Fabio Quartararo aurait pu privilégier une moto immédiatement compétitive. Il a préféré miser sur une promesse d’avenir. En choisissant Honda pour 2027, le champion du monde MotoGP 2021 affirme avoir suivi ses convictions sportives plutôt que les propositions financières. Une explication qui contredit les premières spéculations sur ses exigences salariales et éclaire un transfert particulièrement risqué à l’aube d’une révolution réglementaire.
Quartararo : « Nous avons passé de novembre à janvier à prendre une décision »
Dans un entretien accordé à Mela Chércoles pour Diario AS, Quartararo revient sur les négociations ayant précédé son engagement. « Nous avons eu pas mal d’offres, mais à la fin, il nous en restait deux sur la table. »
Le Français insiste sur la durée de sa réflexion. « Nous avons passé de novembre à janvier à vraiment essayer de prendre une décision, et nous avons pesé le pour et le contre. » Trois mois de réflexion pour choisir non pas la meilleure moto actuelle, mais celle susceptible de dominer demain.
Car le changement de réglementation prévu en 2027 rend les comparaisons avec les performances de cette saison particulièrement délicates. Quartararo ne cherchait donc pas seulement une porte de sortie après ses difficultés chez Yamaha. Il voulait identifier le constructeur le mieux préparé à cette nouvelle ère.
Aprilia écartée : le choix qui interroge
Deux propositions étaient encore sur la table au moment de trancher. Interrogé sur l’identité du constructeur concurrent, Quartararo entretient volontairement le mystère. « Je vous laisse l’imaginer. Je préfère ne pas le dire, mais vous savez déjà de qui il s’agit. »
Tout laisse penser qu’il s’agissait d’Aprilia, même si le Français ne le confirme pas explicitement. Un choix étonnant au regard des performances de la RS-GP en 2026. Pourquoi refuser une Aprilia capable de rivaliser avec Ducati pour rejoindre une Honda encore en reconstruction ?
La réponse tient probablement à la perspective de 2027. Les moteurs passeront à 850 cc, Pirelli remplacera Michelin et les dispositifs de correction d’assiette disparaîtront. Autant de changements susceptibles de redistribuer profondément les cartes. La meilleure moto de 2026 ne sera pas nécessairement celle de 2027.

Quartararo : « Honda est le projet auquel j’ai le plus cru »
Quartararo ne laisse guère de doute sur sa motivation principale. « Nous avons choisi Honda parce que c’est le projet auquel j’ai le plus cru, et parce que j’ai vu des choses qui m’ont plu depuis décembre. »
Le Français affirme donc avoir été convaincu par des éléments techniques découverts plusieurs mois avant son engagement. Le moteur semble occuper une place importante dans son raisonnement. « Le moteur sera très important, et je pense que Honda a un bon moteur. »
Les premiers essais du prototype 2027 ont alimenté cet optimisme. Diogo Moreira aurait notamment signé un temps de référence au Red Bull Ring, avec environ une demi-seconde d’avance.
Un résultat encourageant, mais insuffisant pour établir une hiérarchie : les conditions d’essais, les pneumatiques et les programmes de développement peuvent considérablement modifier les écarts.
Honda montre des signes prometteurs. Elle n’a pas encore démontré qu’elle possédera une moto gagnante.
L’argent n’explique pas tout, mais le risque reste immense
Les premières informations évoquaient des divergences salariales avec Aprilia et des propositions financières particulièrement attractives des constructeurs japonais. Quartararo présente une autre lecture.
Son choix serait avant tout sportif. Cela ne signifie pas que les considérations financières ont disparu des négociations. Simplement, rien dans ses déclarations ne permet d’en faire le facteur déterminant.
Pour Honda, recruter un champion du monde représente une occasion de retrouver une référence technique et sportive. Pour Quartararo, c’est l’espoir de retrouver une machine capable de lui permettre de jouer régulièrement la victoire.
Mais après plusieurs saisons MotoGP de frustrations chez Yamaha, le Français sait qu’un projet séduisant sur le papier peut se révéler beaucoup moins convaincant une fois confronté au chronomètre.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Quartararo affirme avoir privilégié le projet Honda, après plusieurs mois de réflexion.
- Aprilia apparaît comme l’offre concurrente écartée, sans confirmation explicite.
- La révolution technique de 2027 constitue la principale justification sportive de son pari.
Quartararo n’a pas simplement changé de constructeur. Il a choisi de croire à une Honda qui n’existe pas encore en compétition. Et c’est toute la différence entre signer pour une moto performante et miser sur celle qui pourrait le devenir. Si Honda réussit sa révolution, Quartararo aura eu raison avant tout le monde. Sinon, il aura quitté une reconstruction pour en rejoindre une autre.





