Moto GP
Publié le 3 septembre 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : Ce que cachait le retour de Johann Zarco

Johann Zarco retour

À Aragon, Johann Zarco était enfin de retour dans le paddock MotoGP, après six courses d’absence. L’énorme accident dans lequel il fut impliqué à Barcelone a laissé des traces, mais, globalement, il s’en est superbement bien sorti avec une très belle vitesse en Practice comme en qualifications, et une neuvième place en Sprint. Mais, en réalité, son état cachait une réalité difficile à accepter : le MotoGP est aujourd’hui trop dangereux.

 

Un parmi d’autres

 

Voyez-vous, au début, je me suis dit que j’allais faire un article sur Zarco uniquement, pour célébrer sa performance et surtout, son état d’esprit. Puis, après, je me suis rappelé que Fermin Aldeguer était dans une situation similaire. Ensuite, je me suis remémoré les propos de Massimo Rivola, qui disait, vendredi, que Bezzecchi avait du mal à marcher. Et en fait, quand je regarde la grille, une grande majorité de nos héros sont diminués.

 

Johann Zarco retour
Malheureusement, Johann Zarco n’était pas le seul dans ce cas là. Photo : Michelin Motorsport

 

Oui, je maintiens, depuis plusieurs années maintenant, que le MotoGP est trop dangereux. J’ai déjà donné des pistes de réflexion dans divers articles, mais, pour résumer, afin que vous compreniez mon état d’esprit, voici les principales mesures que je prendrais si je dirigeais le championnat : 1. Des motos moins puissantes. 2. Suppression ou très large diminution de l’appui aérodynamique des motos, avec un barème à respecter comme en endurance automobile. 3. Un calendrier beaucoup plus léger, ce qui réduirait le « temps sous tension » des athlètes (qui n’ont aujourd’hui plus une seule séance de répit). 4. Supprimer les Sprints, mesure qui accompagne le point n°3. 5. Une possibilité d’arrêter un événement quand il n’est plus « sportivement pertinent ». 6. Des pénalités beaucoup plus sévères pour les dépassements agressifs. Voici, entre autres, les mesures concrètes que j’ai proposées au fil de ces dernières saisons.

À chaque fois que je fais un article sur la sécurité, on me répond deux choses. Premièrement, que le MotoGP n’a pas à être sûr, que c’est un sport dangereux par nature. C’est ce qui ferait sa beauté. Étonnamment, je suis d’accord avec cette affirmation, je dis juste qu’en plus de raccourcir la carrière des pilotes, le sport actuel peut perdre de sa pertinence si le titre se joue simplement en fonction de qui se blesse le moins. Deuxièmement, qu’avant, c’était plus dangereux encore, et qu’on ne s’en plaignait pas. Ah bon ? Vous êtes sûrs ? C’est ce qu’on va regarder.

 

Une étude intéressante

 

Pour cela, on va comparer la quantité de blessures sur l’ensemble des participants du Championnat du monde MotoGP depuis le début de cette ère en 2002. Niveau blessures graves, voire fatales, c’est certain que c’est plus sûr maintenant. La médecine évolue à une vitesse folle, et la sécurité des circuits aussi. Désormais, les airbags sont obligatoires, et les airfences ont remplacé les murs de pneus (voire les rails) sur bon nombre de tracés. C’est un fait de l’époque.

Ce que je veux comparer, ce ne sont pas nécessairement le nombre de décès ou d’amputations, mais les petites blessures qui font manquer des courses. Car, selon moi, ce sont elles qui peuvent mener à un championnat tronqué, « sportivement impertinent », comme j’aime à dire. Il y a quelques semaines, j’émettais l’idée qu’un Fabio Di Giannantonio ou un Raul Fernandez soit mystérieusement titré après que Marquez, Bezzecchi, Martin, et Ogura se soient blessés. Imaginez si cela arrivait, ça aurait une saveur amère, non ? Eh bien, ce scénario n’a jamais été aussi plausible, aussi fou que cela puisse paraître.

Si vous voulez connaître le bilan de l’étude, rendez-vous tout de suite au point « conclusion ». Si vous voulez connaître le détail du nombre de blessés par année depuis 2002 (ce qui m’a pris très longtemps, car j’ai dû vérifier le contexte de chaque absence ou presque, ma mémoire n’étant pas infaillible), la prochaine section est pour vous.

 

L’analyse

 

Remontons donc à 2002. À l’époque, seuls six pilotes ont dû s’absenter sur l’intégralité du championnat, soit 16 manches. Ukawa, avec cette histoire de clavicule cassée avant la Grande-Bretagne, était le mieux classé de ces pilotes, en troisième place au général.

Voici, pour les années suivantes, le bilan.

