur d’un très bon Grand Prix. Photo : Michelin Motorsport
En qualifications, les quatre RS-GP trustaient les quatre premières places, ce qui, de mémoire, n’était jamais arrivé. En Sprint, il fallut compter sur Fabio Di Giannantonio et son sens du dépassement inné pour séparer les pilotes Trackhouse des officiels. Le dimanche, c’était encore moins serré. Hormis Marco Bezzecchi qui traverse une période extrêmement difficile – et dont je reparlerai, bien évidemment –, Martin, Fernandez et Ogura jouaient dans une toute autre ligue.
L’écart entre le « Martinator », troisième, et Di Giannantonio, quatrième, excédait les sept secondes à quelques tours de l’arrivée. Même avec Ducati, ça faisait longtemps que ça n’était pas arrivé. Quand l’on combine la supériorité du package Aprilia, le savoir-faire de Davide Brivio/Trackhouse – formation qui a clairement dominé l’usine –, et la force d’Ai Ogura quand les fortes chaleurs obligent nos héros à faire très attention à leurs gommes, sa victoire était presque inévitable.
Marc Marquez est trop humble pour le dire, mais je pense réellement que, depuis le début de l’année, la RS-GP est meilleure que la Desmosedici. Certains pilotes Ducati restent dans la course car leurs homonymes chez Aprilia ont lâché beaucoup de points bêtement, mais du point de vue du matériel, je suis persuadé que Marquez ou Acosta mèneraient largement le championnat s’ils avaient ce package.
Je suis curieux de savoir ce que vous avez pensé de la première victoire d’Ogura. Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Il ne fait pas beaucoup de bruit, mais il est redoutable en piste. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport































