Au sein du paddock MotoGP installé ce week-end au Mugello pour le Grand Prix d’Italie, Andrea Iannone a retrouvé ce monde quitté fin 2019, en s’alignant cette saison dans la nouvelle FIM Harley-Davidson Bagger World Cup.
Dès le jeudi, “The Maniac” s’est présenté particulièrement heureux et détendu devant les journalistes, afin d’illustrer un peu davantage son retour effectué sur une Road Glide de plus de 200 chevaux aux couleurs du team indonésien Niti Racing.
Qualifié en 3e position, l’enfant maudit du MotoGP a terminé 4e de la première course remportée par son coéquipier Oscar Gutierrez, puis a gagné la deuxième course après une belle bagarre avec Eric Granado.
Le samedi, au terme de cette première expérience, il était excité comme un poisson dans l’eau, comme le transpire ses propos ci-dessous…
Comme à notre habitude, nous reportons ici en intégralité ses paroles sans la moindre mise en forme, même si cette fois cela est traduit de l’italien. MotoGP Barcelone Bezzecchi

Andrea Iannone
: « C’était bien, après ce matin, avec ce drapeau jaune que je
n’ai malheureusement pas vu. Parce que je me suis dit : “Mais bon
sang, quand est-ce que j’aurai enfin une journée qui tourne en ma
faveur ?”
Et puis, à un moment, je me suis dit : ça suffit ! Cet après-midi,
quoi qu’il en coûte, il fallait absolument réussir à ramener
quelque chose à Mugello. Bon sang, nous avons manqué la première
course, puis une galère après l’autre, un problème après l’autre,
et quand enfin nous y arrivons, voilà le drapeau jaune parce que
mon coéquipier est tombé. Je me suis dit : “Mais qu’est-ce que
c’est que ce bordel, franchement ?”
Mais je suis content. C’était bien, je me suis beaucoup amusé.
Voir combien de personnes m’aiment me touche encore plus que de
rouler à moto. Vous savez, ici au paddock, on est beaucoup
plus proche du public, et voir toutes ces personnes qui viennent
spécialement pour moi, pour me serrer dans leurs bras, pour me dire
de ne pas abandonner, pour me dire à quel point je suis fort…
Il y a une jeune fille qui m’a offert cette rose qu’elle a
fabriquée à la main. Elle m’a écrit un petit mot qui m’a vraiment
ému. C’était magnifique.
Je suis heureux parce qu’au final les gens voient en moi cette
capacité, si l’on peut dire, à ne jamais abandonner. Même quand on
tombe, il faut savoir se relever et revenir avec le sourire.
C’est exactement ce que cette jeune fille m’a écrit, et cela m’a
touché parce que c’est la vérité.
La course a été difficile.
Tout le monde va très vite, comme dans toutes les catégories, comme
dans toutes les compétitions. Tout le monde veut gagner. Et
encore plus quand je suis là, parce qu’ils se disent tous : “Bon
sang, quand est-ce que l’occasion se représentera ?”
J’entends toujours : “Ah, jamais une fois où ça pourrait être
facile pour toi !” Non, il faut encore se battre jusqu’au
bout.
Mais c’était beau. Vraiment beau. Et ici, je me sens à ma
place.
Je veux remercier Harley-Davidson pour son soutien, (Gelete) Nieto,
Fabrizio Cecchini. Je tiens à remercier toute l’équipe et tous ceux
qui ont permis que cela devienne réalité.
Et puis, évidemment, je veux aussi me remercier moi-même de ne
jamais avoir cessé de me battre, de garder cette envie et cette
passion pour la course. »
🎤 Comment cette moto
freine-t-elle au bout de la ligne droite de San Donato
?
« Elle ne freine pas (rire) ! Vous faites comme ça : quand vous
sentez qu’elle commence enfin à ralentir, vous ouvrez les yeux.
Parce que si vous faites tout les yeux ouverts, vous vous dites :
“Ce n’est pas possible”, alors vous relâchez. Donc il faut fermer
les yeux un instant, ne pas regarder.
