Moto GP Street
Publié le 14 août 2026 • 08:00 par André Lecondé

Street – Ducati à vendre ? Le problème n’est plus à Bologne : c’est maintenant Porsche met Volkswagen sous pression !

La situation délicate du Groupe Volkswagen, amplifiée par des pertes majeures chez Porsche Holding, remet Ducati sur la sellette.

Ducati

Ducati va bien. Et c’est peut-être précisément pour cette raison que la marque italienne pourrait être vendue. À Borgo Panigale, Ducati possède une image mondiale exceptionnelle, domine depuis plusieurs années le MotoGP, investit massivement dans son avenir technologique et vient encore d’annoncer un programme de recherche et développement de 121 millions d’euros, dont environ 33,5 millions financés par l’État italien. Mais à plusieurs centaines de kilomètres de là, en Allemagne, l’ambiance est radicalement différente.

Volkswagen affronte une restructuration qui pourrait être l’une des plus importantes de son histoire récente. Et surtout, son principal actionnaire Porsche SE commence à perdre patience. C’est là que le dossier Ducati change de dimension. Attention au nom : il ne s’agit pas directement du constructeur de voitures de sport Porsche AG. Porsche Automobil Holding SE est la holding contrôlée par les familles Porsche et Piëch qui détient plus de 53 % des actions ordinaires de Volkswagen. Elle constitue donc l’un des centres de pouvoir déterminants de l’empire Volkswagen.

Or Porsche SE vient d’annoncer une perte nette de 2,2 milliards d’euros au premier semestre 2026, principalement liée à des dépréciations comptables de ses participations dans Volkswagen et Porsche AG. Plus important encore : les familles Porsche et Piëch demandent maintenant publiquement à Volkswagen d’accélérer sa restructuration.

Le président de Porsche SE, Hans Dieter Pötsch, réclame selon des sources internationales des décisions rapides alors que Volkswagen envisage une réduction considérable de ses coûts et de ses capacités industrielles. Reuters évoque jusqu’à 50 000 suppressions de postes et quatre usines allemandes potentiellement menacées, même si ces mesures restent politiquement et socialement très conflictuelles.

C’est précisément dans cet environnement qu’il faut désormais analyser Ducati. Volkswagen n’est pas au bord de la faillite, mais son modèle est sous pression. Il serait excessif de présenter Volkswagen comme un groupe ayant besoin de vendre les meubles pour survivre.

Au premier semestre 2026, le groupe a encore réalisé 158,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 5,93 milliards de résultat opérationnel. Mais celui-ci a reculé par rapport aux 6,71 milliards du premier semestre 2025 et la marge opérationnelle est descendue de 4,2 % à 3,8 %.

Le problème est ailleurs. Volkswagen doit financer simultanément sa transition technologique, défendre ses positions en Europe, affronter une concurrence chinoise devenue extrêmement agressive et restaurer la rentabilité de certaines de ses activités.

En Chine, particulièrement, le choc est sévère : les ventes du groupe ont reculé de 31,6 % au premier semestre. Volkswagen a parallèlement abaissé ses perspectives de chiffre d’affaires pour 2026. Dans cette logique, le raisonnement ne consiste plus nécessairement à vendre les entreprises qui vont mal. Il peut au contraire consister à vendre celles qui valent cher. Et Ducati coche précisément cette case.

Le paradoxe Ducati : trop petite pour sauver Volkswagen, assez belle pour rapporter gros

Les chiffres donnent toute la mesure du problème. Ducati a réalisé en 2025 925 millions d’euros de chiffre d’affaires, 52 millions de résultat opérationnel et 50 895 motos livrées. À l’échelle d’un constructeur de motos premium, c’est une entreprise importante. À l’échelle de Volkswagen, c’est minuscule. Le groupe allemand réalisait encore 321,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025.

