L’interdiction des dispositifs de départ avant devait faire disparaître une partie des systèmes qui avaient transformé les départs du MotoGP en exercice technologique autant que sportif. Silverstone vient pourtant de montrer que le problème n’a pas totalement disparu. Dimanche, Jorge Martin et Ai Ogura ont abordé les premiers virages avec l’arrière de leur Aprilia toujours abaissé, perdant plusieurs positions pendant que Raul Fernandez s’échappait en tête. Aucun problème mécanique : les deux pilotes n’ont tout simplement pas suffisamment freiné pour désactiver leur correcteur d’assiette arrière.
L’incident est particulièrement intéressant parce qu’il révèle une anomalie transitoire du règlement 2026. Les dispositifs avant utilisés au départ ont disparu, notamment pour des raisons de sécurité, mais leurs équivalents arrière peuvent toujours être utilisés cette saison. Ils ne disparaîtront définitivement qu’avec la nouvelle réglementation technique de 2027.
Le fonctionnement permet de comprendre ce qui s’est passé. Avant le départ, le système abaisse l’arrière de la MotoGP afin de réduire le transfert de masse et la tendance au wheeling lors de l’accélération. Une fois lancé, un freinage suffisamment important provoque son désengagement et permet à la moto de retrouver son assiette normale.
Sur la plupart des circuits, cela intervient naturellement au premier gros freinage. Silverstone présente une particularité : le premier virage, Abbey, est extrêmement rapide. Les pilotes n’ont donc pas besoin d’effectuer immédiatement le puissant freinage qui libère normalement le système.
Martin, parti de la pole position, s’est retrouvé exactement dans cette situation. « Je n’ai pas pris un bon départ, ou alors Raul a pris un bien meilleur départ que moi », raconte le leader du championnat. « J’entendais sa moto à l’entrée du premier virage. Je voulais conserver la première place et je n’ai pas assez freiné. Ma roue arrière n’a pas pu se redresser. » En essayant de ne pas perdre davantage de terrain face à Fernandez, Martin a insuffisamment freiné et conservé une moto qui n’était plus dans son assiette normale.
Ai Ogura a commis pratiquement la même erreur. « Je ne savais pas ce que Raul et Jorge allaient faire, alors j’ai réagi instinctivement. Ce faisant, j’ai oublié de freiner suffisamment fort pour libérer le dispositif arrière. »
La conséquence était particulièrement visible. Une MotoGP dont l’arrière demeure abaissé est optimisée pour accélérer en ligne droite, pas pour négocier rapidement une succession de virages.
Martin et Ogura se sont donc retrouvés avec des motos beaucoup moins maniables pendant les premiers enchaînements. Il leur a fallu attendre le freinage du virage 3 pour provoquer la remontée de l’arrière. Entre-temps, Raul Fernandez avait parfaitement exploité la situation.
Le pilote TrackHouse s’était déjà constitué une avance proche de deux secondes et pouvait commencer à construire la course qui allait finalement lui offrir la victoire. Le départ raté de Martin ne suffit évidemment pas à expliquer le succès de Fernandez, qui possédait un excellent rythme, mais il lui a offert le scénario idéal : de l’air libre dès les premiers kilomètres et aucun adversaire capable de profiter de son aspiration.
Les trois hommes disposaient de la même base technique Aprilia, mais deux d’entre eux ont été piégés par le dispositif tandis que le troisième s’échappait.
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— MotoGP™🏁 (@MotoGP) August 10, 2026
Le problème de sécurité que le MotoGP croyait avoir réglé
L’incident relance surtout une question réglementaire. Les dispositifs de départ avant ont été interdits à partir de 2026, et la sécurité faisait partie des arguments avancés. Lorsqu’une moto ne retrouve pas immédiatement son assiette normale, elle peut devenir nettement moins rapide et moins maniable au milieu d’un peloton extrêmement compact.
À Silverstone, Martin et Ogura ont simplement perdu des places. Mais on peut facilement imaginer un scénario beaucoup moins anodin avec une machine ralentissant brutalement au milieu du groupe.
Pedro Acosta faisait d’ailleurs partie des pilotes qui avaient demandé pourquoi l’interdiction ne concernait pas également le dispositif arrière. La réponse est essentiellement technique.
Contrairement aux dispositifs avant, les correcteurs arrière sont désormais profondément intégrés à la conception des MotoGP actuelles. Les supprimer physiquement en cours de cycle réglementaire nécessiterait des modifications importantes des machines.
Le championnat a donc choisi une transition en deux temps : disparition du dispositif avant en 2026, puis interdiction complète de ces systèmes avec les nouvelles 850 cc de 2027. Il existerait néanmoins une solution beaucoup plus simple pour terminer la saison actuelle : ne pas interdire le dispositif arrière lui-même, mais interdire son utilisation au départ.
Le contrôle serait relativement facile. Une MotoGP abaissée est visuellement identifiable et les images permettraient aux commissaires de vérifier son utilisation. Une sanction pourrait alors être appliquée aux pilotes qui activent le système avant l’extinction des feux. Pour l’instant, aucune décision de ce type n’a été prise.
Silverstone expose une faille de la réglementation transitoire
L’épisode britannique ne devrait donc pas être interprété comme une défaillance des Aprilia. Martin comme Ogura reconnaissent une erreur de manipulation, et Raul Fernandez a démontré avec la même moto que le système pouvait fonctionner normalement.
Mais Silverstone a révélé une situation assez étrange : le MotoGP a interdit une technologie notamment parce qu’elle pouvait créer des situations dangereuses au départ, tout en conservant temporairement une autre technologie susceptible de provoquer un problème très similaire.
La plupart du temps, personne ne s’en aperçoit parce que le premier gros freinage désactive immédiatement le dispositif arrière. Silverstone, avec son premier virage extrêmement rapide, a simplement exposé ce que les circuits traditionnels dissimulent.
Le problème disparaîtra naturellement en 2027. Les nouvelles MotoGP de 850 cc devront se passer de ces correcteurs d’assiette et retrouveront donc une gestion beaucoup plus conventionnelle des départs.
Mais d’ici là, l’incident de Martin et Ogura pourrait alimenter le débat sur une interdiction anticipée de leur utilisation au départ. Cette fois, il n’y a eu qu’une conséquence sportive. Il serait compréhensible que certains pilotes préfèrent ne pas attendre qu’il y en ait une autre.










