Il y a quelques jours, une interview d’Helmut Marko, ancien boss du tentaculaire réseau Red Bull en Formule 1, a fait beaucoup de bruit. L’Autrichien, d’ailleurs vainqueur des 24 Heures du Mans 1971, la langue toujours hors de sa poche, a affirmé que, hormis Marc Marquez, il n’y avait pas de stars en MotoGP, et que c’était un problème. Ça va vous étonner, mais je crois qu’il a raison.
Une vérité indéniable
Je vous rassure : je n’aime absolument pas ce que Marko représente comme la manière dont il a traité ses pilotes. Ce n’est pas le genre de profil, comme Flavio Briatore, que j’ai envie de voir dans les paddocks MotoGP. Ça, c’est dit. Cependant, même les personnes les plus clivantes peuvent parfois avoir raison, et je crois qu’il a marqué un point avec cette sortie.

En MotoGP, je ne vois qu’une star incontestée, Marc Marquez. Le grand public connaît également Fabio Quartararo, notamment car il est français (un pays populaire même à l’international), et qu’il aime se mettre en avant sur les réseaux sociaux, en plus d’être un excellent pilote. On pourrait parler de Pedro Acosta, qui, lui aussi, se démarque par sa personnalité, mais c’est tout. Il y a Marquez dans une ligue, Quartararo, Acosta et Toprak (en raison de son passé) dans celle en dessous, et les autres dans une troisième, menés, sans doute, par Jorge Martin ou Marco Bezzecchi.
Même avec toute la mauvaise foi du monde, je ne vois pas comment il est possible de nier cette affirmation.
Pourquoi il y a aussi peu de stars ?
Maintenant, il s’agit de comprendre pourquoi. Pour cela, il faut regarder l’histoire, toujours pleine d’enseignements. Alors, penchons-nous sur les époques, ou, au contraire, il y avait beaucoup de stars. La fin des années 1980, d’abord. À l’époque se battaient les « Wayne » Gardner et Rainey, un jeune Mick Doohan, Eddie Lawson, Kevin Schwantz, John Kocinski et Christian Sarron. C’était énorme, mais assez ancien, je ne sais pas s’ils étaient populaires au point de faire parler d’eux partout dans le monde. Prenons une autre époque pour appuyer l’exemple : le début des années 2010. Casey Stoner, Jorge Lorenzo, Dani Pedrosa et Valentino Rossi croisaient le fer, avant que Marquez ne remplace Stoner. C’était fou.
Quels sont les points communs entre ces périodes ? J’en vois deux principaux. Premièrement s’affrontaient des caractères et styles variés, mais tous très marqués. Deuxièmement, c’étaient toujours les mêmes qui se battaient devant. Voilà. Le deuxième point incarne précisément la raison pour laquelle il n’y a plus de stars.
Depuis l’introduction de l’ECU unique en 2016, beaucoup de pilotes peuvent jouer la victoire. La preuve : sur la grille actuelle, seuls trois n’ont jamais gagné la moindre course, Sprint ou GP, dont deux rookies ! Toprak Razgatlioglu, Diogo Moreira et Luca Marini. Ceci signifie que tous les autres ont des chances de jouer la gagne, que toutes les motos sont globalement performantes. D’ailleurs, l’ensemble des marques engagées ont gagné au moins une fois depuis 2022.
En revanche, de 2007 à 2015, il fallait absolument avoir une Honda ou une Yamaha d’usine (une Ducati à la limite et une Suzuki exceptionnellement) pour triompher. Pareil pour les années 1980, où seuls quelques pilotes avaient le matériel pour s’imposer. Je pourrais prendre l’exemple de la fin des années 1980 en F1, ou même le milieu des années 2010 en basketball.
C’est une constante dans l’histoire des sports : plus le nombre d’équipes ou de sportifs différents qui peuvent s’imposer est élevé, plus le nombre de stars est faible. C’est corrélé, car c’est la répétition d’une même affiche (Lorenzo/Rossi, Nadal/Federer, Curry/LeBron, Messi/Ronaldo, Manning/Brady) qui crée la rivalité, et donc, l’émergence de stars. Pourquoi ça ne marche pas de nos jours ? Eh bien, parce qu’un week-end, nous avons Acosta vs Ogura, puis, le suivant, Bezzecchi vs Di Giannantonio, et, une semaine après, Alex Marquez vs Bagnaia, etc. Voilà pourquoi il y a moins de stars.

Notez que dans les critères précédemment établis, je n’évoque même pas l’intérêt porté au classement général. Beaucoup pensent que le fait qu’un championnat soit serré aide, mais ce n’est pas le cas, ou du moins, pas le cas quand dix pilotes différents s’imposent chaque année. Alors, oui, il y a des saisons où c’est tendu jusqu’au bout entre deux ou trois personnalités fortes, soit les meilleurs exercices de tous les temps (2013, 2015, 1989, 2021 ou 1988-1990 en F1), mais d’autres où c’était franchement moyen niveau spectacle. Je pense à 2011 en MotoGP, et pourtant, Lorenzo, Stoner, Pedrosa et Rossi étaient encore les stars ! Ça ne rentre simplement pas en compte, pas plus que l’écart à l’arrivée entre deux rivaux. Non, ils faut juste que quelques individus, pas toute la grille, s’échangent les victoires fréquemment.
Alors, il y avait aussi le premier critère établi, à savoir, la personnalité des pilotes. Ça aide, car un Lorenzo ou un Biaggi alimentera toujours plus la presse qu’un Bagnaia, mais ce n’est pas essentiel : Dani Pedrosa était aussi discret que Pecco et il était quand même une star, car il baignait, comme nous l’avons vu, dans une période propice à leur émergence.
Conclusion
Comme je l’ai toujours dit, l’apparition de l’ECU unique et la volonté de standardisation du championnat pour aider davantage d’équipes et pilotes nuisent à la starification des éléments de la grille. Elle empêche les affrontements récurrents entre mêmes éléments, et donc, les rivalités. C’est une théorie sur laquelle je travaille depuis plusieurs années, et d’après moi, la corrélation est évidente. Elle se vérifie dans tous les sports, c’est une constante historique. Comme le dit Marko, c’est important, car les gens aiment la rivalité et les grands affrontements, en sports mécaniques comme ailleurs.
Maintenant, préférez-vous des courses plus serrées et des saisons à dix vainqueurs différents, ou des GP moins disputées avec trois, voire quatre superstars qui s’affrontent à chaque manche ? Personnellement, j’opte pour la deuxième option, mais les deux s’entendent, c’est une question de préférence. Dites-le-moi en commentaires !

Photo de couverture : Box Repsol









