Paolo Simoncelli n’a jamais eu sa langue dans sa poche, et le père du regretté Marco, dont les avis très francs se cantonnent généralement sur ses propres pilotes et la catégorie Moto3, n’allait cependant pas manquer d’exprimer son opinion sur les évènements survenus lors du Grand Prix de Catalogne MotoGP à Barcelone.
Et à ce titre, sa chronique retraçant à la fois Le Mans et Barcelone n’a pas déçu, dès son introduction…
« Nous avons quitté
Barcelone avec la sensation très claire d’être passés tout près de
la tragédie. Ces deux derniers week-ends de course ont sérieusement
mis à l’épreuve le moral des pilotes et nous ont fait croire une
nouvelle fois à la « Divine Providence ». Les risques étaient
immenses, mais au final tout s’est bien terminé. L’incident
impliquant Alex Márquez, déclenché par un problème sur la moto
d’Acosta, a provoqué une réaction en chaîne terrifiante, une de ces
scènes que l’on regarde encore et encore sans réussir à croire
qu’elles soient réelles.
Puis est arrivé le second départ, encore pire, avec Zarco
impliqué dans un accident absurde, projeté en l’air, la jambe
coincée entre la roue et le bras oscillant… quelque chose qui, au
final, s’est révélé « moins grave » que prévu, et cela veut tout
dire. Dans des moments comme ceux-là, la moto nous rappelle
à quel point la frontière entre spectacle et tragédie est
mince.
Enfin, le classement a été complètement
bouleversé par les pénalités liées à la pression des pneus. Presque
comme une blague. »
L’homme qui aligne cette année l’irlandais Casey O’Gorman et l’Autrichien Leo Rammerstorfer retrace ensuite les courses françaises et catalanes de ses pilotes.
« Revenons un instant en
arrière : Le Mans. Après quatre grosses chutes et
une course gâchée alors qu’il était 8e… l’esprit retourne
immédiatement à Brno 2007, quand Marco n’avait pas encore la moto
officielle. Il chute, repart, rechute, jusqu’à une troisième chute
qui détruit complètement la moto. C’est à ce moment-là que l’on
commence à se poser des questions, peut-être la plus stupide de
toutes : « Pourquoi ? ». Puis on réalise qu’il n’y a pas de
réponse. Et quand il n’y a pas de réponse, la seule chose à faire
est de refaire ses valises aussi vite que possible et de partir le
plus loin possible.
Dans le box, nous résumons ces moments avec une phrase
qui dit tout : « go, go, go, go », en imitant Aligi Deganello, qui
même dans les journées les plus sombres réussissait encore à nous
faire sourire.
Cependant, O’Gorman était passé en « mode touriste ». Il avait emmené tout le monde avec lui : sa mère, sa petite amie, ses frères… pratiquement toute la famille. Suffisamment de monde pour qu’une grande famille semble encore trop nombreuse. Tout cela, combiné à son immense envie de prouver quelque chose, l’a poussé à en faire trop et à commettre plus d’erreurs que nécessaire. Malgré cela, il reste un très bon pilote, mais il doit encore apprendre à respirer, lire la course et ne pas porter des pressions qui ne lui appartiennent pas.
Notre dimanche n’a été sauvé que grâce à Leo, qui a enfin marqué ses deux premiers points en championnat du monde. 300 000 personnes ont franchi les portes du circuit du Mans malgré une météo imprévisible. La beauté de cette foule immense rendait tout incroyablement spectaculaire. Mon regard se perdait dans cette marée humaine, me ramenant des années en arrière. Au Mugello, il y a longtemps, quand tout le monde dormait dans le paddock, obligatoirement avec des bouchons d’oreilles, et que « Au Mugello, on ne dort pas » n’était pas seulement un slogan imprimé sur des tee-shirts.
Et maintenant, nous voilà plongés dans le chaos de Barcelone. Ce qu’il reste, c’est la course extraordinaire d’O’Gorman, capable de remonter depuis le fond de grille après une pénalité lourde et EXCESSIVE. Douze places de pénalité pour un secteur 4 jugé trop lent, c’est vraiment frustrant. Les tribunes de Montmeló l’ont vu gagner 14 positions, dépasser ses rivaux un à un de manière magistrale jusqu’à revenir dans le groupe de tête. Là, il s’est retrouvé bloqué dans un duel avec Fernandez, qui ne l’a jamais laissé respirer, déclenchant une bataille qui a duré jusqu’au dernier tour.
Une chose reste claire : cette 10e place et le fort sentiment que son potentiel est bien là. »
L’Italien étend ensuite son champ de réflexion au MotoGP. MotoGP Barcelone Simoncelli
« Maintenant, je me demande : quels critères sont utilisés pour décider des secondes de pénalité ? Je m’explique… Ogura, qui a percuté Acosta dans le dernier tour, a reçu trois secondes de pénalité. Trois secondes. J’aimerais vraiment comprendre la logique derrière ces décisions absurdes. Spencer est de retour ?
De son côté, Leo poursuit son apprentissage et, course après course, met en pratique tout ce qu’il découvre, ce qui nous donne confiance pour l’avenir.
Nous n’avons même pas le temps de défaire nos valises qu’il est déjà l’heure du Mugello. La première course italienne de la saison se disputera sans les frères Márquez, puisque Marc lui aussi, après avoir signé le record du circuit au Mans sur un unique tour lancé, a été victime d’une énorme chute durant la Sprint, souffrant de plusieurs fractures. Nous leur adressons à tous les deux nos meilleurs vœux de rétablissement et espérons les revoir rapidement sur une moto.
Parce que le sport mécanique a encore besoin de figures aussi importantes qu’eux, et parce qu’il y aura toujours trop peu de pilotes capables de nous faire « tous nous lever du canapé ».
– PaoloSic58 – »
MotoGP Barcelone Simoncelli





























