On nous avait vendu un asphalte neuf, lisse et a priori plutôt tendre avec les pneumatiques : le Madring a visiblement oublié de lire la brochure. Après les premiers relais longs, les ingénieurs ont découvert un circuit capable de transformer les gommes en produits périssables à une vitesse assez spectaculaire. Et à quelques heures du premier Grand Prix de F1 disputé à Madrid, une question domine désormais toutes les autres : qui réussira à garder quatre pneus encore à peu près vivants jusqu’au prochain arrêt ? Vendredi, la dégradation observée lors des premiers essais avait même atteint des proportions presque absurdes. Toto Wolff a évoqué jusqu’à huit dixièmes perdus par tour en EL1, avant que la situation ne se calme autour de trois dixièmes lors des longs relais d’EL2. Son responsable stratégie lui aurait alors soufflé une hypothèse délicieusement raisonnable : six arrêts. Wolff a lui-même reconnu n’avoir « jamais vu ça auparavant ».

Le Madring : le dévoreur de gommes
Six arrêts ? Même Mercedes en rigole… à moitié
George Russell avait déjà lancé l’alerte vendredi. Face à l’usure observée, le Britannique plaisantait sur une course où « six arrêts seraient la stratégie la plus rapide ». Derrière la boutade, le problème est sérieux : les longues courbes rapides injectent énormément d’énergie dans les pneus et La Monumental, avec son banking spectaculaire, n’offre aucun répit. Ajoutez l’enchaînement incessant de virages et le peu de portions permettant de refroidir les gommes, et vous obtenez une jolie cocotte-minute sur roues. Le paradoxe est savoureux : le revêtement madrilène offre énormément d’adhérence, mais cette adhérence elle-même contribue à mettre les pneumatiques à rude épreuve. Pirelli a constaté du graining sur les pneus avant et arrière gauches, parfois important sur les voitures qui glissent le plus. Le manufacturier estime désormais que le dur pourrait devenir l’une des armes principales dimanche, alors que la dégradation s’est révélée supérieure aux simulations initiales.
Autrement dit, plus ça accroche… plus ça peut finir par ne plus accrocher du tout. Charmant.
Antonelli prévoit déjà le mode “grand-mère”
Kimi Antonelli, deuxième sur la grille à seulement 11 millièmes de la pole de Lando Norris, n’envisage certainement pas de transformer le premier tour en séance de qualification bis.
Sa formule résume parfaitement le casse-tête :
« Ce sera probablement grand-mère au volant pendant dix tours. »
L’Italien explique avoir vu combien la dégradation pouvait devenir brutale lorsqu’un pilote attaque trop tôt. Il n’exclut ni deux ni trois arrêts et reconnaît que personne ne sait encore précisément comment le pneu dur se comportera sur un relais prolongé
Voilà donc la première ligne de départ prévenue : Norris et Antonelli pourraient théoriquement se battre dès l’extinction des feux, mais celui qui joue au héros pendant cinq tours risque surtout de passer les quinze suivants à supplier ses pneus de rester ronds.
Verstappen attend que les autres détruisent leurs pneus
Max Verstappen, troisième sur la grille, a parfaitement compris où pourrait se situer son opportunité. Le Néerlandais ne croit pratiquement pas aux dépassements classiques sur le Madring.
Son verdict est plutôt définitif :
« Il n’y a pas de virages où dépasser. »
Sa stratégie ? Attendre que ceux de devant souffrent davantage avec leurs gommes. Verstappen considère la dégradation comme la clé de la course, après des longs relais particulièrement difficiles pour tout le monde vendredi. Voilà qui promet une étrange partie d’échecs : plutôt que de chercher immédiatement à doubler, certains pourraient attendre tranquillement que le rival devant commence à patiner sur ses Pirelli agonisants
Cela pourrait d’ailleurs sauver le spectacle. Car si les dépassements naturels sont aussi compliqués que le pensent les pilotes, une différence importante d’état des pneus pourrait devenir l’un des rares moyens de créer de véritables occasions en piste.
Et Norris ? Poleman… mais presque sans mode d’emploi
La situation de Lando Norris ajoute encore un peu de piment. Le 1er poleman dans l’histoire du Madring a perdu quasiment toute l’EL2 vendredi en raison d’un problème de boîte de vitesses. Résultat : contrairement à plusieurs adversaires, il manque précisément de cette expérience dont il aurait bien besoin dimanche, celle des longs relais avec beaucoup d’essence.
Norris l’a reconnu après les qualifications :
« Je dois faire mes devoirs. »
Ses devoirs consisteront notamment à disséquer les données récoltées par Oscar Piastri afin d’identifier les virages où économiser les pneus et la façon dont leur performance s’effondre au fil du relais. Pas exactement la préparation rêvée pour l’homme qui devra donner le tempo à tout le peloton.
Le Britannique partira néanmoins devant Antonelli et Verstappen après avoir signé en Q3 un 1’31 »824, une pole qu’il a lui-même qualifiée comme l’un des meilleurs tours de sa carrière.
Pirelli avait prévu Madrid… Madrid avait prévu autre chose
Pirelli a choisi pour ce week-end les C2, C3 et C4, soit le cœur de sa gamme. Avant les premiers tours de roue, l’asphalte neuf et lisse laissait penser que l’usure resterait relativement modérée. Mais le niveau de grip réel du circuit a rapidement changé le diagnostic.
La bonne nouvelle pour le manufacturier est que la piste continue à se gommer. La dégradation pourrait donc encore diminuer dimanche. La mauvaise, c’est que personne ne semble capable de dire exactement de combien.
Une course à un arrêt ? Optimiste. Deux arrêts ? Aujourd’hui, cela paraît beaucoup plus crédible. Trois ? Antonelli ne l’exclut pas. Six ? On gardera la plaisanterie de Mercedes sous le coude au cas où Madrid déciderait une dernière fois de faire mentir les ordinateurs.
Et c’est peut-être finalement la meilleure nouvelle de ce premier Grand Prix au Madring. Sur un circuit déjà accusé d’offrir trop peu de possibilités de dépassement, les pneus viennent de décider de mettre un peu de désordre dans le scénario.
À Madrid, le spectacle pourrait donc ne pas venir du DRS mais d’un autre indicateur beaucoup plus inquiétant : le moment où les pneus commenceront à dire “hasta luego”.

📰: Pirelli’s Simone Berra reveals higher-than-expected tyre degradation at Madring after Friday practice, with graining a bigger issue than predicted. Teams are split on strategy — most eyeing a one-stop despite data suggesting two, as Berra admits he wouldn’t want to be an… pic.twitter.com/KbU3zP0etC
— F1 Naija (@f1_naija) September 12, 2026
























