Marc Marquez a quitté Aragon avec les 37 points disponibles, mais peut-être pas avec la Ducati théoriquement la plus performante. Neil Hodgson et Sylvain Guintoli ont remarqué un détail révélateur sur la GP26 du champion du monde : contrairement à plusieurs autres pilotes Ducati, l’Espagnol utilise toujours l’ancien package aérodynamique. Un choix qui lui fait sacrifier une partie de la performance pure afin de conserver une moto plus maniable et moins exigeante pour un bras qui n’a toujours pas retrouvé toutes ses capacités.
Neuvième victoire toutes catégories confondues à MotorLand, victoire au Sprint puis au Grand Prix : difficile d’imaginer week-end beaucoup plus convaincant pour Marc Marquez.
Dimanche, Marco Bezzecchi lui a pourtant résisté. L’Italien avait déjà montré samedi matin que l’Espagnol n’était pas intouchable en lui arrachant la pole position. Après le départ du Grand Prix, Bezzecchi a de nouveau pris les commandes avant que Marquez ne porte une attaque spectaculaire dans la ligne droite opposée.
Pedro Acosta a ensuite tenté de rester au contact, mais le pilote Ducati a progressivement imposé son rythme pour compléter son week-end parfait. Derrière cette apparente domination se cache pourtant une réalité beaucoup plus intéressante. Marquez ne dispose toujours pas de toutes ses capacités physiques. Et sa Ducati le montre.
Marc Marquez n’utilise pas la dernière évolution aérodynamique
Avant le Grand Prix, Sylvain Guintoli et Neil Hodgson ont pu observer attentivement la GP26 n°93 pour TNT Sports. Un détail leur a immédiatement sauté aux yeux. « Si vous regardez la moto de Marc Marquez, vous voyez qu’il a le même kit aérodynamique que toutes les Ducati utilisaient en début de saison », explique Guintoli.
Ducati a depuis utilisé l’évolution aérodynamique autorisée par le règlement sur d’autres machines. « Si vous regardez la moto de Pecco, il a bénéficié de cette amélioration. On voit bien que c’est un ensemble assez différent avec cette aile. Elle est beaucoup plus grande, et l’air y entre directement au lieu d’être divisé en deux. »
Pecco Bagnaia, Fabio Di Giannantonio et Alex Marquez utilisent notamment cette évolution. Pas Marc. « Marc Marquez est resté fidèle au premier. Il trouve que cela alourdit un peu la moto et il apprécie sa maniabilité accrue. »
Ce choix pourrait sembler étonnant. Une évolution aérodynamique est justement développée parce que Ducati considère que son rendement global constitue un progrès. Mais dans le cas de Marquez, la meilleure moto sur les données n’est pas nécessairement la meilleure moto à piloter.
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— MotoGP™🏁 (@MotoGP) August 30, 2026
Une Ducati adaptée à « un bras et demi »
C’est là que Neil Hodgson apporte l’explication la plus intéressante. « Ce qui est vraiment intéressant, c’est que Marc Marquez sacrifie un peu d’efficacité car ils savent, d’après tous les tests effectués, que cette configuration fonctionne mieux dans son ensemble, mais elle est plus physique et donne une impression de lourdeur. »
Le bénéfice aérodynamique possède donc une contrepartie. Avec davantage d’appui, la Ducati devient plus exigeante lorsqu’il faut la déplacer rapidement d’un angle à l’autre, particulièrement à haute vitesse.
Or ce sont précisément ces contraintes que Marquez cherche actuellement à limiter. « Les changements de direction sont un peu plus difficiles, surtout à haute vitesse, donc il perd un peu en performance car il court avec un bras et demi », résume Hodgson.
La formule est spectaculaire, mais elle décrit surtout un compromis technique particulièrement révélateur. Marquez n’essaie pas de piloter la Ducati théoriquement la plus efficace. Il cherche la Ducati avec laquelle son corps actuel peut être le plus efficace. La nuance est essentielle.
Marc Marquez adapte désormais la Ducati à son corps
Les conséquences de ses graves blessures au bras droit appartiennent depuis longtemps à l’histoire de sa carrière. Mais sa condition physique continue manifestement d’influencer certains choix techniques en 2026.
Marquez avait d’ailleurs évoqué en privé ses difficultés persistantes avec son bras, une conversation reprise dans les vidéos diffusées par Ducati. Un épisode qu’il avait peu apprécié, estimant que l’équipe l’avait en quelque sorte « piégé » en rendant publique cette confidence.
À Aragon, sa moto racontait pourtant elle-même une partie de cette histoire. L’Espagnol préfère renoncer à certains avantages de la dernière évolution aérodynamique afin de disposer d’une GP26 plus facile à déplacer et correspondant davantage à ses capacités physiques actuelles.
Et c’est probablement ce qui rend son week-end espagnol encore plus remarquable. Car avec cette Ducati volontairement adaptée, Marquez a remporté le Sprint puis le Grand Prix et inscrit la totalité des 37 points disponibles.
Bezzecchi lui a certes arraché la pole et démontré qu’Aprilia pouvait le battre sur un tour. Acosta a tenté de lui résister dimanche. Mais lorsque les points ont été distribués, Marquez n’en a laissé aucun à ses adversaires.
Marc Marquez domine à nouveau sans chercher à exploiter la version théoriquement la plus performante de sa Ducati. Parce qu’à ce stade de sa carrière, la moto la plus rapide n’est plus nécessairement celle qui produit le plus d’appui aérodynamique. C’est celle qu’il peut encore exploiter pleinement avec ce que Neil Hodgson appelle désormais « un bras et demi ».









