Il y a un peu plus d’un an, Ferrari jurait avoir choisi la stabilité. Fred Vasseur était prolongé pour plusieurs saisons, John Elkann vantait la confiance, la continuité et le temps nécessaire pour reconstruire une Scuderia capable de redevenir championne. Aujourd’hui, le mot « stabilité » commence étrangement à ressembler à l’un de ces concepts que Maranello affectionne… jusqu’au prochain dimanche catastrophique. Car après Zandvoort puis Monza, le fauteuil du Français paraît soudain nettement moins confortable. Une information relayée ce mardi affirme que l’avenir de Vasseur serait désormais sérieusement discuté et souligne notamment la présence de John Elkann à Zandvoort, venue qui aurait eu pour objectif d’observer de près le fonctionnement de l’équipe. Cette affirmation précise reste à considérer comme un bruit de paddock et non comme une décision confirmée par Ferrari. En revanche, le regain de pression autour du patron français est, lui, documenté par plusieurs médias depuis le naufrage italien

Après Zandvoort et le fiasco de Monza, la pression remonte brutalement autour de Vasseur
Monza a transformé le malaise en crise
Ferrari pouvait encore expliquer Zandvoort. Elle pouvait parler de stratégie imparfaite, de qualifications mal négociées, d’occasions perdues. À Monza, devant les tifosi et avec John Elkann et Benedetto Vigna dans le garage, les excuses sont devenues beaucoup plus difficiles à vendre.
Lewis Hamilton n’a terminé que sixième et Charles Leclerc a abandonné après son énorme accident à la Parabolica, mesuré à environ 50 G. Avant cela, les deux Ferrari s’étaient déjà compliqué la vie dès les premiers virages, Hamilton perdant plusieurs positions après son duel avec son équipier.
Même Vasseur n’a pas tenté de repeindre le tableau en rouge vif :
« Le résultat a été pire que prévu. »
Ferrari savait que Monza exposerait son déficit de vitesse de pointe. Mais lorsqu’une équipe apporte précisément une évolution moteur pour son Grand Prix national, promet d’attaquer jusqu’au bout de la saison et finit surtout par expliquer pourquoi elle ne pouvait ni attaquer ni se défendre correctement, le discours commence forcément à grincer.
Hamilton pointe désormais directement vers le sommet
Le problème de Vasseur n’est d’ailleurs plus uniquement technique. Il est devenu managérial. À Zandvoort, Hamilton avait déjà pesté lorsque Ferrari avait tardé à lui permettre de passer Leclerc alors qu’il disposait de pneus plus frais. À Monza, le malaise a franchi un nouveau cap : manque de coopération en qualifications, accrochage au premier tour et surtout absence apparente de règles suffisamment claires pour encadrer le duel entre les deux champions.
Après la course, Hamilton a situé très clairement la responsabilité :
« Au final, cela vient d’en haut. Et cela commence avec Fred. »
Ce n’était pas nécessairement un appel au licenciement de Vasseur. The Race l’interprète plutôt comme une demande adressée au Français : reprendre l’autorité et décider. Mais venant du pilote que Vasseur a lui-même attiré chez Ferrari, le message n’a rien d’anodin.
Le paradoxe est savoureux : Ferrari possède deux pilotes capables de gagner, mais semble parfois tellement préoccupée à l’idée de mécontenter l’un qu’elle finit par satisfaire… personne.
Vasseur prisonnier de Hamilton et Leclerc
Voilà peut-être le piège le plus dangereux.
Charles Leclerc vient justement de prolonger son engagement avec Ferrari et a expliqué début septembre que sa confiance dans Vasseur avait constitué « une grande raison » de rester à Maranello.
De l’autre côté, Hamilton est redevenu extrêmement compétitif en 2026 et réclame une organisation plus tranchante. Ferrari doit donc gérer simultanément son enfant maison et le septuple champion du monde qu’elle a recruté pour gagner.
Autrement dit : deux coqs, un seul poulailler et un directeur chargé de faire croire que tout cela constitue un élevage parfaitement organisé.
L’ancien président de Ferrari Luca di Montezemolo a d’ailleurs pris la défense de Vasseur après Zandvoort en retournant l’accusation vers la direction :
« Je ressens la solitude de Vasseur. Qui lui couvrirait les arrières ? »
La remarque touche exactement le point sensible. Peut-on demander au team principal de prendre des décisions brutales entre Hamilton et Leclerc si sa propre hiérarchie ne garantit pas qu’elle le soutiendra lorsque la tempête médiatique éclatera ?
La fameuse “stabilité” d’Elkann mise à l’épreuve
C’est ici que l’histoire devient délicieusement ferrariste. Lorsque Ferrari avait prolongé Vasseur en juillet 2025, le communiqué officiel saluait sa capacité à « diriger sous pression » et insistait sur la confiance accordée à sa stratégie.
John Elkann expliquait lui-même :
« Quand on travaille bien avec quelqu’un, il est important de continuer à bien travailler. »
Très bien.
Nous allons maintenant découvrir combien de défaites entre dans la définition ferrariste de « continuer ».
Car la pression ne relève plus seulement des réseaux sociaux. La presse italienne s’interroge ouvertement sur la continuité du Français, tandis que The Race rapporte que le désastre de Monza a été très mal reçu au plus haut niveau de Ferrari. Le média pose désormais explicitement la question d’un réexamen de la position de Vasseur.
Et puisqu’une crise Ferrari ne serait pas totalement une crise Ferrari sans un grand nom disponible, celui de Christian Horner revient déjà dans les spéculations. The Race rappelle que l’ancien patron de Red Bull avait autrefois refusé Ferrari malgré une démarche personnelle d’Elkann et s’interroge sur une éventuelle nouvelle tentative. À ce stade, aucune négociation actuelle n’est confirmée.
Madrid : déjà beaucoup plus qu’un simple Grand Prix
Vasseur veut maintenant regarder vers Madrid. Il assure que les caractéristiques du prochain circuit devraient mieux convenir à la SF-26 et répète qu’il faut continuer à pousser. Il a probablement raison techniquement. Politiquement, en revanche, le contexte vient de changer.
Il y a quelques semaines encore, Fred Vasseur dirigeait un projet Ferrari construit sur la durée. Après Zandvoort et surtout Monza, il pourrait désormais devoir démontrer course après course qu’il mérite d’en voir l’aboutissement.
Chez Ferrari, les contrats sont pluriannuels. La patience, beaucoup moins.

























