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Gigi Dall'Igna

Les paroles de Gigi Dall’Igna après le Grand Prix de France 2026 résonnent comme un constat d’impuissance inhabituel pour l’ingénieur en chef de Borgo Panigale. Habitué à dominer outrageusement, le « sorcier » de la firme italienne doit aujourd’hui composer avec une réalité brutale : Ducati n’est plus la référence absolue face à l’insolente santé des Aprilia de Jorge Martín et Ai Ogura.

Pendant des années, Gigi Dall’Igna avait habitué Ducati à une forme d’arrogance tranquille. Celle des équipes qui gagnent tellement qu’elles finissent presque par considérer la victoire comme une routine industrielle. Mais au Mans, derrière les phrases soigneusement pesées du patron de Ducati Corse, il y avait autre chose. Une inquiétude réelle. Presque inhabituelle. Comme si, pour la première fois depuis longtemps, Borgo Panigale regardait enfin un rival dans les yeux… et comprenait qu’il pouvait perdre le contrôle.

Car ce Grand Prix de France 2026 n’a pas seulement été mauvais pour Ducati. Il a été symboliquement brutal.

Un week-end commencé avec une pole position de Francesco Bagnaia, des sensations retrouvées, un rythme jugé suffisant pour gagner… avant de sombrer dans un scénario catastrophe : la violente chute de Marc Marquez lors du Sprint, puis l’abandon de Bagnaia le dimanche alors qu’il semblait capable de jouer la victoire. Résultat : zéro point. Zéro.

Pour Ducati, c’est presque un mot interdit. Et Dall’Igna ne l’a pas caché. « Encore une journée difficile dans un week-end où nos rivaux se sont montrés plus forts que jamais — sans parler d’Aprilia », a-t-il reconnu, dans un aveu extrêmement rare venant d’un homme qui, depuis des années, incarnait la domination technique absolue du MotoGP.

La phrase n’a rien d’anodin. Parce qu’au fond, tout le paddock a compris ce qui s’est passé au Mans : Ducati ne contrôle plus le championnat comme avant.

Et ce qui rend la situation encore plus inquiétante pour les Rouges, c’est qu’Aprilia ne gagne plus seulement grâce à un pilote exceptionnel ou à des circonstances favorables. Non. La RS-GP semble désormais capable d’imposer son rythme partout, avec plusieurs pilotes, sur différents profils de circuits. Exactement ce que Ducati faisait subir au reste du plateau depuis trois saisons.

Dall’Igna, lui, tente encore de s’accrocher aux fondations du projet. « Malgré la malchance, les bases restent solides », insiste-t-il. « Le maître mot ici est la prise de conscience : nous devons sans aucun doute progresser, mais nous devons aussi reconnaître les aspects positifs de la performance collective. »

Gigi Dall’Igna : « Le vrai défi commence maintenant : retrouver notre enthousiasme même dans des circonstances difficiles et tout donner pour notre retour »

Mais derrière ce discours de gestion de crise apparaît aussi une autre réalité : Ducati commence à mesurer l’ampleur du problème Aprilia. Et paradoxalement, au milieu de ce chaos, Dall’Igna a peut-être trouvé une forme de soulagement inattendu concernant Marc Marquez.

Parce qu’au Mans, l’Espagnol n’était clairement pas lui-même. Depuis des semaines, les critiques s’accumulaient. Certains parlaient d’un pilote usé mentalement. D’autres d’un champion incapable de retrouver son agressivité d’autrefois. Puis est tombée la révélation : l’épaule de Marquez nécessitait bel et bien une nouvelle opération, prévue initialement après Barcelone, avant d’être avancée à la suite de la chute française.

Et soudain, tout prend un autre sens. « L’annonce de l’opération imminente de l’épaule de Marc — qui n’avait pas été rendue publique jusqu’à présent — souligne encore davantage son immense talent au vu de ses performances actuelles », explique Dall’Igna. « Cela rend son incroyable record au Mans encore plus extraordinaire. Tout simplement exceptionnel. »

Ducati comprend désormais que Marquez roulait probablement depuis des mois dans un état physique bien plus dégradé qu’imaginé. Et cela change complètement la lecture de sa saison 2026.

Pendant ce temps, le cas Bagnaia devient presque encore plus complexe. Parce que contrairement à Marquez, Pecco semblait enfin revivre. « Pecco avait le rythme d’un futur vainqueur », affirme Dall’Igna.

« Il a piloté comme un protagoniste, faisant preuve d’un excellent feeling avec la moto et démontrant la ténacité et la classe de ses plus belles années. » Le problème, c’est que cette renaissance s’est encore terminée dans le bac à gravier. Et à force, le doute devient inévitable.

D’autant plus que les propos de Bagnaia après la course laissaient clairement entendre qu’un problème mécanique — probablement lié au freinage — avait joué un rôle majeur dans sa chute. Une allusion que Ducati évite soigneusement de commenter publiquement, mais que personne dans le paddock n’ignore vraiment.

Pendant que Ducati tente de recoller les morceaux, Aprilia, elle, avance avec une confiance grandissante. Jorge Martin et Marco Bezzecchi dominent désormais le championnat avec une dynamique qui rappelle dangereusement les grandes années Ducati. Dall’Igna le sait parfaitement.

C’est pour cela que son message final ressemble presque à un discours de résistance. « Le vrai défi commence maintenant : retrouver notre enthousiasme habituel même dans des circonstances difficiles et tout donner pour notre retour. » Une phrase forte. Pour la première fois depuis longtemps, Borgo Panigale semble regarder Aprilia… avec une forme d’inquiétude bien réelle.

Ducati est blessée, tant dans son orgueil que dans sa chair (avec le forfait de Marquez). Gigi Dall’Igna appelle à l’union sacrée (« Forza Ducati« ), mais il sait que le prochain rendez-vous MotoGP en Catalogne sera un test de survie face à une meute Aprilia qui ne demande qu’à achever le roi.

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