C’est un véritable séisme pour le sport motocycliste australien et mondial. En l’espace de quelques décisions, Phillip Island, l’un des tracés les plus aimés des pilotes et des fans pour son caractère indomptable et son décor spectaculaire, est rayé de la carte des championnats du monde FIM.
Il existe des circuits qui accueillent des courses. Et il existe des circuits qui incarnent une partie de l’âme d’un sport. Phillip Island appartient incontestablement à la seconde catégorie. C’est précisément pour cette raison que l’annonce du départ du World Superbike à partir de 2028 provoque aujourd’hui un choc bien au-delà de l’Australie.
Car après avoir déjà perdu le MotoGP, le circuit mythique de l’État de Victoria vient d’apprendre qu’il perdra également le WorldSBK au profit de The Bend. En l’espace de quelques années, Phillip Island sera ainsi passé du statut de sanctuaire mondial de la moto à celui de simple circuit régional.
Et derrière cette décision se profile une question de plus en plus dérangeante : jusqu’où Liberty Media est-elle prête à aller pour rapprocher ses championnats des grandes villes ?
Officiellement, les deux dossiers sont distincts. Le MotoGP quittera Phillip Island après l’édition 2026 pour rejoindre un nouveau tracé semi-urbain à Adélaïde à partir de 2027. Le WorldSBK suivra un an plus tard en s’installant à The Bend dès 2028.
Mais dans les faits, les conséquences sont identiques. Phillip Island perd les deux principaux championnats mondiaux de vitesse moto. Autrement dit, le circuit qui a accueilli certaines des plus grandes batailles de l’histoire moderne de la discipline se retrouve brutalement vidé de sa substance sportive.
Pour beaucoup d’observateurs australiens, il est difficile de considérer ces deux départs comme une simple coïncidence. La logique poursuivie par Liberty Media est parfaitement compréhensible sur le plan économique.
Depuis plusieurs années, les promoteurs cherchent à rapprocher leurs événements des grandes métropoles afin de faciliter l’accès du public, séduire les partenaires et attirer les investisseurs. La Formule 1 a ouvert la voie avec Miami, Las Vegas ou Djeddah.
Le MotoGP semble désormais suivre le même chemin. Le problème est que Phillip Island représente précisément l’inverse de cette philosophie. Le circuit est magnifique. Le tracé est unanimement adoré par les pilotes. Les courses y sont souvent spectaculaires. Mais il est éloigné des grands centres urbains. Et dans le sport moderne, cette réalité pèse parfois davantage que le prestige.
Le départ du WorldSBK est particulièrement symbolique. Phillip Island accueillait le championnat depuis 1990, à l’exception de rares interruptions. Pendant plus de trois décennies, le circuit australien a constitué l’un des rendez-vous incontournables de la saison. Pour plusieurs générations de pilotes, commencer l’année à Phillip Island faisait partie du rituel.

Phillip Island disparait des calendriers : Une victoire économique… mais une défaite culturelle ?
Cette continuité historique disparaîtra désormais au profit de The Bend. Personne ne conteste les qualités des infrastructures du Shell V-Power Motorsport Park. Personne ne nie les investissements réalisés ces dernières années. Mais il existe une différence fondamentale entre construire un excellent circuit et remplacer un lieu chargé d’histoire.
Du côté du championnat, le discours reste naturellement optimiste. Gregorio Lavilla, directeur du WorldSBK, met en avant les qualités du nouveau site : « Le circuit de The Bend offre d’excellentes infrastructures et un engagement fort envers le motocyclisme, constituant ainsi une plateforme solide pour le WorldSBK en Australie. »
D’un point de vue organisationnel, l’argument est parfaitement recevable. The Bend dispose d’installations modernes. Le circuit accueille déjà des compétitions importantes. L’Australie-Méridionale soutient activement le projet. Le problème n’est donc pas technique. Il est émotionnel.
Car derrière cette décision se cache un débat plus large. Le sport moderne doit-il systématiquement privilégier l’accessibilité et la rentabilité au détriment de son patrimoine ? Phillip Island n’est pas seulement un circuit. C’est un décor unique. Un tracé balayé par le vent de l’océan.
Un endroit où les pilotes parlent encore du plaisir de piloter avant de parler de données ou d’aérodynamique. Un lieu immédiatement identifiable par n’importe quel passionné de moto dans le monde.
Lorsque ce type de circuit disparaît du calendrier, le championnat ne perd pas simplement une course. Il perd une partie de son identité. C’est sans doute là que réside le véritable malaise. Liberty Media ne détruit pas Phillip Island. Liberty Media agit selon une logique économique cohérente.
Mais cette cohérence économique produit un résultat paradoxal : l’un des plus beaux circuits de la planète se retrouve progressivement exclu des grands championnats qu’il a contribué à faire grandir. Le MotoGP part. Le Superbike suit. Et soudain, une question que personne n’aurait imaginée poser il y a encore quelques années devient parfaitement légitime : comment un circuit aussi emblématique que Phillip Island peut-il se retrouver sans aucun championnat du monde moto ?
Pour les gestionnaires, la réponse est probablement rationnelle. Pour les passionnés, elle ressemble surtout à une immense perte. Et c’est peut-être cela qui rend cette annonce si difficile à accepter.
































