Trois Grands Prix consécutifs sans marquer, quatre passages successifs par la Q1 et Marc Marquez qui gagne dans le même garage : Francesco Bagnaia pourrait difficilement davantage regarder les résultats. Dani Pedrosa lui conseille pourtant exactement l’inverse. Pour l’ancien pilote Honda, Pecco doit provisoirement cesser de chercher le podium et retrouver d’abord ce qui lui manque vraiment sur sa Ducati : le plaisir et les sensations de pilotage.
Francesco Bagnaia cherche une solution. Ducati aussi. Réglages, adhérence arrière, comportement de la GP26 : depuis plusieurs semaines, chaque mauvais résultat semble déclencher une nouvelle tentative pour comprendre pourquoi le double champion du monde ne reconnaît plus vraiment sa moto. Dani Pedrosa propose une solution autrement plus simple. Arrêter de regarder le résultat.
Pedrosa : « Je sais que cela va paraître étrange »
Pedrosa mesure lui-même le paradoxe de son conseil. « Je sais que ce que je vais dire va paraître étrange, car nous sommes en championnat du monde et ce sont les résultats qui comptent le plus, mais je pense que Bagnaia doit arrêter de se focaliser sur les résultats. »
Il ne suggère évidemment pas à Pecco de renoncer à être compétitif. Il lui propose d’inverser l’ordre des priorités. « Il doit se concentrer sur le pilotage, sur le fait de retrouver progressivement sa forme. Le pilotage revient avec les sensations. »
Car Pedrosa identifie un cercle vicieux. Bagnaia manque de confiance, cherche immédiatement un résultat susceptible de la restaurer et constate chaque week-end qu’il n’y parvient pas. Chaque échec devient alors la confirmation du précédent.
Q1, podium, victoire : Pedrosa exhorte à oublier temporairement les objectifs
Pedrosa décrit sur Motorsport.com précisément cette mécanique. « Quand on est constamment obsédé par le résultat, par le fait de ne pas avoir accédé à la Q2, de ne pas avoir obtenu une place en première ligne ou de ne pas être monté sur le podium… on a tendance à tout juger plus négativement. »
Et Bagnaia accumule actuellement exactement ces repères négatifs. Quatre qualifications consécutives passant par la Q1. Trois Grands Prix de suite sans inscrire un point.
Une GP26 dont il dit ne plus retrouver l’adhérence et les sensations nécessaires pour piloter naturellement. Dans ces conditions, vouloir immédiatement redevenir le Bagnaia capable de gagner pourrait paradoxalement l’en éloigner davantage.

Et dans l’autre moitié du garage, Marquez gagne
Pedrosa n’élude surtout pas l’éléphant rouge installé à côté de Pecco. Marc Marquez vient de remporter cinq des sept derniers Grands Prix et a rejoint Jorge Martin en tête du championnat. « Être dans l’équipe officielle Ducati, avec Marc Marquez qui gagne à ses côtés, c’est presque impossible. »
Chaque donnée devient alors une comparaison. Chaque difficulté de Bagnaia existe face à une réussite de Marquez obtenue avec une moto issue du même projet. Or Pedrosa lui conseille précisément de sortir momentanément de cette comparaison. Non parce qu’elle serait injuste, mais parce qu’elle ne l’aide plus à piloter.
Après le micro de Misano, chercher encore un réglage suffit-il ?
L’affaire de la conversation avec Fabio Di Giannantonio donne d’ailleurs une autre dimension à cette analyse. Bagnaia avait été entendu disant que Ducati « ne le laisserait pas » adopter certaines solutions. Il vient depuis de préciser que ses propos avaient été sortis de leur contexte : Ducati lui refuse désormais certaines modifications parce qu’elles ont déjà été essayées à plusieurs reprises.
Autrement dit, Borgo Panigale ne semble pas simplement retenir une solution miracle que réclamerait son pilote. Ducati cherche. Bagnaia cherche. Et ils ont déjà essayé beaucoup de choses. C’est précisément là que le conseil de Pedrosa devient intéressant : et si la prochaine étape n’était pas une nouvelle modification de la GP26 ?
Avant de retrouver le chrono, retrouver le pilote
Pedrosa ne prétend évidemment pas que le problème de Bagnaia est uniquement psychologique. Pecco décrit depuis longtemps des difficultés techniques précises et son ressenti sur la moto ne peut être balayé par quelques considérations mentales. Mais une difficulté technique prolongée peut produire une conséquence psychologique.
Lorsque le pilote ne fait plus confiance à ce qu’il ressent, il ne peut plus piloter naturellement. Et lorsqu’il cherche simultanément à retrouver immédiatement Q2, première ligne, podium et victoire, chaque tour devient un examen.
Pedrosa propose finalement à Bagnaia quelque chose de terriblement difficile pour un double champion du monde : accepter provisoirement de ne plus chercher à être le Bagnaia double champion du monde. Ne plus regarder Marquez, le podium ou la première ligne.
Puis retrouver une moto qu’il comprend, puis un tour qu’il apprécie, puis un rythme qu’il maîtrise. Et seulement ensuite regarder la feuille des temps. Parce qu’à force de chercher le résultat pour retrouver ses sensations, Pecco a peut-être simplement besoin de retrouver ses sensations pour que les résultats reviennent.









