Chez Ferrari, il y a deux pilotes, deux ego de compétiteurs, deux ambitions de victoire… mais toujours une seule voiture capable de franchir la ligne d’arrivée en premier. Et Fred Vasseur vient de rappeler une vérité qui risque de faire grincer quelques dents : Lewis Hamilton et Charles Leclerc sont engagés sur un pied d’égalité. Pas de premier pilote désigné, pas de fidèle lieutenant et encore moins de couronne distribuée à l’ancienneté. Une précision devenue nécessaire après les passes d’armes de Zandvoort et de Monza, où les deux hommes ont transformé la coopération entre équipiers en exercice d’équilibrisme. Hamilton veut optimiser ses chances. Leclerc entend défendre les siennes. Quant à Vasseur, il doit arbitrer sans transformer le garage Ferrari en poulailler. À Maranello, les deux coqs ont le même perchoir. Et personne ne semble pressé de descendre.

Chez Ferrari, deux numéros 1, zéro cadeau.
Hamilton connaissait le contrat : pas de surprise dans le colis !
Dans un entretien accordé à L’Équipe le 11 septembre, Frédéric Vasseur a clarifié la philosophie de Ferrari. L’écurie a volontairement choisi de réunir deux pilotes capables de gagner et de leur garantir un traitement équitable.
Le Français précise au sujet d’Hamilton : « Lewis le savait. C’est clair dans le contrat. »
Voilà qui règle au moins la question administrative. Les sept titres mondiaux du Britannique ne lui donnent pas automatiquement priorité sur le Monégasque, installé chez Ferrari depuis 2019.
Leclerc, de son côté, n’a aucune raison de considérer son ancienneté comme une garantie de statut privilégié. Chacun dispose des mêmes droits au départ. Le chronomètre et les circonstances sportives doivent ensuite départager les ambitions.
Hamilton a apporté sept couronnes dans ses bagages. Ferrari lui rappelle gentiment qu’elles ne figurent pas dans l’organigramme.
Zandvoort : quand les deux Ferrari se marchent sur les pneus
La bataille interne avait déjà pris une tournure particulièrement délicate lors du Grand Prix des Pays-Bas, le 23 août. Hamilton, chaussé de pneus plus frais, revenait sur Leclerc et souhaitait rapidement prendre l’avantage pour poursuivre George Russell.
Mais Ferrari a tardé à dégager la voie.
Leclerc a effectué un tour supplémentaire avant son arrêt, et Hamilton a laissé éclater sa frustration à la radio, dénonçant le temps perdu. Les deux Ferrari termineront finalement quatrième et cinquième, derrière Russell, troisième.
Pour Hamilton, ce délai représentait une occasion manquée de monter sur le podium. Pour Ferrari, la gestion de deux pilotes engagés dans des stratégies différentes s’est révélée délicate. À force de vouloir ménager les deux susceptibilités, le muret a surtout laissé Russell profiter du spectacle. Et la suite allait être encore plus croustillante.
Monza : les coqs sortent les ergots !
Le Grand Prix d’Italie a offert un nouvel épisode de cette rivalité sportive. Dès le premier tour, Hamilton et Leclerc se retrouvent côte à côte au deuxième virage.
Le Monégasque élargit sa trajectoire, contraignant son équipier à passer dans les graviers. Hamilton dégringole au classement avant de remonter à la sixième place. Leclerc abandonnera après un accident quelques tours plus tard. Le Monégasque a ensuite reconnu sa responsabilité dans l’incident. Les deux pilotes ont discuté et affirmé avoir dissipé leurs différends. Mais Hamilton a soulevé un autre problème : l’absence, selon lui, de règles écrites suffisamment précises concernant les duels entre équipiers. Il a rappelé que Mercedes possédait un cadre formalisé pour gérer ces situations.
Autrement dit, le septuple champion du monde ne souhaite pas découvrir les limites de la liberté de course lorsqu’il est déjà dans le bac à graviers. À Monza, les deux Ferrari devaient attaquer Mercedes. Elles ont commencé par se disputer le même morceau de bitume.
Vasseur sort le règlement… mais refuse le mode d’emploi de 300 pages
Face aux critiques, Fred Vasseur n’a pas l’intention de rédiger une encyclopédie des dépassements autorisés entre Hamilton et Leclerc. Il assure que Ferrari dispose déjà de principes clairs. Ces règles ne sont toutefois pas destinées à prévoir au millimètre chaque situation susceptible de survenir en piste. Le patron français rappelle notamment que ses pilotes bénéficient d’une priorité alternée dans la gestion des qualifications. Lorsqu’une décision doit être prise, c’est à lui de trancher.
Sur un point, le message est limpide : le statut de numéro un ne sera pas attribué simplement parce qu’un pilote le réclame.
Vasseur conserve néanmoins la possibilité d’établir une hiérarchie si la situation du championnat justifie de concentrer les efforts sur un seul pilote. Une règle qui s’appliquerait aussi bien à Hamilton qu’à Leclerc. Les pilotes peuvent se battre pour la première place. Mais le fauteuil de directeur d’écurie reste occupé.
Hamilton dément : non, il ne réclame pas de têtes !
L’ambiance s’est encore chargée cette semaine avec des informations du Corriere della Sera affirmant qu’Hamilton souhaitait des changements parmi les membres du personnel travaillant sur les circuits. Le quotidien italien évoquait également un refroidissement de ses relations avec Vasseur.
Mais ce jeudi 17 septembre, Hamilton a publiquement contesté la première accusation.
Dans un message diffusé sur Instagram, il assure : « Je n’ai jamais demandé que quiconque dans mon équipe soit remplacé. »
Il insiste sur le travail et l’engagement des employés de Ferrari, affirmant vouloir les aider à progresser plutôt que réclamer leur départ. Le Britannique n’a toutefois pas répondu directement aux spéculations concernant sa relation avec Vasseur.
Difficile, dans ces conditions, de présenter une guerre ouverte à Maranello comme un fait établi. D’autant que le patron français avait déjà rejeté l’idée d’une crise interne après Monza, tout en reconnaissant que certaines choses devaient être clarifiées. Il a demandé à ses pilotes de protéger publiquement le travail de l’équipe et de mesurer la portée de leurs déclarations.
Ferrari ne manque donc pas seulement de dixièmes : elle doit aussi éviter que chaque message radio se transforme en conseil de discipline.
Bakou : le prochain round, sans arbitre dans le cockpit
Le Grand Prix d’Azerbaïdjan, programmé le 26 septembre, constituera une nouvelle occasion d’observer la manière dont Ferrari applique sa politique d’égalité. Hamilton arrive après son abandon sur problème de freins à Madrid. Leclerc cherche, lui aussi, à retrouver des résultats réguliers après une série de courses difficiles. Les deux pilotes disposent toujours de la même liberté de course, sous la responsabilité de Vasseur. Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir lequel possède les plus belles plumes, mais comment Ferrari peut permettre à chacun d’attaquer sans compromettre le résultat collectif.
Car une chose est certaine : le Cheval cabré n’a pas été créé pour organiser des combats de basse-cour. Hamilton et Leclerc peuvent parfaitement viser la même victoire. Encore faut-il qu’ils ne se neutralisent pas avant de pouvoir la disputer aux Mercedes.
Vasseur a choisi deux numéros un et entend maintenir sa philosophie. À Maranello, les coqs sont autorisés à chanter tous les deux. Mais si l’un réveille l’autre à coups d’aileron, le patron risque de finir par fermer le poulailler.