Le résultat opérationnel annuel de Ducati représente donc à peine une goutte d’eau dans les comptes consolidés de Wolfsburg. Mais sa valeur patrimoniale, elle, est considérable. Volkswagen peut conserver Ducati et recevoir chaque année quelques dizaines de millions d’euros de résultat opérationnel. Ou il peut éventuellement céder Ducati et encaisser plusieurs milliards immédiatement.

Dans une période normale, conserver un actif aussi prestigieux peut parfaitement se justifier. Dans une restructuration de cette ampleur, l’équation devient différente. Audi avait acquis Ducati en 2012 pour environ 860 millions d’euros. Quatorze ans plus tard, une offre italienne évaluant Ducati à 2,5 milliards d’euros circule.

Il faut cependant être extrêmement prudent sur ce point : contrairement aux résultats de Porsche SE ou aux comptes de Ducati, nous ne disposons pas à ce stade d’une confirmation suffisamment solide permettant d’affirmer que Volkswagen a formellement accepté d’examiner une offre ferme de 2,5 milliards. La société italienne Patritalia a publiquement manifesté son intérêt pour reprendre Ducati et revendique une volonté de ramener des marques italiennes sous contrôle italien, mais la réalité financière et l’aboutissement éventuel de cette initiative restent à démontrer.

Logo Porsche

Autrement dit : 2,5 milliards constituent aujourd’hui davantage une valorisation revendiquée qu’un prix de vente établi. Mais cette somme donne une idée de l’équation qui pourrait se poser à Wolfsburg. À 52 millions d’euros de résultat opérationnel annuel, 2,5 milliards représentent près de 48 années du résultat opérationnel 2025 de Ducati.

Évidemment, une entreprise ne se valorise pas simplement de cette manière. Ducati possède une marque, une technologie, un réseau commercial, des brevets, une clientèle extrêmement fidèle et un potentiel futur considérable.

La question n’est plus : « Ducati est-elle suffisamment rentable pour que Volkswagen la conserve ? » La vraie question devient : « Ducati est-elle suffisamment stratégique pour que Volkswagen refuse plusieurs milliards alors que son actionnaire principal exige une restructuration beaucoup plus brutale ? » Ce n’est absolument pas la même chose. Et l’argument sentimental pèsera peu.

Ducati est italienne, mythique, gagne en MotoGP. Ducati représente probablement l’une des acquisitions les plus réussies réalisées par Audi au cours des dernières décennies. Mais Volkswagen doit raisonner en allocation de capital.

Au moment même où les spéculations sur sa vente prennent de l’ampleur, Ducati annonce 121 millions d’euros d’investissements dans la recherche, le développement et l’innovation. Ce programme, baptisé Ducati Raise the Bar, doit notamment soutenir le développement technologique des prochaines générations de motos.

Autrement dit, Borgo Panigale se comporte exactement comme une entreprise qui prépare son avenir à long terme. Ce n’est pas contradictoire. Une entreprise peut parfaitement investir massivement tout en changeant d’actionnaire. Cela peut même augmenter sa valeur.

Et Ducati possède surtout une caractéristique importante : Claudio Domenicali a déjà expliqué que l’entreprise était largement capable de financer elle-même son développement et ne dépendait pas structurellement de son actionnaire pour assurer ses investissements. Cela rendrait théoriquement une séparation de Volkswagen moins traumatisante qu’elle pourrait le paraître.

La marque Ducati est petite à l’échelle de Volkswagen, rentable, mondialement connue, technologiquement crédible et suffisamment autonome pour pouvoir théoriquement changer de propriétaire. Et surtout, elle pourrait valoir plusieurs fois le prix payé par Audi en 2012.

La pression nouvelle exercée par Porsche SE sur Volkswagen ne signifie donc pas que Ducati sera vendue. Mais elle rend désormais beaucoup plus crédible la question que nous avions déjà posée. Le danger pour Ducati n’est pas d’être devenue un poids mort dans l’empire Volkswagen. C’est presque exactement l’inverse. Dans un groupe qui cherche des milliards, Ducati pourrait être devenue suffisamment belle pour qu’il soit tentant de l’encaisser.

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