La tension est montée d’un cran à Aragon entre Fabio Quartararo et Yamaha. Le pilote français, très critique du projet V4 depuis longtemps, a fait une sortie risquée après son week-end de course. Est-il allé trop loin, ou ses critiques sont-elles légitimes ? Analyse.
Le rappel des faits
Avant de vous donner mon avis, je vais vous expliquer où en sont Yamaha et Quartararo. Tout le week-end à Aragon, Quartararo était décroché. Mais à un point rarement vu pour un champion du monde MotoGP : 17e en qualifications, non classé en Sprint, et dernier, tout dernier du Grand Prix. Assurément l’un de ses pires GP depuis qu’il est en catégorie reine.

Les critiques acerbes ont fusé en zone mixte. Quartararo se plaignait d’être considéré comme un pilote d’essai, que Yamaha l’avait utilisé comme tel en l’abondant, en quelque sorte, de matériel nouveau. Et là, est intervenue une attaque presque personnelle : Quartararo disait qu’il « n’avait pas envie d’aider ». On passe un cap, car le manque de motivation d’abord réservé aux mauvaises pistes pour la M1 se généralise. La rupture n’est certainement pas loin.
À tel point que Yamaha a répondu à son pilote-star. En clair, Meregalli lui reproche de se plaindre, car il disait, à la fois, que rien n’avançait chez Yamaha, et, en même temps, rejetait toute sorte de nouvelles pistes. Les bleus lui conseillent de prendre exemple sur Jack Miller, qui, comme par hasard, affirmait dans le même temps que « se plaindre ne servait à rien ».
Il y a aussi la question des tests. Quartararo voulait essayer la 850cc Yamaha au Red Bull Ring, mais pour prendre connaissance des pneus Pirelli plus que de la moto. Yamaha a refusé, car la firme japonaise donnerait un avantage à un pilote qui va partir. Et ça se comprend. Même si Meregalli n’a pas cité Honda, qui a effectivement fait rouler ses deux pilotes d’usine à Brno avec la future machine – alors qu’ils sont sur le départ également –, Martin et Ogura n’essaieront pas la future Aprilia, Bagnaia la Ducati, ou Acosta la KTM. Vous l’aurez compris, c’est chaud.
Fabio Quartararo a-t-il dépassé les bornes ?
Vous le savez, j’ai toujours défendu cette nouvelle version de Quartararo. Après tout, pour nous, spectateurs, c’est assez divertissant. J’aime l’honnêteté, les personnages entiers, et les gros caractères. S’ils sont talentueux, c’est encore mieux. « El Diablo » coche toutes les cases.
Mais là, sur ce cas précis, je me demande si ce n’était pas la remarque de trop. En effet, elle est d’après moi légitime, mais la formuler devant la presse n’était pas nécessaire. Tout le monde voit que Quartararo n’y est plus. Tout le monde constate, chaque week-end, qu’il n’a plus vraiment envie de s’inscrire dans ce projet. C’est si évident que le dire peut facilement être perçu comme une insulte. Concernant les tests Pirelli, eh bien, sur ce point, je peux comprendre Yamaha. Les pilotes MotoGP sont plutôt bien protégés par les contrats en vigueur. Personnellement, je pense que Quartararo terminera la saison chez Yamaha, même s’il parle comme ça chaque week-end.
Cependant, comment reprocher à Yamaha de se protéger également en lui refusant un test qui donnerait de facto un avantage net… à Honda ? Après tout ce qui a été dit depuis début 2025, ça ne me paraît pas injuste. Quartararo a tout à fait le droit de critiquer Yamaha, et je suis content qu’un pilote s’ose à la franchise de cette manière. Mais de l’autre côté, Yamaha a aussi le droit de se préserver et de donner le guidon à Toprak ou à Guevara pour préparer le futur.
Après, concernant le nombre de pièces essayées, personne ne peut savoir. Yamaha dit que Quartararo se plaint quand il n’y a rien, mais aussi quand il y en a trop. Mais ce qu’avait dit « El Diablo » était assez différent : il affirmait, par exemple, qu’on lui avait donné la même pièce à essayer trois fois, alors qu’il avait dit, dès le départ, que c’était moins bon. Il faudrait être dans le box pour savoir la vérité, et encore. Je ne peux donc pas me prononcer sur ce point.

En revanche, on est en droit de se questionner sur le plafond de cette M1 V4. Yamaha donne-t-il les mêmes chances à Quartararo qu’aux autres, ou Quartararo a-t-il perdu tellement de motivation qu’il ne suit plus ses collègues ? Depuis deux GP, Jack Miller est quand même nettement au-dessus de lui, et a fait un week-end très correct à Aragon avec un top 10 en Sprint et une qualification directe en Q2. Pourtant, ce n’est pas faire insulte à Jack Miller que de dire qu’il n’est pas intrinsèquement au niveau de Fabio. Il y a anguille sous roche, et je crois qu’il faudra attendre l’année prochaine pour connaître tous les tenants et aboutissants de cette mystérieuse et abrupte perte de vitesse.
Quartararo se met-il en danger ?
Cette déclaration concernant son envie, d’après moi, ne le fait pas apparaître sous son meilleur jour. Imaginez que vous êtes chez Honda, et que votre futur pilote dit quelque chose comme ça. Forcément, la pression augmente, car si le futur concept de la firme ailée n’est pas bon, alors il faudra s’attendre à des commentaires similaires. Dans un sport où l’on attend toujours 100 % des pilotes, en voir un dire qu’il n’a « pas envie » tranche, et à mon avis un peu trop. Le pire scénario n’est heureusement pas encore réalité. Même si je n’y crois pas, je pense, par exemple, qu’une séparation dans les prochaines semaines entre les deux entités serait très largement défavorable à l’image de Quartararo, exactement comme ce qui était arrivé à Maverick Vinales en 2021. Il ne faudrait pas que ça se reproduise.
Je suis curieux de savoir ce que vous pensez de cette sortie unique pour un champion de ce calibre. Comprenez-vous Quartararo ? Dites-le-nous en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Michelin Motorsport









