Yamaha traverse une période compliquée en WorldSBK, mais Nicolò Canepa refuse le diagnostic de crise. Après un week-end de Magny-Cours marqué notamment par des accrochages entre pilotes de la marque, le responsable de Yamaha Motor Europe défend les résultats, l’ambiance interne et même la philosophie technique d’une R1 confrontée à une concurrence de plus en plus redoutable.
À regarder certaines images de Magny-Cours, le tableau pouvait effectivement sembler préoccupant. Xavi Vierge et Remy Gardner se sont retrouvés impliqués dans un incident, tout comme Andrea Locatelli et Stefano Manzi. Des pilotes Yamaha qui se battent entre eux alors que la marque peine déjà à lutter régulièrement pour les victoires : il n’en fallait pas davantage pour alimenter l’idée d’une certaine fébrilité. Nicolò Canepa ne partage absolument pas cette lecture.
Canepa : « Je ne vois pas cela comme une crise »
« Dans l’ensemble, je ne vois pas cela aussi mal que cela pourrait apparaître, ni comme une crise », explique l’Italien. Son premier argument est comptable : Yamaha vient de dépasser BMW pour prendre la troisième place du classement des constructeurs, derrière Ducati et Bimota.
Un résultat que Canepa juge d’autant plus significatif que Ducati impose actuellement sa puissance au championnat, avec plusieurs machines régulièrement installées aux avant-postes.
« Xavi, Remy, Locatelli et Stefano ont tous fait du bon travail récemment. Dans la Course 2, nous nous battions avec Kawasaki pour être la première moto non-Ducati avant le drapeau rouge. La situation n’est donc pas aussi désespérée qu’elle peut le sembler. »
Quant aux accrochages entre pilotes Yamaha, Canepa refuse d’y voir le symptôme d’une guerre interne. « Quand les pilotes sont en course, ils ne pensent pas : « C’est une Yamaha bleue, donc je ne vais pas l’attaquer. » Ils voient un adversaire et saisissent une occasion de dépasser. C’est normal. » Il reconnaît sur GPOne ne pouvoir être « satisfait ni fier » de ces incidents, mais assure que l’atmosphère demeure excellente dans les deux structures Yamaha.
Pas de « boîte magique » pour rattraper Ducati
Le problème de fond reste néanmoins celui des performances. Face aux progrès de Ducati et à l’arrivée annoncée d’une nouvelle BMW homologuée pour la saison prochaine, Yamaha doit trouver davantage de vitesse. Mais Canepa prévient qu’il n’existe aucune solution miraculeuse. « Nous n’avons pas de « boîte magique » permettant de gagner instantanément plus d’une seconde et de combler l’écart. »
Les grandes orientations concernant la moto sont par ailleurs décidées au Japon, au-delà du seul département compétition. Canepa défend cependant vigoureusement le concept de la R1. Yamaha commercialise une machine dont le positionnement et le prix diffèrent sensiblement de ceux de certains concurrents, sans que cela l’ait empêchée de devenir championne du monde avec Toprak Razgatlioglu.
« Notre Yamaha coûte environ la moitié de certaines motos rivales, et pourtant nous avons remporté un championnat du monde et terminé deuxième et troisième avec Toprak et Locatelli. C’est un travail fantastique. »
Pour lui, le WorldSBK doit justement permettre à plusieurs philosophies techniques de cohabiter plutôt que de modifier son règlement pour compenser systématiquement les choix industriels d’un constructeur.
A clash with @XaviVierge leaves @GardnerRemy out of the race💥#FrenchWorldSBK 🇫🇷 pic.twitter.com/gT4lDVEsVm
— WorldSBK (@WorldSBK) September 5, 2026
Yamaha met aussi en garde contre le futur règlement
La question devient particulièrement sensible alors que l’arrivée éventuelle de motos de 1 200 cc pourrait encore compliquer l’équation. Si Aprilia devait notamment choisir cette voie, Canepa estime que le championnat pourrait devoir gérer une nouvelle philosophie technique en plus de celles qui existent déjà. « Nous ne savons pas ce qui va se passer. Si les 1 200 cc arrivent, cela pourrait créer une troisième philosophie. »
Une incertitude réglementaire qui vient s’ajouter aux interrogations entourant Yamaha elle-même.
Le changement de chef technicien de Locatelli ou les mouvements de personnel envisagés pour la saison prochaine ont ainsi été interprétés comme les signes d’une organisation cherchant sa direction.
Canepa retourne complètement l’argument. « Prendre des décisions ensemble avec l’équipe montre de la clarté, pas de la confusion. Si nous avions été confus, nous n’aurions rien changé. Nous étions convaincus qu’il fallait aider Locatelli à retrouver confiance. »
Yamaha ne nie donc ni son retard ni la nécessité de progresser. Mais entre une R1 encore capable de placer la marque troisième chez les constructeurs, des pilotes qui continuent à se battre aux avant-postes et une réglementation dont l’avenir reste lui-même mouvant, Canepa refuse que difficultés et crise deviennent synonymes.
Et son message est finalement assez simple : Yamaha a des problèmes à résoudre en WorldSBK, mais certainement pas, selon lui, une maison en train de brûler.
That's an extremely unusual spot to go down👀💥#FrenchWorldSBK 🇫🇷 pic.twitter.com/pJTU4zJGNl
— WorldSBK (@WorldSBK) September 6, 2026









