Il y a trois ans, Lawrence Stroll présentait Honda comme la dernière pièce du puzzle qui devait transformer Aston Martin en prétendant au titre.Aujourd’hui, quelqu’un semble déjà chercher la boîte de l’ancien puzzle. Une information relayée ce mardi dans le paddock affirme qu’Aston Martin aurait engagé des discussions exploratoires avec Toto Wolff et Mercedes concernant une éventuelle fourniture moteur à partir de 2028, dans l’hypothèse où Honda ne réussirait pas à effectuer le bond attendu en 2027. Rien n’est confirmé officiellement à cette heure par Aston Martin, Mercedes ou Honda. La prudence est donc indispensable.

Honda tousse, Aston Martin regarde déjà de nouveau vers Mercedes.
Mais le simple fait que cette hypothèse commence à circuler est suffisamment énorme pour mériter qu’on s’y attarde. Car si elle se concrétisait, Aston Martin réaliserait un numéro assez spectaculaire : avoir quitté Mercedes précisément pour ne plus être une équipe cliente… avant de retourner frapper à la porte de Mercedes deux saisons plus tard. En Formule 1, on appelle probablement cela une stratégie à long terme.
Toto Wolff chez Aston Martin : simple café ou début d’un plan B ?
Selon l’information à l’origine de la rumeur, Toto Wolff aurait été aperçu dans l’hospitality Aston Martin à Zandvoort. Et la visite ne serait pas isolée : une rencontre aurait également eu lieu auparavant à Barcelone. Évidemment, voir deux dirigeants discuter dans un paddock ne constitue pas un contrat moteur. Les patrons de F1 se croisent, négocient des dizaines de sujets et boivent probablement suffisamment de cafés ensemble pour alimenter toute la grille.
Mais dans le contexte actuel, voir Toto Wolff rôder du côté d’Aston Martin ressemble forcément beaucoup moins à une visite touristique. Parce qu’il y a un éléphant vert dans la pièce. Et sur cet éléphant est écrit : HONDA.
Le grand rêve Honda s’est transformé en gigantesque chantier
Lorsque Honda et Aston Martin avaient annoncé leur union pour 2026, l’ambition était immense. Honda devenait le motoriste officiel de l’équipe, avec une unité de puissance conçue spécifiquement autour de la monoplace. Aston Martin abandonnait ainsi son statut de client Mercedes pour devenir une véritable équipe d’usine. Lawrence Stroll avait alors qualifié Honda de « dernière pièce du puzzle » et affirmé sans détour :
« Nous gagnerons ensemble. »
Trois ans plus tard, il faut reconnaître que le puzzle ressemble encore un peu à celui qu’on renverse par terre avant de découvrir qu’il manque quatre pièces. Le début de saison 2026 a été catastrophique. Le V6 Honda a notamment souffert de vibrations extrêmement importantes, au point que les problèmes affectaient les batteries et avaient suscité des inquiétudes concernant les pilotes eux-mêmes. Adrian Newey avait clairement identifié l’unité de puissance comme source de ces vibrations Et ce n’était pas seulement une mauvaise surprise de février.
Newey avait révélé qu’Aston Martin n’avait réellement découvert qu’en novembre 2025 l’ampleur du retard pris par le programme Honda et le fait que les objectifs initiaux de puissance ne seraient pas atteints pour le début de saison. Pour une association présentée comme le mariage du siècle, la lune de miel a donc essentiellement consisté à chercher pourquoi la vaisselle tremblait.
Newey avait déjà envoyé un avertissement monumental
Le passage le plus intéressant remonte au Grand Prix d’Australie. Interrogé directement sur la question de savoir s’il aurait préféré disposer du moteur Mercedes, Adrian Newey avait évidemment refusé d’alimenter une polémique. Mais sa réponse concernant Honda était tout sauf anodine. Le Britannique expliquait que Honda devait d’abord résoudre ses problèmes de vibrations, puis trouver davantage de performance sur le moteur thermique.
Et surtout, pour 2027 :
« Il est clair qu’un très grand pas en puissance du moteur thermique est nécessaire. »
Pas « quelques améliorations ». Pas « un petit gain ».
Un très grand pas. Quand Adrian Newey emploie ce genre de formulation, inutile de demander au service communication si tout se déroule parfaitement.
Zandvoort : Honda progresse… mais Alonso garde le pied sur le frein
Honda a justement apporté aux Pays-Bas sa première évolution importante de l’année. Nouvelle combustion, chambre de précombustion retravaillée, pistons modifiés, réduction des frictions : le constructeur japonais a largement revu son moteur thermique et affirme avoir atteint ses objectifs internes. Et oui, Aston Martin a progressé. Fernando Alonso a terminé neuvième à Zandvoort, le meilleur résultat de l’équipe cette saison. Seulement, l’Espagnol a parfaitement séparé les deux sujets après la course. Concernant le châssis, enthousiasme. Concernant Honda… Beaucoup moins.
Alonso a expliqué que les nouvelles pièces de l’AMR26 fonctionnaient comme prévu et rendaient la monoplace beaucoup plus agréable à piloter. En revanche, il estime encore nécessaire d’améliorer la maniabilité et surtout la constance de l’unité de puissance Honda, certains progrès ayant apparemment été accompagnés de nouveaux compromis.
Voilà donc le bulletin : Newey : bien. Châssis : mieux. Honda : peut mieux faire. Beaucoup mieux.
