Chez Ducati, on peut avoir le sourire. La GP21 marche bien et au sein du clan l’ambiance est bonne. Un soulagement pour le chef sur le terrain Gigi Dall’Igna qui affrontait tout de même cette saison avec une nouvelle machine et de nouveaux pilotes. L’étape semble être passée et Dovizioso oublié. Avoir trois de ses pilotes dans le top 5 du championnat révèle une solide compétitivité mais aussi un dilemme. En effet, aucun des trois ne mène actuellement le championnat et pour aller chercher le leader chez Yamaha Quartararo, il va falloir penser à une stratégie d’équipe. Ce qui veut dire sacrifier l’intérêt de deux pilotes au profit d’un et de l’intérêt général…

Autrefois, la Ducati était la moto d’un seul homme, en l’occurrence Casey Stoner qui a d’ailleurs assumé cette position dominante en ramenant à la marque son seul titre dans la catégorie MotoGP en 2007. Une situation intéressante mais aussi dangereuse pour le constructeur qui peut se retrouver fort dépourvu lorsque le départ du leader arrive. Ou lorsque celui-ci n’a plus toutes ses capacités, ainsi qu’on le voir aujourd’hui avec Honda. Mais lorsque tout est aligné, la recette fonctionne et Yamaha le vérifie actuellement avec Quartararo.

Chez Ducati, on a abandonné cette stratégie. A tel point que sous l’ère Gigi Dall’Igna, on a opté pour la démarche exactement inverse. Et à force d’application, on en arrive à cette campagne avec une GP21 qui fait le bonheur de trois pilotes. C’est forcément rassurant pour la marque, mais aucun de ce trio ne mène le classement général. Alors que la seconde mi-temps de cette compétition va être lancée ce week-end sur le Red Bull Ring qui est le terrain de jeu des Desmosedici depuis 2016, la réflexion suit son cours sur la nécessité de désigner le pilote de référence de Ducati

Alors qui entre Johann Zarco, Pecco Bagnaia et Jack Miller ? Le vétéran français, l’Italien qui est le plus jeune des trois ou l’Australien explosif mais irrégulier ? Ce sont trois profils différents, ce qui ne facilite pas la tâche de Gigi Dall’Igna… « C’est une question difficile, je ne sais pas quoi répondre » reconnaît le directeur général de Ducati Corse sur Motosprint. « Il est clair que nous vivons une phase dans laquelle nous recherchons un pilote capable de remporter le titre au sein de notre contingent. Mais si vous me demandez s’il vaut mieux n’avoir qu’un seul pilote en lice pour le championnat du monde, ou avoir plus de candidats, je pense que cette deuxième hypothèse est la meilleure. Plus que de chercher un pilote capable de se battre pour le championnat du monde chaque année, l’idéal serait d’avoir plus de pilotes vraiment forts et capables de poursuivre l’objectif principal. Je pense à notre line-up actuel, qui va des pilotes les plus expérimentés, comme Zarco, Bagnaia et Miller, aux rookies ».

Ducati Bagnaia Miller

Ducati : “nous ne nous sommes pas concentrés sur un seul pilote

Après neuf courses, la stratégie de Ducati consistant à rechercher davantage de candidats au titre s’est avérée efficace. Certes, Fabio Quartararo mène le Championnat du Monde avec un avantage de 34 points. Mais son dauphin Zarco, Bagnaia, troisième à 47 longueurs et Miller cinquième avec un passif de 56 unités sont en lice. Une seule erreur du Français chez Yamaha suffit, ou même simplement qu’il répète dans les deux courses en Autriche la performance désastreuse qu’il a eue l’an dernier sur le Red Bull Ring, et il sentira le souffle des pilotes Ducati sur son cou. Et Borgo Panigale aura trois options au lieu d’une pour Iwata.

