F1
Publié le 25 août 2026 • 02:00 par Oléna Champlain

F1 – Alonso applaudit Aston Martin… puis glisse le couteau chez Honda : le châssis avance, le moteur tousse encore

Alonso savoure les progrès d’Aston Martin à Zandvoort, mais le moteur Honda reste clairement le maillon faible.

Fernando Alonso content d’une Aston Martin ? Oui, vous avez bien lu. Après des mois à piloter une AMR26 parfois plus proche du chantier expérimental que de la prétendante annoncée au sommet, l’Espagnol a quitté Zandvoort avec deux points, une neuvième place et, phénomène presque aussi rare, quelques compliments pour son équipe. Mais que personne ne débouche le champagne trop vite.

Alonso sourit, Honda tousse encore.

Parce qu’Alonso reste Alonso.

Un sourire pour le châssis, une tape dans le dos des ingénieurs… et une petite phrase suffisamment précise pour rappeler à Honda que le moteur, lui, n’a pas encore reçu son certificat de bonne conduite.

Parti 18e, arrivé 9e : Alonso sort encore le tournevis

Sur le papier, le week-end avait pourtant commencé avec un joli parfum de catastrophe. Alonso s’était qualifié 18e, juste devant son équipier Lance Stroll, 19e. Pas exactement la confirmation espérée après les progrès entrevus avec le gros package aérodynamique introduit en Hongrie.

Mais le dimanche a raconté autre chose.

Profitant notamment du drapeau rouge provoqué par l’accident de Max Verstappen, Aston Martin a parfaitement repositionné la stratégie de l’Espagnol. Alonso a ensuite prolongé son relais avec une remarquable gestion des pneus avant de résister à Pierre Gasly dans les derniers tours.

Résultat : P9 et deux points, alors qu’il s’élançait de la neuvième ligne. Pas une victoire. Pas un podium.

Mais pour une équipe qui n’avait inscrit que trois points au championnat constructeurs après Zandvoort, chaque unité ressemble actuellement à une petite lingotière.

Et Alonso le sait.

Aston Martin prend enfin les « bonnes décisions »

C’est surtout la manière qui a plu au double champion du monde. À l’arrivée, Alonso a insisté sur le travail de son équipe et sur la qualité des décisions prises pendant la course. Aston Martin a exploité les circonstances, choisi la bonne fenêtre stratégique et surtout évité de transformer une occasion en réunion de crise de 45 minutes.

Chez Aston Martin, en 2026, cela mérite presque une plaque commémorative.

Adrian Newey a expliqué que l’équipe avait choisi après le drapeau rouge une stratégie permettant à Alonso de prolonger énormément son relais, jugeant qu’il s’agissait de sa meilleure possibilité d’aller chercher les points. Le calcul a payé puisque Gasly est resté bloqué derrière l’Aston Martin jusqu’au drapeau à damier.

Et lorsqu’Alonso félicite la stratégie plutôt que de demander à la radio quel génie a inventé le plan, c’est généralement bon signe.

« Une voiture agréable à piloter » : attendez… c’est bien Alonso ?

Le message radio après l’arrivée était encore plus révélateur. Alonso a remercié les employés de Silverstone avant de lâcher :

« Lovely car to drive and more to come, I know. »

Une voiture agréable à piloter.

On parle toujours de l’Aston Martin 2026.

Oui.

Motorsport Week rapporte également que l’Espagnol voit encore davantage de performance à venir, signe que les évolutions de l’AMR26 commencent enfin à produire quelque chose de tangible plutôt qu’une belle courbe sur les ordinateurs de Silverstone.

Et ce changement n’est pas sorti de nulle part.

Aston Martin avait introduit en Hongrie son premier gros package d’évolutions de la saison. Alonso avait alors parlé d’un nouveau point de départ, tandis qu’Adrian Newey soulignait que les performances observées en piste correspondaient enfin aux simulations.