Et Honda lui-même fixe 2027-2028 comme véritable échéance
Le plus cruel pour la rumeur actuelle, c’est que Honda ne cache même pas que le redressement prendra du temps. Shintaro Orihara, responsable technique du programme F1, estime que le constructeur doit pouvoir revenir au niveau des meilleurs vers la fin 2027 ou le début 2028. Honda ambitionne donc précisément de devenir compétitif au moment où Aston Martin aurait, selon la rumeur, commencé à envisager ce qui se passerait… si ce redressement échouait.
Vous voyez venir le délicieux paradoxe.
Honda dit : « Donnez-nous jusqu’en 2028. » Et Aston Martin répondrait éventuellement : « Très bien. Et Toto, tu serais libre en 2028 ? »
La confiance règne.
Retour chez Mercedes : le gigantesque aveu que personne ne voudrait prononcer
Car revenir vers Mercedes ne serait absolument pas anodin. Aston Martin utilisait déjà les moteurs Mercedes avant 2026. La collaboration remontait même aux différentes incarnations de l’équipe depuis 2009. Mais Silverstone avait volontairement rompu cette dépendance. Pourquoi ?
Parce que Lawrence Stroll voulait gagner le championnat. Et l’analyse faite à l’époque était simple : pour devenir champion, Aston Martin estimait devoir disposer d’un moteur d’usine conçu autour de sa propre voiture, plutôt que d’utiliser une unité pensée prioritairement pour Mercedes.
Toto Wolff l’avait d’ailleurs rappelé cette année : quitter Mercedes avait été une « décision consciente » d’Aston Martin afin de devenir une véritable équipe d’usine avec Honda. Revenir chez Mercedes en 2028 signifierait donc abandonner précisément ce statut. Et reconnaître implicitement que le moteur client Mercedes vaut davantage qu’un moteur d’usine Honda incapable d’atteindre les objectifs fixés.
Pour Lawrence Stroll, ce serait une marche arrière exécutée avec un V12 de fanfare.
Mais il y aurait aussi une logique froide derrière le plan B
Et pourtant, aussi ironique que cela puisse paraître, Aston Martin aurait parfaitement raison d’étudier cette solution. Un patron d’équipe sérieux ne doit pas attendre décembre 2027 pour découvrir qu’il lui manque éventuellement un moteur en 2028. Les architectures des monoplaces se préparent très longtemps à l’avance. Transmission, refroidissement, packaging, aérodynamique arrière : changer de motoriste ne consiste pas simplement à retirer quatre boulons et brancher une prise différente. Si les dirigeants de Silverstone ont réellement commencé à sonder Mercedes, cela ne signifie donc pas nécessairement qu’ils ont décidé d’abandonner Honda.
Cela signifie plutôt : « Nous voulons savoir où se trouve la sortie de secours avant que l’incendie ne commence. »
Et après les premiers mois de 2026, difficile de leur reprocher de vérifier si la porte fonctionne.
Le problème, c’est que l’image est terrible pour Honda
Sportivement, préparer un plan B serait parfaitement rationnel. Politiquement, en revanche…Bonjour Tokyo. Honda est revenu officiellement en Formule 1 avec Aston Martin en promettant de se battre pour le championnat. Au lancement de janvier 2026, les deux partenaires affichaient encore publiquement leur ambition de viser la première place mondiale ensemble. Huit mois plus tard, la rumeur d’un retour chez Mercedes en 2028 apparaît. Même si aucune négociation concrète n’existait finalement, ce bruit raconte déjà quelque chose :
la patience d’Aston Martin n’est probablement pas infinie. Honda le sait. Newey le sait. Lawrence Stroll le sait. Et désormais Toto Wolff semble lui aussi savoir que son ancien numéro est toujours enregistré dans le téléphone de Silverstone.
2027 devient donc l’année du jugement
C’est probablement là que se trouve la partie la plus crédible du scénario. Aston Martin peut accepter une saison 2026 extrêmement difficile. Nouveau règlement. Nouvelle voiture. Nouveau moteur. Nouvelle organisation. Soit.
Mais 2027 ne pourra plus être présentée comme une gigantesque séance d’essais.
Newey aura eu davantage de temps pour façonner la monoplace. L’infrastructure de Silverstone sera pleinement exploitée. Honda disposera d’une année supplémentaire de développement. Et surtout, le constructeur japonais sait déjà exactement quel déficit il doit combler. Si le moteur fait alors le bond attendu, l’histoire Mercedes disparaîtra probablement aussi vite qu’elle est apparue. Si Honda reste loin…
Alors le camping-car de Toto Wolff risque soudain de devenir une destination extrêmement fréquentée.
Aston Martin rêvait d’indépendance… attention au demi-tour
Il faut donc conserver deux choses en tête. Premièrement : aucune fourniture Mercedes pour 2028 n’est aujourd’hui confirmée. Nous parlons d’une rumeur de discussions exploratoires, pas d’un accord signé. Mais deuxièmement : le contexte technique rend cette rumeur beaucoup moins absurde qu’elle ne l’aurait été il y a seulement douze mois. Honda souffre. Honda reconnaît avoir besoin de temps. Newey exige un énorme progrès pour 2027. Alonso vient encore de demander davantage au moteur. Et Mercedes dispose actuellement d’une référence technique dont Aston Martin connaît parfaitement le fonctionnement. Le plus amusant reste donc peut-être de ressortir les déclarations de 2023.
Honda était « la dernière pièce du puzzle ». Aston Martin devait enfin devenir indépendant. Le moteur devait être créé spécialement pour Newey et Silverstone. Trois ans plus tard, Toto Wolff passe apparemment prendre le café.
Pour l’instant, ce n’est qu’un café.
Mais chez Aston Martin, on ferait bien de garder une tasse propre pour 2027.