« La situation actuelle est la conséquence du fait que nous consacrons le maximum d’efforts à chacun de nos pilotes », explique l’ingénieur vénitien. « Nous ne nous sommes pas concentrés sur un seul pilote, nous avons essayé de donner une chance à plusieurs pilotes. Cela a une autre conséquence : la moto devient le meilleure, car elle est développée selon les indications des pilotes les plus compétitifs. Les indications de Zarco, par exemple, peuvent également s’avérer utiles pour Bagnaia, également parce que le pilote n’est pas toujours conscient de ses besoins réels. C’est ainsi que vous obtenez une moto plus équilibrée avec laquelle plus de pilotes peuvent atteindre leur plein potentiel. Et de cette façon, nous avons plus d’hommes en lice pour le titre. Aussi parce que nous avons des pilotes très forts. En ce moment je suis vraiment content d’eux, d’un point de vue technique et humain ».

Dall’Igna, cependant, sait que ce qui a été montré jusqu’à présent n’est pas suffisant pour mener la course au titre. Avec Quartararo s’imposant quatre fois, contre les deux victoires du contingent Ducati  et ses six podiums, le trident Borgo Panigale doit être encore plus incisif. Lors des huit fois où il a franchi la ligne d’arrivée, Zarco n’a pas fait pire qu’une huitième place, il a terminé deuxième à quatre reprises mais n’a jamais gagné. En 74 Grands Prix en catégorie reine, le Français n’a pas encore goûté au succès. Bagnaia n’a pas plus concrétisé. Après la pole au Grand Prix inaugural de Losail, la troisième place de la course et les deuxièmes places au Portugal et en Espagne, Pecco semblait être l’homme que Ducati recherchait : jeune, italien, avec un excellent CV entre Moto3 et Moto2, à sa troisième année en MotoGP… Il semblait prêt pour l’assaut du titre. Mais ces espoirs ne se sont pas encore matérialisés, étant donné qu’au cours des cinq derniers Grands Prix, le Turinois n’a jamais été sur le podium et que le manque de régularité est réapparu.

Ducati

La Styrie et l’Autriche comme juge de paix ? 

Mais si l’on parle de d’irrégularité, il faut surtout se référer à Miller. Après un départ difficile, dû également au syndrome des loges, les deux victoires consécutives sont arrivées à Jerez et au Mans. Ducati a renouvelé son contrat, rêvant d’avoir trouvé l’héritier de Stoner. Mais l’Australien est toujours le même, capable d’atteindre des sommets très élevés, mais aussi de décevoir. Dans ces conditions, grâce aussi à la nouvelle stratégie Ducati, il y a plusieurs pilotes ambitieux en vue de la seconde moitié du championnat, mais en même temps il n’y a pas de vrai leader, le cheval sur lequel parier dans la phase décisive du course au titre. Lequel des trois est le candidat le plus crédible ? La question reste posée.

Zarco a su dépasser ses limites avec l’expérience, synonyme de constance des performances. Il n’a chuté qu’au Portugal. Le Français exprime le sentiment clair de celui qui sait parfaitement qu’il n’est pas encore temps de tout jouer. Ce moment est destiné à arriver dans les prochaines courses. Gagner un Grand Prix ne peut que garantir un effet positif pour le Français. Bagnaia a besoin de parfaire ses qualifications. C’est le problème qu’il a connu au Mans, à Montmeló et en Allemagne. Un défaut qui se paye au prix fort, surtout face à un spécialiste absolu du tour volant comme Quartararo : partir de la troisième ligne, c’est donner la course au pilote Yamaha.

Miller attend le Red Bull Ring avec grand intérêt.  L’an dernier, il était sur le podium autrichien dans les deux Grands Prix. Le sentiment est que pour Jack l’état de forme sera fondamental au retour de la pause. Reste que s’il est le moins bien classé des trois fers de lance de Ducati, c’est le seul qui a ramené la victoire. Un déséquilibre qui ne fait qu’exacerber le dilemme qui se pose maintenant chez Ducati

Ducati Melandri Zarco



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