Marc Marquez n’a pas seulement offert à Ducati une victoire à domicile et la tête du championnat à Misano. Claudio Domenicali révèle une autre qualité découverte depuis son arrivée : l’Espagnol ne demande pas de modifier sa moto avant de s’être demandé si le problème ne venait pas de lui. Une attitude qui, selon le PDG de Ducati, a transformé la manière dont l’équipe travaille avec son pilote.
À Misano, Marc Marquez a encore démontré qu’il savait gagner. Mais pour Claudio Domenicali, ce n’est peut-être plus ce qui impressionne le plus chez le sextuple champion MotoGP. Après sa victoire devant Alex Marquez et Pedro Acosta, le patron de Ducati a surtout insisté sur l’évolution d’un pilote qu’il observait autrefois avec beaucoup plus de réserves.
« Les champions savent évoluer. Marc est un athlète extraordinaire et je pense qu’il nous apprend beaucoup, car il a énormément changé au cours de sa carrière », explique-t-il à Sky Sport Italia.
Ducati découvre un autre Marc Marquez
Domenicali ne réécrit d’ailleurs pas l’histoire. Lorsque Marquez dominait avec Honda, le dirigeant italien critiquait ouvertement sa propension à chercher la limite en chutant régulièrement durant les essais.
« À l’époque où il courait pour Honda, je disais qu’il provoquait ses accidents, car les vendredis et samedis, il repoussait sans cesse ses limites. » Cette méthode appartenait au Marquez capable de tomber, de repartir et parfois de recommencer quelques heures plus tard.
À 33 ans et après les multiples opérations subies au bras droit et à l’épaule, cette stratégie n’est plus soutenable. « Aujourd’hui, il ne peut plus se le permettre, son corps ne le supportant plus comme avant. »
Domenicali lui avait d’ailleurs récemment conseillé de moins puiser dans ses réserves pendant les essais afin de conserver suffisamment d’énergie pour les moments décisifs du week-end.
« C’est moi qui ne m’y prends pas bien »
Mais cette adaptation physique s’accompagne surtout, selon Ducati, d’une évolution intellectuelle dans sa manière de développer une moto. Et c’est là que la déclaration de Domenicali devient particulièrement révélatrice.
« Quand il ne se sent pas à l’aise dans un virage, il dit : “C’est moi qui ne m’y prends pas bien, alors ça ne sert à rien de toucher à la moto.” » Autrement dit, Marquez ne transforme pas automatiquement une difficulté de pilotage en problème technique.
La conséquence est essentielle pour les ingénieurs. « Quand il nous dit que quelque chose ne va pas, on sait qu’il y a vraiment un problème avec la moto. » Pour un constructeur, cette capacité à distinguer ce qui relève du pilote de ce qui relève réellement de la machine constitue évidemment une qualité considérable dans le développement.

Une déclaration qui résonne forcément chez Ducati
Difficile néanmoins d’entendre ces propos sans penser au contexte actuel. Ducati cherche depuis des mois à comprendre pourquoi Francesco Bagnaia ne retrouve pas ses sensations sur la GP26. Davide Tardozzi a encore reconnu à Misano que l’usine continuait à chercher une solution sans être parvenue à identifier celle qui permettrait à l’Italien de retrouver son niveau.
Domenicali ne compare à aucun moment les deux pilotes. Il serait donc abusif de transformer son compliment adressé à Marquez en critique indirecte de Bagnaia. Mais le contraste existe objectivement : au moment où Ducati peine à interpréter les difficultés de l’un, son PDG explique pourquoi les indications de l’autre lui paraissent particulièrement fiables.
Marquez change parce qu’il n’a plus le choix
Misano en a finalement offert une autre démonstration. Après la chute de Marco Bezzecchi, Marquez a reconnu s’être trop relâché. Jorge Martin en a profité pour prendre momentanément les commandes, obligeant le pilote Ducati à reconstruire sa course avant de reprendre la tête au 12e tour et de résister à son frère Alex.
Marc Marquez n’est donc plus exactement celui qui cherchait autrefois la limite en tombant jusqu’à la trouver. Son corps lui interdit désormais certaines folies. Il lui reste pourtant son talent, son expérience et cette capacité d’adaptation que Domenicali considère comme la marque des champions.
Et Ducati semble avoir découvert quelque chose d’encore plus précieux : lorsqu’un Marquez capable de reconnaître ses propres erreurs finit par accuser la moto, ses ingénieurs savent désormais qu’il est temps de l’écouter.

