  • 2003, cinq titulaires. Barros, le mieux classé en huitième place, Melandri, Hopkins, Roberts Jr, et, forcément, Kato. À savoir que je ne compte pas les pilotes WCM.
  • 2004, c’était sept, avec, pour mieux classé, Hayden au huitième rang. Il faut savoir qu’à l’époque, le fond de grille (dédicace) était trusté par des équipes… exotiques, dirons-nous, ou tout du moins beaucoup moins avancées que maintenant.
  • 2005, sept encore, si j’ai bien compté (Capirossi, sixième, le mieux classé de ceux qui ont manqué au moins une manche).
  • 2006, c’était cinq, avec Capirex, troisième, comme mieux classé.

On arrive en 2007, et donc, à la période de domination des usines et les fameuses 800cc que tout le monde trouvait dangereuses. J’ai le souvenir d’un article dans un vieux magazine qui leur souhaitait de « pourrir en paix » à leur retrait fin 2011. Mais le championnat était-il plus dangereux à cette époque que maintenant ? C’est ce que nous allons voir.

  • En 2007, justement, on recensait quatre absents pendant au moins une course, avec le meilleur classement pour Melandri parmi les blessés, cinquième.
  • 2008, c’était cinq, avec Pedrosa, troisième, comme « meilleur absent ».
  • 2009, deux absents, car je ne compte pas Stoner (fatigue chronique). Mieux classé : Kallio, 15e.
  • 2010, huit blessés, mieux classé : Pedrosa, deuxième.
  • 2011, 11 blessés, le record. J’inclus malheureusement Marco Simoncelli dans le lot. Jorge Lorenzo était l’absent le mieux classé au général, deuxième.

Écrivez « Shane Byrne » en commentaires si vous avez lu cette partie intégralement.

 

Johann Zarco retour
En tout cas, Zarco a été monstrueux. Mais attention, car en général, la course qui suit le retour est assez réussie, mais les autres physiquement plus difficiles. Photo : Michelin Motorsport

 

  • 2012, sept manquants, et Stoner, troisième, était le mieux classé d’entre eux.
  • 2013, sept blessés, avec Lorenzo, en bagarre pour le titre jusqu’au bout, comme meilleur absent de l’année.
  • 2014, seulement quatre absents, avec Iannone en dixième place pour le meilleur d’entre eux.
  • 2015, cinq blessés. Mieux classé : Dani Pedrosa, quatrième.
  • 2016, début de l’ère de l’ECU unique, avec beaucoup plus de pilotes qui pouvaient jouer la victoire. Neuf blessés, Dani Pedrosa encore mieux classé d’entre eux en sixième position.
  • 2017, six blessés, avec Valentino Rossi septième comme référence pour les absents.
  • 2018, sept manquants. Cal Crutchlow, septième, mieux classé des blessés.
  • 2019, j’en compte huit. Pol Espargaro, 11e, était le mieux classé.
  • 2020, l’année spéciale avec seulement 14 GP, a recensé sept absents, donc Alex Rins, troisième du championnat.
  • 2021, six absents, dont Marc Marquez, bien sûr, septième du général.
  • 2022, six absents encore, et Alex Rins, septième, mieux classé de ceux-ci.

L’année 2023 a marqué un grand changement. En effet, l’aérodynamique a fait un bond énorme cette saison, et les Sprints ont débuté. C’est, selon moi, le moment où le sport est devenu plus dangereux. Voyons si cela se traduit dans les chiffres.

  • 2023, dix absents, dont le champion du monde Pecco Bagnaia, ce qui n’était jamais arrivé auparavant.
  • 2024, neuf manquants, avec Brad Binder, cinquième, comme blessé le mieux positionné au championnat.
  • 2025, de nouveau dix blessés, avec, bien entendu, Marc Marquez sur les cinq dernières manches, soit le champion du monde.

Et, finalement, 2026, où nous en sommes déjà à sept, dont Marc Marquez, Marco Bezzecchi et Ai Ogura (à l’entraînement, mais je l’ai compté pour les plus anciens, c’est un comparatif d’époque), soit trois prétendants au titre. Je crois que c’est parfaitement clair.

 

Conclusion

 

D’après les données détaillées ci-dessus, l’introduction des Sprints, le rallongement du calendrier et l’augmentation du temps de course ont fait grimper la moyenne du nombre de blessures, qui n’a été aussi élevée qu’au tout début de la décennie 2010 une fois rapportée au nombre de courses disputées (26 pilotes absents au moins une fois sur 53 GP de 2010 à 2012, contre 29 sur 62 de 2023 à 2025). Je ne vous l’ai pas détaillé, mais les longueurs des absences, elles aussi, sont étendues de nos jours. Et que dire de 2026 ? Nous sommes sur les bases du record.

Que pensez-vous de ces chiffres ? Constatez-vous cette évolution également ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Souhaitons-leur le meilleur. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport