F1
Publié le 1 septembre 2026 • 02:00 par Oléna Champlain

F1 – Ben Sulayem veut remettre du coffre sous le capot : le V8 revient hanter la F1 électrique

Ben Sulayem pousse le retour du V8 en F1 : moins cher, plus léger et plus sonore, le moteur pourrait arriver dès 2030.

Mohammed Ben Sulayem ne lâche plus son idée : la prochaine génération de F1 doit retrouver le V8. Le président de la FIA promet des moteurs plus simples, moins coûteux et plus sonores, avec beaucoup moins d’électrique. Un projet séduisant… à peine quelques mois après avoir inauguré à grands frais la révolution hybride 2026.

Ben Sulayem remet le V8 sur la table et veut faire rugir la F1 à nouveau

La Formule 1 vient de changer totalement de moteurs en 2026 ? Parfait. La FIA pense déjà à les remplacer. Mohammed Ben Sulayem poursuit sa croisade en faveur du retour du V8, et cette fois le président de la FIA ne présente plus l’idée comme une douce nostalgie destinée à faire frissonner les amateurs de hurlements mécaniques.

Pour lui, c’est devenu une véritable direction stratégique.

« Le V8 doit revenir. »

Difficile de fabriquer une déclaration plus claire. Et derrière les décibels, Ben Sulayem avance quatre arguments : moins cher, plus léger, moins complexe et beaucoup plus spectaculaire à l’oreille.

Le V6 2026 vient d’arriver… merci, au revoir ?

L’ironie est assez savoureuse.

La F1 a inauguré cette saison une nouvelle génération de V6 turbo hybrides construite autour d’une électrification considérablement renforcée, avec un partage de puissance proche de 50/50 entre thermique et électrique à l’origine du règlement. Cette architecture devait réduire les coûts à terme, améliorer la durabilité et surtout attirer de nouveaux constructeurs. Audi a rejoint la discipline, Honda est revenu officiellement avec Aston Martin et Ford s’est associé à Red Bull Powertrains.

Seulement voilà : les premières courses ont aussi mis en évidence les conséquences de cette dépendance électrique, notamment l’importance de la gestion d’énergie. Des modifications ont déjà été décidées durant la saison pour diminuer certains effets liés à la récupération et à l’utilisation de l’énergie.

On aura donc passé des années et dépensé des fortunes à fabriquer une mécanique extraordinairement sophistiquée pour découvrir qu’une solution possible serait…

une mécanique moins sophistiquée.

Bienvenue en Formule 1.

Un V8, un peu d’électrique et beaucoup moins de kilos

Ben Sulayem ne rêve toutefois pas d’un simple retour en 2010 avec une cassette de Sebastian Vettel dans le magnétoscope. Son projet conserverait une petite hybridation ainsi que les carburants durables déjà introduits en F1. Il a évoqué un V8 développant autour de 760 chevaux thermiques, accompagné d’environ 10 % d’électrification. Ce ne sont encore que les grandes lignes souhaitées par le président de la FIA, pas un règlement technique définitivement adopté. L’objectif le plus spectaculaire concerne le poids.

Les monoplaces 2026 affichent un poids minimum de 768 kg. Ben Sulayem aimerait revenir sous les 650 kg et a même lancé un chiffre qui ferait presque passer les ingénieurs pour des candidats à une émission de régime express :

« Mon objectif est 630. »

Soit près de 140 kg à faire disparaître. On comprend soudain pourquoi la batterie géante commence à regarder la sortie avec inquiétude.

Et surtout : rendre du bruit à la F1

C’est probablement l’argument que la FIA aura le moins de mal à vendre au public. Les V8 atmosphériques ont quitté la Formule 1 à la fin de 2013, avant l’apparition des V6 turbo hybrides en 2014. Leur retour permettrait de retrouver une signature sonore beaucoup plus spectaculaire, l’un des points sur lesquels Ben Sulayem insiste régulièrement.

La FIA parle même d’un moteur qui pourrait coûter plus de 50 % moins cher dans certains domaines, notamment grâce à une conception simplifiée et à des budgets de recherche et développement réduits. Sur le papier, l’équation est délicieusement simple :

moins de kilos + moins de millions + plus de bruit = davantage de spectacle. Présentée ainsi, même le comptable commence à demander qu’on monte le volume.

2030 ? Ben Sulayem peut promettre, les motoristes doivent encore signer

Il reste cependant un petit détail. Et en Formule 1, le petit détail ressemble généralement à quelques centaines de millions d’euros. Ben Sulayem souhaite faire revenir le V8 dès 2030. Mais pour avancer d’un an le prochain cycle réglementaire, il lui faut l’accord d’au moins quatre des six motoristes concernés. À défaut, il affirme que la FIA pourra imposer cette orientation pour 2031 dans le cadre de la prochaine réglementation.

Or les constructeurs viennent précisément d’investir massivement dans les moteurs 2026 prévus jusqu’en 2030.

Audi et Honda avaient notamment montré peu d’enthousiasme lorsque la FIA avait voulu accélérer encore davantage le changement, tandis que Mercedes et Ferrari étaient jugés plus ouverts à une transition raisonnable vers un V8.

Voilà toute la contradiction du dossier : plus le nouveau V8 paraît simple et économique, plus il faut convaincre ceux qui viennent de dépenser une fortune pour fabriquer quelque chose de complexe.

La FIA veut retrouver une F1 qui ressemble davantage… à une F1

Derrière la bataille des cylindres se cache finalement un débat beaucoup plus large. Depuis des années, pilotes et supporters regrettent l’embonpoint des monoplaces et leur complexité croissante. Ben Sulayem veut profiter du prochain règlement pour casser cette tendance et retrouver des voitures plus compactes, plus légères et plus agiles.

Le projet V8 ne signifie donc pas la disparition totale de la technologie moderne : hybridation réduite, carburants durables et exigences de sécurité resteraient au programme. Mais le président de la FIA semble avoir décidé qu’une F1 ne devait pas uniquement être un formidable laboratoire énergétique.

Elle doit aussi provoquer quelque chose lorsque huit cylindres prennent 15 000 tours devant une tribune. Après treize ans de murmure hybride, Ben Sulayem veut donc remettre le volume. Reste maintenant à convaincre les constructeurs que le bouton n’est pas déjà tourné trop loin.