Après avoir traversé presque tous les univers du sport automobile, des rallyes à la Formule 1 en passant par la NASCAR, Günther Steiner découvre aujourd’hui le MotoGP avec un regard neuf. Depuis le 1er janvier 2026, l’ancien patron de Haas dirige Tech3 après le rachat de l’équipe par un consortium d’investisseurs. Et après six mois passés dans le paddock, son constat est aussi simple que percutant : le MotoGP possède un produit exceptionnel… mais il ne sait toujours pas le mettre suffisamment en valeur.
« J’avais sous-estimé ce que représente le métier de pilote MotoGP » … Steiner reconnaît sur Motorsport-Total avoir été surpris par le niveau d’engagement physique exigé des pilotes. « Je ne pensais pas qu’ils s’entraînaient autant sur des motos. Puis on réalise que le pilote a ici une influence bien plus importante sur le résultat qu’en sport automobile. »
L’ancien dirigeant de Formule 1 raconte même avoir posé une question qu’il qualifie aujourd’hui de naïve : « Je leur ai demandé ce qu’ils faisaient entre deux Grands Prix pour se préparer. Ils m’ont répondu : « Je fais de la moto. » » La réponse l’a marqué. Motocross, flat-track, supermotard ou entraînement sur circuit font partie du quotidien des pilotes MotoGP, avec tous les risques que cela comporte.
Pour Steiner, c’est probablement ce qui distingue le plus les deux disciplines. En Formule 1, l’essentiel du travail s’effectue désormais dans les simulateurs. « Un simulateur est fatigant, mais surtout mentalement. Physiquement, ce n’est pas comparable. »
À l’inverse, un pilote MotoGP continue de s’exposer en permanence. « Si un pilote de Formule 1 percute un mur dans le simulateur, on appuie sur « Reset » et il repart. Si un pilote de motocross chute pendant son entraînement, c’est l’ambulance qui vient le chercher. »

Steiner constate un paddock obsédé par la compétition… mais pas par sa promotion
C’est pourtant ailleurs que Steiner voit le principal chantier. Selon lui, les équipes MotoGP consacrent toute leur énergie à faire avancer les motos, au détriment de leur propre visibilité. « Tout le monde pense uniquement à faire de la course moto. C’est très bien, mais ils oublient tout le reste : les aspects commerciaux et tout ce que l’on peut offrir aux supporters. »
L’ancien patron de Haas ne considère pas cela comme une faiblesse, mais plutôt comme une formidable opportunité. « Le MotoGP n’a pas besoin d’être rendu attractif. Il l’est déjà. Il suffit de le montrer. Il n’y a pas besoin de le vendre, le produit se vend tout seul. »
Steiner retrouve ici une idée qui revient régulièrement depuis l’arrivée de Liberty Media aux commandes du championnat. La Formule 1 n’a pas seulement grandi grâce aux performances des voitures. Elle a surtout appris à raconter ses histoires, à mettre en avant ses pilotes, ses équipes et les coulisses du paddock.
À l’inverse, en MotoGP, les structures de communication restent souvent très réduites. Là où une écurie de Formule 1 emploie plusieurs dizaines de personnes dédiées au marketing, aux réseaux sociaux et aux relations médias, certaines équipes MotoGP ne disposent que d’un ou deux collaborateurs pour ces missions. Pour Steiner, c’est précisément là que se situe le plus fort potentiel de croissance.
Enfin, le nouveau patron de Tech3 se dit agréablement surpris par son accueil dans le paddock. « Je n’ai évidemment pas encore compris toutes les histoires qui lient certaines personnes depuis des décennies. Mais ce n’est peut-être pas plus mal. Cela permet d’arriver sans préjugés. »
Il ajoute surtout avoir été touché par la réaction de ses nouveaux interlocuteurs. « Personne n’a eu d’attitude négative envers moi. C’est tout ce que je demandais : avoir une chance équitable. Et c’est exactement ce que j’ai trouvé ici. »
Après une carrière bâtie dans plusieurs disciplines du sport automobile, Günther Steiner pose finalement un regard extérieur qui résume bien la situation actuelle du MotoGP : un championnat techniquement exceptionnel, porté par des pilotes hors normes, mais qui commence seulement à prendre conscience que le spectacle ne suffit plus. Dans l’ère Liberty Media, il faudra aussi savoir le raconter.





























