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Assen

Le premier départ du Sprint d’Assen marquera une rupture historique. Pour la première fois depuis plusieurs saisons, les pilotes MotoGP s’élanceront sans le dispositif de holeshot sur la roue avant, interdit en urgence par la Grand Prix Commission quelques jours seulement avant le rendez-vous néerlandais.

Sur le papier, l’objectif est simple : ralentir l’arrivée au premier virage afin de limiter les risques d’accrochage. Dans les faits, le paddock est loin d’être convaincu que cette équation soit aussi simple. À Assen, les essais de départ réalisés vendredi ont surtout révélé une chose : personne ne sait encore si le MotoGP vient de gagner en sécurité… ou s’il vient simplement de déplacer le problème.

L’argument des promoteurs de cette décision est pourtant solide. En supprimant la compression artificielle de la fourche avant, les motos accélèrent moins efficacement et arrivent sensiblement moins vite au premier freinage. C’est précisément ce que souligne Jorge Martin. « Le plus important sera que les départs soient plus sûrs et que nous arrivions au premier virage à une vitesse réduite. Ce sont là les raisons principales de cette mesure. »

Le champion du monde ajoute cependant un élément que beaucoup considèrent presque comme un retour aux fondamentaux du pilotage. « Je crois que le talent des pilotes va redevenir primordial. Il faut doser l’accélérateur avec précision, ainsi que le frein arrière et l’embrayage. Avant, il suffisait d’accélérer à fond et de relâcher l’embrayage. »

Même sentiment chez Diogo Moreira. Le rookie brésilien retrouve des sensations proches de celles qu’il connaissait en Moto2. « On doit maintenant davantage jouer avec l’embrayage et le frein arrière. »

Alex Rins partage cette lecture. Lui qui a connu le MotoGP avant l’apparition du holeshot considère presque cette évolution comme un retour en arrière bienvenu. « Quand j’ai commencé ici, tous ces dispositifs n’existaient pas. Je pense que ce sera un peu plus sûr maintenant. »

Fabio Quartararo se montre plus nuancé. Oui, les vitesses seront probablement plus faibles à l’entrée du premier virage. Mais la moto devient également beaucoup plus instable pendant l’accélération. « Les départs seront à nouveau un peu plus délicats car il y a plus de wheelings. »

Un premier vrai test ce samedi lors du départ du Sprint à Assen

Le Français résume parfaitement le dilemme. « Cela pourrait même être plus dangereux en ligne droite, mais ce sera plus sûr au point de freinage du premier virage. » C’est précisément ce qui nourrit les inquiétudes de plusieurs pilotes. Raul Fernandez ne cache pas ses réserves après avoir testé le nouveau départ à Brno puis à Assen. « Sans ce dispositif, la moto est beaucoup plus sujette aux wheelings. Nous verrons beaucoup plus de wheelings et de changements de direction. C’est pourquoi cela pourrait même être pire. »

Fabio Di Giannantonio partage cette analyse. Pour le pilote VR46, certains circuits présentant une courte distance entre la grille et le premier virage pourraient devenir particulièrement délicats. « Si la roue avant quitte le sol au moment du freinage, on risque de bloquer la roue avant. » L’Italien rappelle d’ailleurs qu’il n’était pas favorable à cette suppression. « Je pensais que le holeshot était acceptable, y compris du point de vue de la sécurité. »

Face à ces critiques, Jack Miller oppose une vision beaucoup plus pragmatique. L’Australien estime que les chiffres parlent d’eux-mêmes. « Il est impossible de dire que c’est plus dangereux maintenant. Après tout, on aborde le premier virage à 30 km/h de moins. »

Selon lui, les wheelings font partie intégrante de la moto depuis toujours. « Ça fait trente ans qu’on en a. Ce n’est qu’une question de physique. » Miller va même plus loin en dénonçant une procédure devenue artificielle avec les anciens systèmes. « Il me semblait tout simplement contre nature de devoir freiner brusquement de l’avant pour désactiver le système après le départ. »

Luca Marini partage cette approche tout en rappelant une réalité que personne ne pourra changer. « Les accidents au premier virage ne disparaîtront pas complètement. » Car le premier freinage restera toujours l’endroit où chacun tentera de gagner plusieurs positions d’un seul coup.

Même Francesco Bagnaia, pourtant satisfait de la disparition du système, apporte une réserve intéressante. « Les départs sont beaucoup plus faciles maintenant. Cela signifie aussi que tout le monde peut prendre un bon départ. Et cela pourrait, par conséquent, nous rapprocher encore davantage au premier virage. »

Autrement dit, réduire la vitesse ne garantit pas forcément de réduire les risques si davantage de motos arrivent simultanément au même endroit. Marco Bezzecchi, qui plaidait encore récemment pour une suppression complète de tous les dispositifs de réglage d’assiette, préfère désormais attendre les faits. « Je pense que nous n’aurons une réponse vraiment claire qu’au départ du sprint de demain. »

Le MotoGP vient d’ouvrir un nouveau chapitre technique, mais personne ne sait encore si la sécurité y gagnera réellement. Les ingénieurs ont perdu une assistance. Les pilotes ont retrouvé une plus grande part de contrôle. Reste désormais à savoir si ce retour au pilotage pur suffira à rendre les premiers mètres d’une course moins dangereux… ou simplement plus imprévisibles.

Image de couverture de l'article : Essais libres MotoGP sans dispositif de départ canon vendredi à Assen

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