Surtout quand j’ai dépassé Granado. En réalité, en rétrogradant,
nous avons le blipper. Donc vous rétrogradez, vous utilisez le
blipper, et finalement je l’ai touché un peu avant de fermer
complètement les gaz. Ce qui s’est passé, c’est que la moto a
réaccéléré. Je coupais les gaz et elle a repris de la vitesse.
C’est comme si j’avais accéléré avec le pied. Cela m’a donné cet
élan supplémentaire pour dépasser.
À ce moment-là, je ne pouvais plus ne pas dépasser. Mais ce
n’était pas volontaire. Je vous jure. Je me suis dit : “Bon, c’est
le destin, je dois le faire maintenant.”
Je vous jure, j’ai fermé les yeux un instant et je me suis dit :
“Allez, ça passe.” Et ça a passé.
Les pneus souffrent avec ce poids. La moto est très longue, donc
oui, ils souffrent. Vous avez des glissades, du patinage. Mais
quand la moto se met en travers, elle se contrôle plutôt bien parce
qu’elle est très longue.
Mais quand vous la perdez, vous la perdez vraiment, parce que vous
utilisez le moteur entre environ 3 000 et 6 500 tr/min. Vous avez
toute la puissance concentrée dans cette petite plage. Donc au
final, vous ne contrôlez pas grand-chose.
🎤 Votre dernière victoire remonte
au Superbike à Aragon 2024, et votre dernière victoire MotoGP au
Red Bull Ring ?
« Oui, Red Bull Ring. Et maintenant
cette victoire au Mugello. Sinon, il faut remonter à Moto2 en 2012.
»
🎤 Les changements de direction
sont-ils physiques avec cette moto ?
« Oui, ils le
sont. Mais honnêtement, ce n’est pas aussi difficile que ce
que l’on imagine en la regardant. Quand vous la voyez, vous vous
dites : “Mon Dieu, elle doit être lourde.”
En réalité, elle est très agile, notamment parce qu’elle est très
haute par rapport au sol.
Quand Granado s’est arrêté, il était presque en train de tomber
parce qu’il a posé le pied au sol et que le poids de la moto lui a
échappé.
Moi aussi, quand je me suis arrêté, je voulais faire un burnout
mais je ne savais pas comment faire.
On m’a expliqué qu’il fallait se décaler complètement sur un côté,
une jambe sur le repose-pied et l’autre complètement à l’extérieur
pour pouvoir toucher le sol.
Moi je mesure 1,78 m. Je peux vous dire que même quelqu’un d’1,80 m
ne touche pratiquement pas le sol avec cette moto. »
Quoi qu’il en soit, c’était
magnifique. Chaque victoire est belle, parce que personne ne
peut imaginer à quel point gagner est difficile. Peu importe la
catégorie : MotoGP, Superbike ou Moto2.
Au final, gagner demande les mêmes efforts partout. Personne ne
vous offre une victoire. Tout le monde veut gagner.
Je suis arrivé ici et j’ai même vu des pilotes qui d’habitude
n’osent jamais dépasser trouver soudainement le courage de le faire
!
Je me suis dit : “Mais quand cela arrive-t-il d’habitude
?” Quand j’arrive, tout le monde devient soudainement agressif
et veut absolument me battre !
Mais bon sang, vous ne pouviez pas attendre un peu ? Un minimum de
respect quand même (rire) ! »
🎤 À ce stade, il faudrait appeler
Wayne Rainey et demander une wild-card en Amérique !
«
Il faut le faire, il faut le faire ! Cela dépend évidemment de
beaucoup de choses, de Harley-Davidson notamment. Nous verrons.
Mais comme je le répète souvent ces derniers temps : « Never say
never ».
Depuis 2019, je ne dis plus jamais jamais. »
🎤 Pouvez-vous adresser un message à
mon neveu Piero qui passe ses examens ?
« Alors Piero,
fais une chose : passe tes examens, ne baisse jamais les bras.
Mais honnêtement, on ne meurt pas pour un examen de fin de collège.
Ne pense même pas à quelque chose comme ça.
Accroche-toi et ne renonce jamais. »

Harley-Davidson Bagger World Cup Mugello Italie Iannone









