Avec l’officialisation de Jorge Martin et Ai Ogura comme pilotes de l’équipe d’usine pour les saisons 2027 et 2028, Yamaha a sans doute constitué l’un des tandems les plus prometteurs du futur MotoGP. Mais cette décision ouvre un autre dossier, beaucoup plus délicat : celui de Toprak Razgatlioglu.
Le triple champion du monde Superbike, recruté à grand renfort de communication, devra finalement poursuivre son apprentissage chez Pramac. Une situation logique aujourd’hui, mais qui pourrait rapidement devenir un véritable casse-tête pour Yamaha.
Lorsque Toprak a signé chez Yamaha, beaucoup imaginaient qu’il deviendrait rapidement pilote officiel. Même Marc Marquez partageait cette analyse au début de l’année. En février, il voyait déjà Fabio Quartararo quitter Yamaha, tandis que Razgatlioglu rejoindrait naturellement l’équipe d’usine.
Le scénario semblait cohérent. Triple champion du monde Superbike, pilote sous contrat direct avec Yamaha et véritable ambassadeur de la marque, le Turc cochait toutes les cases. Mais au classement, les chiffres restent modestes. Avec seulement 11 points, Razgatlioglu est loin des attentes que son immense palmarès pouvait susciter.
Mais ce bilan mérite d’être nuancé. La Yamaha reste l’une des motos les moins compétitives du plateau et Toprak découvre un univers radicalement différent de celui du Superbike. En rythme pur, il apparaît régulièrement comme le deuxième pilote Yamaha derrière Fabio Quartararo, ce qui constituait précisément l’objectif réaliste fixé avant le début de la saison.

Pramac reste une excellente école pour un Toprak Razgatlioglu qui ne voudra pas rester éternellement élève
Le maintien chez Pramac en 2027 ne ressemble donc pas à une rétrogradation. Le pilote turc conservera un soutien technique officiel ainsi qu’un contrat directement lié à Yamaha. Il poursuivra surtout son adaptation au MotoGP sans la pression supplémentaire qu’implique un guidon d’usine.
Son futur coéquipier devrait être Izan Guevara, issu du Moto2 et de la Yamaha Master Camp Académie, même si cette arrivée n’a pas encore été officialisée. Mais le vrai problème arrivera en 2028. C’est là que Yamaha pourrait se retrouver face à une décision beaucoup plus difficile.
Jorge Martin n’aura que 28 ans en 2027. Ai Ogura seulement 25. Autrement dit, les deux pilotes officiels représentent déjà l’avenir de la marque. Si leurs performances répondent aux attentes, aucune place ne devrait se libérer rapidement.
Toprak pourrait alors rester plusieurs saisons dans une équipe satellite malgré un contrat officiel. Un statut difficile à accepter sur le long terme. Pramac bénéficie aujourd’hui d’un soutien très proche de celui d’une équipe d’usine. Sportivement, les différences seront limitées. Mais psychologiquement, la situation est différente.
Peu de pilotes acceptent durablement d’être considérés comme le troisième homme d’un constructeur après avoir remporté plusieurs titres mondiaux. Razgatlioglu ne fait probablement pas exception.
Son manager indiquait encore au printemps que le Turc était satisfait de son environnement chez Pramac. Cela n’empêche pas qu’une opportunité en équipe officielle resterait naturellement son objectif.
Du côté de Paolo Pavesio, cette situation sera sans doute présentée comme un luxe. Pendant plusieurs années, Yamaha peinait à attirer ou à conserver des pilotes capables de viser les premières places.
Aujourd’hui, la marque dispose d’un effectif suffisamment dense pour devoir arbitrer entre plusieurs talents majeurs. C’est un problème que beaucoup de constructeurs aimeraient avoir.
Le contrat actuel de Razgatlioglu arrivera à échéance fin 2027. Si ses progrès se poursuivent et que la Yamaha retrouve les avant-postes, son avenir deviendra l’un des dossiers les plus sensibles du marché des transferts.
Yamaha devra alors répondre à une question simple : comment conserver un pilote du calibre de Toprak Razgatlioglu si aucune place ne s’ouvre dans l’équipe officielle ? La réponse dépendra autant des performances des trois pilotes que de la compétitivité retrouvée de la M1. Une chose est certaine : ce dossier accompagnera déjà les discussions du marché MotoGP 2028.