Une petite phrase capitale dans une équipe qui avait passé une bonne partie du début de saison à chercher où étaient parties les secondes promises par les ordinateurs

Le châssis ? Alonso valide. Le moteur ? On va dire qu’il reste du travail…

Et voilà le petit coup de griffe. Car si Alonso commence à aimer ce qu’il ressent dans les virages, il n’est toujours pas franchement amoureux de ce qui se passe lorsqu’il appuie sur l’accélérateur.

Honda avait justement amené à Zandvoort sa première évolution majeure de l’unité de puissance 2026, centrée en particulier sur le moteur thermique et destinée à réduire le déficit en ligne droite. L’attente était importante. Le résultat ? Disons que personne n’a encore proposé d’exposer le moteur dans un musée.

Avant la course, Alonso reconnaissait déjà que la voiture avait énormément progressé côté châssis tout en soulignant que la motricité, la délivrance de puissance et le comportement du groupe propulseur restaient des domaines à améliorer.

Lance Stroll a été beaucoup moins diplomatique. Le Canadien a qualifié le comportement du moteur de « lottery », expliquant notamment que le frein moteur pouvait manquer de constance et que certains rétrogradages arrivaient avec retard. Quand votre moteur devient une loterie, le jackpot du dimanche devient effectivement compliqué à planifier.

Le chiffre qui change malgré tout tout : quatre secondes sont devenues presque une

C’est là qu’il faut cependant rendre à Aston Martin ce qui appartient à Aston Martin. L’équipe avance. Et pas seulement dans les communiqués.

Après les qualifications, Alonso avait souligné qu’Aston Martin n’était plus qu’à environ 1,3 seconde du meilleur temps en Q1, alors que quelques courses auparavant l’écart tournait autour de quatre secondes. Honda rapporte également que l’Espagnol estimait avoir quasiment maximisé ce qu’il possédait samedi malgré l’élimination en Q1. Une 18e place reste une 18e place. Mais passer d’un gouffre à une bataille avec le milieu du peloton en quelques semaines représente une évolution autrement plus intéressante que le classement brut.

Motorsport.com estime d’ailleurs que le package introduit en Hongrie a effectivement permis de réduire considérablement le déficit du châssis, tandis que la nouvelle unité Honda n’a pas encore provoqué le même bond côté moteur

Voilà finalement le paradoxe Aston Martin actuel :

la voiture commence à ressembler au projet promis… alors que son moteur lui rappelle régulièrement d’où elle vient. Et Alonso, évidemment, réussit à transformer P18 en points. C’est peut-être le détail le plus Alonso de toute cette histoire. Samedi : 18e. Dimanche soir : deux points dans la poche.

L’Espagnol a tenu 37 tours sur son relais décisif, puis a utilisé toute l’expérience disponible dans ses 45 ans pour maintenir Gasly derrière lui dans les derniers kilomètres. Formula1.com souligne justement sa gestion des pneus et sa défense en fin de course.

Le genre de dimanche où Alonso rappelle qu’une voiture de neuvième place n’a pas nécessairement besoin d’avoir démarré neuvième. Elle a juste besoin qu’on lui donne une chance. Et d’un pilote qui sache quoi en faire.

Le sourire d’Alonso contient quand même un avertissement

Aston Martin peut donc quitter Zandvoort avec une satisfaction réelle. Le châssis introduit sous l’impulsion d’Adrian Newey fonctionne. La corrélation entre simulation et piste progresse. La stratégie a été impeccable. Alonso marque. Et l’Espagnol affirme même que la voiture devient agréable à conduire.

Il y a seulement ce petit détail derrière le siège.

Le moteur.

Honda doit encore trouver davantage de puissance, de constance et surtout de facilité d’exploitation. Parce qu’une monoplace qui fonctionne dans les virages mais perd son souffle dès qu’une ligne droite apparaît risque d’apprécier beaucoup moins le prochain rendez-vous.

Et justement…Monza arrive.

Des lignes droites interminables, de faibles appuis et un chronomètre qui pardonne rarement les chevaux manquants. Parfait pour vérifier si le verre d’Alonso est réellement à moitié plein.

Ou si, dans deux semaines, il recommence à expliquer avec ce petit sourire si particulier que « tout fonctionne parfaitement »… sauf précisément la partie qui fait avancer la voiture.