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Rivola

En quelques semaines, Aprilia a traversé deux tempêtes. En Hongrie, Jorge Martin, auteur d’un carambolage, a été critiqué par Massimo Rivola. À Brno, Marco Bezzecchi, coupable d’une agression sur un commissaire, a été suspendu. Deux incidents, deux réactions différentes. Martin, qui a appelé à l’unité, a noté la différence de traitement. « L’équipe devrait me soutenir comme elle l’a fait pour lui. » Le doute persiste.

À écouter les discours officiels, Aprilia continue de disposer de la meilleure moto du plateau, d’un leader du championnat du monde, d’un dauphin dans son giron, d’un team satellite sensationnel et d’une organisation capable de rivaliser avec Ducati. Sur le papier, tout va bien.

Dans les faits, les trois dernières semaines racontent une histoire bien différente. Car depuis Montmelò, Aprilia accumule les crises à un rythme qui commence sérieusement à interroger. La première est venue de Jorge Martin.

En Hongrie, le champion du monde 2024 a provoqué l’accident collectif du premier virage en percutant plusieurs pilotes après une erreur de freinage. Une faute sportive incontestable. Massimo Rivola n’avait alors laissé aucune place au doute. « L’erreur est entièrement imputable à Jorge. » Puis cette phrase, particulièrement lourde : « Jorge a commis une faute indigne d’un champion du monde. » Un message cinglant.

Quelques jours plus tard, une nouvelle polémique éclatait. Et cette fois, elle concernait Marco Bezzecchi. À Brno, le leader du championnat chute lors du Sprint puis s’en prend physiquement à un commissaire de piste. Les images sont accablantes. Le geste est évident. La suspension tombe.

Et soudain, le ton change. Bien sûr, Rivola condamne. « Ce geste est tout simplement inacceptable. Nous sommes totalement partisans de la tolérance zéro. » Mais dans le même temps, l’équipe fait appel. L’équipe plaide le contexte. L’équipe insiste sur l’adrénaline. L’équipe souligne le danger représenté par la moto. « Il s’est mis à courir quand il a entendu le moteur s’emballer, surtout parce que la roue tournait à 165 km/h. Elle jetait des pierres partout, et imaginez le commissaire si la moto redémarre : où allons-nous le récupérer ? »

Une défense qui n’est pas une défense. Ou plutôt qui ressemble précisément à ce qu’Aprilia n’avait pas accordé à Martin quelques semaines auparavant. Et Jorge Martin l’a remarqué. Sans hausser le ton. Sans créer de polémique. Mais avec une phrase qui résonne comme un avertissement. « J’ai vu la réaction de l’équipe envers Marco, et j’espère qu’ils réagiront de la même manière si une situation similaire m’arrivait un jour. »

Puis cette autre phrase, encore plus révélatrice : « Nous devons être plus unis que jamais. Si nous nous divisons, c’est comme se tirer une balle dans le pied. » Difficile de ne pas y voir un message. Car derrière les mots de Martin se cache une question simple. Existe-t-il deux traitements différents chez Aprilia ? L’un pour Marco Bezzecchi. L’autre pour Jorge Martin.

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Massimo Rivola : « Lorsqu’on se bat pour une cause importante, on est plus tendu »

Le contexte rend évidemment cette interrogation inévitable. Martin a vécu un conflit ouvert avec Aprilia l’an dernier. Sa relation avec l’usine n’a jamais retrouvé la fluidité des premiers mois. Et tout le paddock sait déjà qu’il rejoindra Yamaha. À l’inverse, Bezzecchi est devenu le symbole du projet Aprilia. Le leader du championnat. Le pilote autour duquel l’avenir est construit. Le visage de la renaissance de Noale.

Que cela influence ou non les réactions internes, la perception existe. Et en sport de haut niveau, la perception devient souvent presque aussi importante que la réalité.

Le plus inquiétant pour Aprilia n’est pourtant pas là. Le plus inquiétant est ailleurs. Depuis plusieurs semaines, l’équipe semble constamment obligée de gérer des crises humaines. Montmelò. Hongrie. Brno. Les débats autour de Martin. Les tensions autour de Bezzecchi. Les explications publiques de Rivola. Les justifications. Les appels. Tout cela donne l’impression d’une structure sous pression.

Or c’est précisément ce qui arrive lorsqu’une équipe cesse d’être un outsider. Aujourd’hui, Aprilia a un championnat du monde à perdre. Et cela change tout. Marco Bezzecchi en est probablement le meilleur exemple. Leader du championnat depuis plusieurs courses, il a vu revenir derrière lui un pilote nommé Marc Marquez. Un pilote qui comptait encore 102 points de retard il y a peu. Un pilote qui n’en compte plus que 40 aujourd’hui. Un pilote qui gagne alors même que Ducati affirme qu’il n’est toujours pas à 100 % physiquement.

La pression augmente. Les erreurs coûtent plus cher. Les émotions deviennent plus difficiles à contrôler. Massimo Rivola lui-même l’a reconnu. « Lorsqu’on se bat pour une cause importante, on est plus tendu. »

Cette affaire Bezzecchi n’est peut-être pas seulement l’histoire d’un pilote qui a perdu son sang-froid. C’est peut-être aussi celle d’une équipe qui découvre ce que signifie réellement jouer un titre mondial face à Marc Marquez. Et c’est là que commence le véritable examen pour Aprilia. Car gagner un championnat exige certes des pilotes rapides mais aussi quelque chose de beaucoup plus rare : une équipe capable de rester unie quand la pression devient insupportable.

La série de « zéros » marqués par les pilotes Aprilia à Brno et en Hongrie a transformé un championnat qui semblait promis à la marque italienne en une lutte acharnée. Alors qu’Aprilia doit impérativement retrouver une stabilité politique et humaine, Marc Marquez apparaît désormais comme le prédateur principal de cette seconde moitié de saison MotoGP. Pour Bezzecchi et Martín, l’heure n’est plus à la gestion de l’avance, mais à la survie opérationnelle pour espérer décrocher le titre.

Massimo Rivola (Aprilia) était disponible pour répondre aux questions des médias à Brno.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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