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Bagnaia

Le stand Ducati Lenovo ressemble de plus en plus à un tribunal à huis clos. Alors que le MotoGP pose ses valises à Barcelone, l’ambiance entre Francesco « Pecco » Bagnaia et sa direction technique s’est tendue d’un cran. En cause : la recherche du coupable après le crash du virage 3 au Mans, un abandon qui pèse lourd dans une saison déjà catastrophique pour le double champion du monde de la marque.

Le malaise couvait depuis plusieurs semaines chez Ducati Lenovo Team. Après Le Mans, il explose désormais au grand jour. Car en contestant publiquement l’analyse de Francesco Bagnaia sur les causes de sa chute au Grand Prix de France, Davide Tardozzi vient de mettre en lumière quelque chose de bien plus préoccupant qu’un simple abandon : une forme de rupture invisible entre le pilote et sa machine… mais peut-être aussi entre le pilote et son équipe.

Au Mans, Bagnaia semblait pourtant revivre. Pole position, rythme retrouvé, agressivité revenue, dépassements enfin assumés : pour la première fois depuis des mois, le double champion du monde donnait l’impression d’avoir retrouvé cette connexion instinctive avec sa Ducati GP26. Puis tout s’est écroulé au virage 3.

Encore. Toujours ce même scénario. Toujours cette perte de l’avant. Toujours cette incompréhension. Et immédiatement après sa chute, Bagnaia avait laissé entendre qu’un problème similaire à celui rencontré à Jerez était revenu le hanter. « La chute est due à un problème. » Puis : « Le même que celui que j’avais eu à Jerez. »

À demi-mot, l’Italien pointait clairement le freinage avant de sa Ducati sans jamais vouloir accuser frontalement l’usine de Borgo Panigale. Une prudence presque politique, tant Bagnaia semblait marcher sur une ligne extrêmement fine entre frustration personnelle et protection de son équipe.

Mais à Barcelone, la réponse de Tardozzi a changé complètement la lecture de l’affaire. Et surtout, elle a été brutale. « Ce n’était pas un problème technique. » En quelques mots, Ducati a quasiment désavoué publiquement son pilote.

Le directeur de l’équipe italienne a même insisté sur Sky Sports Italie : « Je pense que quelque chose a dû le déstabiliser, ce qui explique pourquoi il a malheureusement commis une erreur. »

Le message est limpide : Ducati refuse désormais d’attribuer ces chutes à la moto. Et cela change tout.

Car depuis le début de saison, Bagnaia tente justement de faire comprendre qu’il ne retrouve plus les sensations naturelles qui faisaient sa force avec les précédentes générations de Desmosedici. Chaque week-end ressemble désormais à un combat mental permanent contre l’avant de la moto, contre le freinage, contre le feeling.

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Bagnaia : « Au Mans, j’étais très triste, et je le suis encore »

Or Ducati, jusqu’ici, semblait encore protéger cette ligne de communication ambiguë. Ce n’est plus le cas. B

Bagnaia lui-même a commencé à modifier légèrement son discours à Barcelone, presque comme si une discussion interne avait déjà eu lieu entre les murs du box rouge. « Nous l’avons trouvé, mais ce n’était pas un problème technique. » Mais derrière cette phrase, l’Italien entretient encore volontairement le flou. « C’était plutôt une question de ressenti. »

Pas technique. Pas humaine. Mais pas claire non plus. Comme si Bagnaia lui-même cherchait encore à comprendre ce qui lui arrive réellement.

C’est probablement là le cœur du problème actuel chez Ducati : personne ne semble capable de définir précisément pourquoi Bagnaia chute autant depuis un an et demi. Et les chiffres deviennent terrifiants pour un pilote de son calibre. Neuf abandons en douze courses. Trois zéros en cinq Grands Prix cette saison.

Pour un double champion du monde réputé autrefois pour sa maîtrise froide et chirurgicale, le contraste est immense. D’autant que, pendant ce temps, Fabio Di Giannantonio parvient régulièrement à sauver l’honneur Ducati avec une GP26 qui semble pourtant poser tant de problèmes aux pilotes officiels.

Derrière cette crise technique se cache désormais une crise psychologique bien plus profonde. Bagnaia l’avoue lui-même : « Quand, après une saison et demie, on retrouve son rythme, qu’on se bat pour les positions, et qu’on chute, on se dit : “Mince !” » Puis cette phrase lourde : « J’étais très triste, et je le suis encore. »

Car au fond, ce qui inquiète désormais le plus chez Bagnaia, ce n’est peut-être pas la vitesse pure. Elle est revenue au Mans. Ce n’est même pas la capacité à se battre devant. C’est la confiance. Une confiance devenue extrêmement fragile.

Et quand un pilote commence à ne plus savoir exactement si le problème vient de lui, de son ressenti ou de sa machine, la situation devient dangereuse à très haut niveau.

Pendant ce temps, Aprilia avance avec une sérénité presque insolente, portée par le duel interne entre Jorge Martin et Marco Bezzecchi, alors que Ducati donne l’impression inverse : une usine qui doute, qui se contredit et qui cherche encore son équilibre technique autant qu’humain.

Et c’est probablement cela, au fond, le signal le plus inquiétant pour Borgo Panigale. À Barcelone, Bagnaia ne joue pas seulement le podium, il joue sa crédibilité. S’il chute à nouveau ou s’il manque de rythme, l’argument du « ressenti » ne tiendra plus face à la froideur des statistiques.

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