Moto GP
Publié le 12 septembre 2026 • 08:00 par André Lecondé

MotoGP – Toprak Razgatlioglu, désemparé après une journée cauchemardesque sur sa Yamaha à Misano

Toprak Razgatlioglu a terminé dernier des essais libres chronométrés de vendredi à Misano. Et le Turc n’a pas caché sa déception.

Quatorzième vendredi matin à Misano et plutôt satisfait de sa Yamaha, Toprak Razgatlioglu pensait que le passage au pneu arrière tendre lui permettrait de franchir une nouvelle étape. Il a produit exactement l’effet inverse. Dernier des essais, le triple champion du monde Superbike explique que l’adhérence supplémentaire à l’arrière pousse désormais l’avant et l’empêche d’utiliser son arme favorite : le freinage. Au point de ne plus reconnaître sa M1.

Toprak Razgatlioglu pensait avoir enfin trouvé une direction. Vendredi matin à Misano, le Turc termine 14e avec un pneu arrière-medium déjà utilisé pendant quinze tours. Surtout, ses sensations sont bonnes. Quelques heures plus tard, il chausse le tendre en imaginant pouvoir approcher les 1’31 ». Il termine en 1’32″… et dernier.

Toprak Razgatlioglu : « Je ne reconnaissais plus ma moto »

Le changement est tellement spectaculaire que Razgatlioglu peine lui-même à l’expliquer sur GPOne. « Dès que j’ai chaussé le premier pneu tendre, j’ai été surpris : je ne reconnaissais plus ma moto. C’était comme si je pilotais une moto de location. »

Le problème ne vient pourtant pas d’un manque d’adhérence. C’est exactement le contraire. Le tendre apporte davantage de grip à l’arrière, mais cette adhérence supplémentaire modifie l’équilibre de la Yamaha.

« L’arrière pousse l’avant avec le tendre et la moto ne freine pas. » Pour n’importe quel pilote, le phénomène serait pénalisant. Pour Toprak, il touche directement à ce qui a fait sa réputation.

Toprak Razgatlioglu privé de son freinage

Razgatlioglu a construit une grande partie de son succès en WorldSBK sur sa capacité exceptionnelle à retarder ses freinages et à contrôler la moto dans cette phase. À Misano, ce repère disparaît.

« Le gros problème, c’est que la moto ne s’arrête pas. Je n’arrive pas à bien négocier le virage, je perds ma trajectoire. » La conséquence se propage ensuite sur toute la courbe. Une mauvaise entrée compromet le point de corde, puis la sortie et finalement l’accélération suivante. Toprak a même étudié les données de Fabio Quartararo pour comprendre.

Le résultat l’a probablement encore davantage surpris. « Je freine plus tôt, mais la moto ne s’arrête toujours pas. » Il ne s’agit donc plus simplement d’apprendre à freiner différemment d’un pilote MotoGP expérimenté : Razgatlioglu ne retrouve pas le comportement qu’il attend de la machine.

Toprak Razgatlioglu

Ses réflexes du WorldSBK ne fonctionnent plus

Le Turc établit lui-même le lien avec son ancienne discipline. « Je me retrouve à piloter comme en Superbike. » Mais le pneu tendre qu’il découvre n’a pas les caractéristiques auxquelles il s’était habitué avec le Pirelli SCX en WorldSBK. Et c’est précisément l’une des difficultés de son apprentissage.

Une MotoGP ne demande pas simplement d’aller plus vite qu’une Superbike. Elle impose de reconstruire certains automatismes techniques acquis pendant des années. Même le retour aux réglages utilisés à Aragon n’a rien changé. « Sur ce circuit, l’adhérence change, et je pense que c’est ce qui fait la différence. »

« Même mon cerveau est en veille »

Plus préoccupant encore, Yamaha ne possède pas encore l’explication définitive. « J’en discute avec l’équipe, mais on ignore encore la cause du problème. » Le contraste avec la matinée rend la situation particulièrement frustrante.

Toprak pensait disposer d’une base suffisamment bonne pour progresser avec le tendre. Il découvre finalement qu’il faudra peut-être modifier les réglages spécifiquement pour pouvoir exploiter ce pneu.

À la fin de la journée, même son habituel enthousiasme avait disparu. « J’essaie juste de me détendre, parce que même mon cerveau est en veille pour l’instant. Je ne m’attendais pas à quelque chose comme ça. »

Misano vient ainsi de donner à Razgatlioglu une nouvelle leçon de MotoGP : davantage d’adhérence ne signifie pas nécessairement davantage de vitesse. Pour un pilote qui a fait du freinage une signature, découvrir qu’un pneu plus performant peut justement l’empêcher de freiner comme il sait le faire constitue probablement l’un des apprentissages les plus déroutants de sa première saison.

Toprak Razgatlioglu