Moto GP
Publié le 17 juillet 2026 • 06:30 par André Lecondé

MotoGP : Pirelli va conserver la règle la plus détestée du paddock… mais espère ne jamais avoir à l’appliquer

Avec l’arrivée de Pirelli comme manufacturier unique en 2027, le débat sur la règle controversée de la pression des pneus reste ouvert.

L’une des images les plus absurdes du MotoGP moderne n’est pas une chute spectaculaire ni un dépassement polémique. C’est un pilote qui célèbre un podium devant des millions de téléspectateurs avant d’apprendre, une heure plus tard, qu’il n’aurait jamais dû y monter. La faute à une réglementation sur les pneus héritée de l’ère Michelin et que Pirelli va devoir maintenant gérer.

Joan Mir en sait quelque chose. Lorsque Honda a annoncé son départ vers Gresini pour 2027, le constructeur japonais lui a rendu hommage en évoquant ses « trois podiums » avec HRC. Une affirmation qui peut surprendre quiconque consulte les statistiques officielles du championnat, qui n’en comptabilisent que deux.

Le troisième ? Celui du Grand Prix de Catalogne 2026. Un podium bien réel sur le circuit, mais effacé des classements plus d’une heure après l’arrivée à cause de la fameuse règle sur la pression des pneus. Une situation qui résume parfaitement le malaise grandissant autour de cette réglementation.

Soyons clairs : personne ne remet en cause la nécessité de garantir la sécurité des pilotes. Si Michelin a imposé des pressions minimales, c’est qu’il existe des raisons techniques parfaitement légitimes. Les contraintes aérodynamiques des MotoGP actuelles et les températures générées par le roulage en peloton peuvent effectivement provoquer des situations problématiques. Le véritable problème est ailleurs.

Dans quel autre sport peut-on voir un podium célébré publiquement avant d’être modifié plus d’une heure après l’arrivée pour une infraction que personne ne peut constater visuellement ? Imagine-t-on un vainqueur des 24 Heures du Mans déclassé une heure après avoir soulevé le trophée parce qu’un capteur électronique a enregistré une donnée technique invisible pour le public ? Ou un champion olympique perdant sa médaille après la cérémonie protocolaire pour quelques grammes de pression dans un équipement parfaitement conforme visuellement ? Le MotoGP s’est lui-même créé un problème de compréhension auprès de son public.

Pirelli

Le plan de Pirelli pour tuer les pénalités « absurdes »

Avec l’arrivée du manufacturier italien en 2027, beaucoup imaginaient que cette règle disparaîtrait naturellement. Ce ne sera pas le cas. Giorgio Barbier, directeur de la compétition moto chez Pirelli, a confirmé que la réglementation sera conservée dans un premier temps. Une décision finalement assez logique, tant que le constructeur italien ne dispose pas encore d’un recul suffisant sur les MotoGP 850 cc.

Pour rappel, la règle impose de rester au-dessus de 1,80 bar à l’avant (et 1,68 bar à l’arrière) sous peine de sanctions massives de 16 secondes le dimanche et 8 secondes lors du Sprint. Pirelli l’assure : leurs pneus sont conçus différemment et ne devraient pas pousser les équipes à tricher pour chercher de la performance à basse pression :

« Il est clair que nous avons une conception différente, des matériaux différents et des pressions de service différentes. Je ne crois pas qu’un pneu Pirelli soit plus performant à 1,4 bar qu’à 2,0 bar. Par conséquent, nous ne devrions pas rencontrer ce type de problème. »

Pour autant, le manufacturier italien préfère observer avant de trancher la tête de cette règle polémique : « Mais si l’on se réfère aux pressions recommandées par Pirelli, il faudra observer si cela pose un problème lorsque la pression descend en dessous de cette plage. Pour l’instant, nous maintenons donc la réglementation en espérant ne pas avoir à l’appliquer. Nous déciderons ensuite de la modifier ou de la supprimer. »

Barbier se veut rassurant pour l’avenir : la gomme Pirelli offrira une bien meilleure tolérance, réduisant le risque de voir des podiums annulés à cause de variations thermiques minimes :

« Il y a une chose que je constate : le fournisseur actuel est extrêmement sensible aux variations de pression. Si un certain seuil est dépassé, le risque est important. Nos pneumatiques offrent une plage de pression d’utilisation assez large. Le fabricant a le choix. Le comportement du pneu ne varie pas beaucoup d’une pression à l’autre. »

La phrase la plus intéressante de son intervention sur Autosport est probablement celle-ci : Pirelli espère ne jamais avoir à appliquer cette règle. Autrement dit, même le futur manufacturier reconnaît implicitement que voir un pilote perdre un podium après l’arrivée est une situation dont personne ne veut.

Il existe néanmoins plusieurs raisons d’espérer. Les MotoGP de 2027 disposeront de moteurs plus petits, d’une aérodynamique fortement réduite et d’une philosophie technique différente. Pirelli utilise également des pneus dont la fenêtre de fonctionnement semble beaucoup plus large que celle des Michelin actuels.

Selon Giorgio Barbier, les performances des pneus Pirelli varient beaucoup moins lorsque la pression s’éloigne légèrement des valeurs recommandées. Cette caractéristique pourrait considérablement réduire les risques de sanctions sportives.

Au fond, le véritable enjeu n’est pas réglementaire. Il est médiatique. Un sport a besoin que ses résultats soient compréhensibles immédiatement. Le vainqueur doit être le vainqueur lorsque le drapeau à damier tombe. Le podium doit rester le podium après la cérémonie protocolaire.

Les spectateurs acceptent parfaitement les pénalités pour départ anticipé, dépassement sous drapeau jaune ou collision en course, car elles sont visibles et compréhensibles. Une sanction basée sur une pression de pneu mesurée électroniquement pendant un certain pourcentage des tours est beaucoup plus difficile à expliquer au grand public. Pirelli semble avoir parfaitement compris ce problème.

La bonne nouvelle est que le manufacturier italien ne ferme aucune porte. La réglementation sera maintenue par prudence en 2027, avant d’être éventuellement modifiée ou supprimée si les nouvelles motos et les nouveaux pneumatiques le permettent. Car personne ne sort gagnant lorsqu’un pilote apprend qu’il n’est plus sur le podium après avoir déjà posé pour la photo officielle. Pas le pilote, pas l’équipe, pas les fans… et certainement pas le MotoGP lui-même.

Pirelli