Marc Marquez vient de remporter cinq des sept derniers Grands Prix et d’effacer 102 points de retard pour rejoindre Jorge Martin en tête du championnat. Pourtant, Claudio Domenicali refuse de considérer son pilote comme redevenu physiquement invulnérable. Le patron de Ducati identifie même très précisément les situations dans lesquelles son bras droit peut encore le handicaper : les longs virages à droite avec transfert de poids. Une faiblesse qui pourrait encore peser dans la course au titre.
À regarder les résultats récents de Marc Marquez, on pourrait croire que son corps a fini par capituler devant sa volonté. Claudio Domenicali sait que la réalité est différente. Le patron de Ducati vient de voir son pilote triompher à Misano, prendre 37 points sur 37 et rejoindre Jorge Martin avec 274 unités au championnat.
Mais lorsqu’on lui demande si l’état physique de Marquez peut encore devenir un problème, il ne cherche pas à rassurer artificiellement. « Il faudra y aller course par course. »
Ducati sait exactement où Marquez peut encore souffrir
Domenicali identifie surtout une faiblesse très précise. « Nous avons évoqué Assen et Silverstone, où il a rencontré des difficultés car, dans les longs virages à droite avec transfert de poids, il ne peut pas attaquer autant qu’il le souhaiterait. »
Voilà une nuance importante dans le spectaculaire retour de Marquez. Son bras droit et son épaule restent marqués par les blessures et les opérations. Même après l’intervention décidée cette saison, certaines contraintes biomécaniques n’ont donc pas disparu.
Et contrairement à une faiblesse de réglage, Ducati ne peut pas simplement la corriger avec quelques clics ou une nouvelle pièce.
Même à Misano, Domenicali a observé des baisses chez Marquez
Plus étonnant encore, Domenicali estime avoir perçu certaines limites alors même que Marquez dominait. « Pendant le Sprint et la course principale, Marc connaît des baisses de performance par moments. Il a donc besoin d’une marge de sécurité pour gérer son énergie avec plus de précaution. »
Cela donne une autre lecture de l’évolution récente du numéro 93. Le Marquez actuel ne cherche plus nécessairement à imposer une intensité maximale du premier au dernier tour. Il doit parfois déterminer quand son corps lui permet d’attaquer et quand il doit économiser ses ressources.
Le support ajouté à son réservoir à Misano pour mieux maintenir son corps au freinage participe précisément de cette recherche.

Son mental ne peut pas tout compenser
Domenicali refuse d’ailleurs une explication presque trop flatteuse : celle d’un Marquez capable de vaincre ses limites physiques par sa seule force mentale. « C’est assurément un athlète extraordinaire, non seulement par son talent, mais aussi par sa force mentale. »
Mais il ajoute aussitôt : « Sur les circuits où il s’est imposé, son bras ne l’a pas gêné, car on ne peut pas gagner uniquement grâce à son mental. »
Autrement dit, certaines pistes permettent à Marquez d’exploiter presque totalement son potentiel. D’autres exposent davantage ses séquelles physiques. Et c’est cette variable que Ducati devra désormais intégrer à chaque rendez-vous.
Les autres Ducati ont aussi aidé Marquez à revenir
Domenicali apporte enfin une correction intéressante au récit d’une remontée accomplie uniquement par Marc. À Misano, Alex Marquez, Fermin Aldeguer et Pedro Acosta ont tous terminé devant Jorge Martin.
« Alex et Fermin nous ont été d’un grand secours », reconnaît sur GPOne le patron de Ducati. Et il va plus loin : « Sans eux, nous ne serions pas à égalité de points. Jorge aurait terminé deuxième sans Fermin, Alex et même Pedro. »
Marquez a donc accompli l’essentiel du travail en remportant cinq des sept derniers Grands Prix. Mais pour effacer intégralement ses 102 points de retard, il fallait aussi que des pilotes viennent parfois s’intercaler entre Martin et lui.
À Misano, ils ont été nombreux à le faire. L’Autriche ouvre maintenant une nouvelle équation Le championnat arrive ainsi au Red Bull Ring dans une situation presque irréelle : 274 points pour Marquez, 274 pour Martin.
Sur le papier, Marc possède actuellement la dynamique la plus impressionnante. Mais Domenicali rappelle pourquoi extrapoler ses dernières victoires jusqu’à la fin de saison serait dangereux. Tout dépendra des circuits.
Marc Marquez a retrouvé la vitesse nécessaire pour devenir champion du monde. Il a également appris à gérer un corps qui ne lui permet plus systématiquement de piloter comme autrefois. C’est peut-être ce qui rend sa remontée encore plus remarquable.
Mais à sept Grands Prix de la fin, Ducati connaît aussi la faille : lorsqu’un tracé demande trop longtemps à son bras droit ce qu’il ne peut plus lui donner, même le mental de Marquez ne suffit plus. Et dans un championnat revenu à 274-274, quelques dixièmes perdus dans les mauvais virages peuvent désormais valoir beaucoup plus qu’une victoire.









