F1
Publié le 14 septembre 2026 • 02:00 par Oléna Champlain

F1 – Russell fait durer ses pneus sur le Madring, Mercedes raccourcit ses espoirs : encore un dimanche à lui faire craquer les nerfs ?

Russell questionne encore la stratégie Mercedes à Madrid. Deux arrêts, une P5 et Antonelli vainqueur : George voit le titre s’éloigner.

Une semaine après Monza, voilà George Russell de nouveau en train de discuter stratégie avec son muret pendant que Kimi Antonelli finit par gagner la course. À force, la scène commence presque à devenir une rubrique récurrente chez Mercedes. Cette fois, au Madring, pas question d’accuser immédiatement l’écurie d’avoir sacrifié son Britannique. Les explications techniques existent et Russell lui-même les a finalement acceptées après l’arrivée. Mais pendant la course, son incompréhension était réelle. Et surtout, elle arrive au pire moment : son équipier vient d’enchaîner deux victoires, son retard au championnat atteint désormais 81 points, et Russell reconnaît lui-même ne plus vraiment croire au titre. Alors quand le pilote demande pourquoi on ne tente pas quelque chose et que le muret lui répond essentiellement de continuer à gérer… avant de le faire rentrer, forcément, les nerfs commencent à grincer.

 Russell voulait tenir, Mercedes a préféré arrêter.

Russell avait pourtant choisi le pari de la patience

Sixième sur la grille, Russell s’élance en pneus durs, exactement comme Charles Leclerc devant lui. Un choix volontairement décalé par rapport à Antonelli et Norris, tous deux en mediums, avec l’idée de prolonger le premier relais et de profiter de la forte dégradation annoncée au Madring. Et George ne tarde pas à réfléchir au coup suivant.

Coincé derrière Leclerc, il suggère lui-même à Mercedes d’essayer quelque chose de différent. Sur sa radio, lorsque son ingénieur Marcus Dudley lui rappelle l’objectif du « plan A », Russell pose directement la question :

« Pourquoi ne pas essayer ? »

Plus tard, alors que Ferrari laisse Leclerc poursuivre sur ses durs, le Britannique revient à la charge. Il estime que le Monégasque peut « facilement aller au bout » avec son train de pneus. Réponse du muret : continuer la gestion.

Autrement dit, George regarde Ferrari tenter précisément ce qu’il imagine possible… depuis une Mercedes qui va finalement faire l’inverse.

Le VSC redistribue les cartes… et Mercedes fait rentrer les deux

L’arrêt de Lance Stroll provoque alors la Virtual Safety Car qui va décider d’une bonne partie du Grand Prix. Antonelli plonge aux stands. Verstappen aussi. Et Mercedes fait également rentrer Russell, qui abandonne ses durs pour des mediums. Norris, lui, rate la fenêtre du VSC puis subit un arrêt très lent sous régime normal. Il ressort derrière Russell.

À ce moment-là, le Britannique dispose donc de la position en piste face au champion du monde. Et c’est précisément là que ses interrogations prennent du relief.

Russell estime pouvoir gérer ses mediums et tenir Norris derrière lui. Mercedes n’en est pas convaincue. Le muret considère que le pneu ne pourra probablement pas aller au bout et rappelle une nouvelle fois son pilote pour chausser des durs. Russell cède donc immédiatement la place à Norris. Le pilote McLaren ira chercher le podium. George terminera cinquième.

Leclerc va presque au bout de son pari… comme Russell l’avait prédit

Et pour ajouter une pincée de sel dans la plaie, il suffit de regarder la Ferrari n°16. Leclerc ne s’arrête pas sous la VSC. Ferrari maintient son pilote en piste sur ses vieux pneus durs et l’installe en tête, dans l’espoir qu’un Safety Car tardif transforme le pari en jackpot. Il mènera 32 des 57 tours avant de finalement s’arrêter au 48e passage.

Leclerc expliquera ensuite qu’il referait exactement la même stratégie, estimant que le risque valait la peine puisque, sans intervention favorable, la quatrième place était de toute façon probablement son plafond.

Et où termine Russell après ses deux arrêts ? Juste derrière lui. Leclerc est quatrième à 29,116 secondes d’Antonelli. Russell cinquième à 29,829.

Sept dixièmes les séparent.

Voilà qui ne prouve absolument pas que Russell aurait battu Leclerc en restant dehors. Mais cela explique assez bien pourquoi le pilote pouvait, depuis son cockpit, se demander si tout ce remue-ménage stratégique était réellement indispensable.

Toto Wolff assume : « Nous avons fait le bon choix »

Mercedes, elle, ne renie rien. Toto Wolff explique après la course que Russell avait signalé que ses mediums n’étaient pas dans un état fantastique et que l’équipe doutait sérieusement de leur capacité à rejoindre l’arrivée. Lorsqu’une fenêtre d’arrêt s’est présentée, Mercedes a donc choisi de sécuriser la course plutôt que d’attendre un éventuel drapeau rouge.

Et Russell, une fois redescendu de sa voiture et les données vraisemblablement examinées, modère lui aussi sa frustration :

« Sur le moment, je me posais des questions. »

Il reconnaît surtout que le pneu dur était le meilleur composé et admet que, quelle que soit l’option envisagée, il aurait probablement fini au même endroit, notamment parce que dépasser au Madring était extraordinairement difficile.

C’est important : Russell ne crie donc pas au sabotage. Mais cela n’empêche pas Mercedes d’avoir encore fabriqué une situation particulièrement inconfortable pour son pilote. Parce qu’une semaine plus tôt, c’était déjà Antonelli qui récupérait le gros lot.

Difficile, en effet, d’isoler Madrid de ce qui s’est passé sept jours auparavant à Monza.

Russell menait alors devant Antonelli lorsque la Virtual Safety Car avait offert à Mercedes l’occasion de séparer les stratégies. Antonelli avait été chaussé de mediums neufs tandis que Russell restait dehors sur ses durs. L’Italien était revenu sur son équipier puis l’avait dépassé à trois tours de l’arrivée pour décrocher une victoire retentissante.

Russell avait accepté la décision et reconnu que séparer les stratégies était logique pour protéger les intérêts de Mercedes. Mais il avait également admis avoir été « un peu agacé » par le timing du VSC et aurait préféré poursuivre sa bataille directe avec Antonelli.

Samedi à Madrid, Toto Wolff avait d’ailleurs sèchement répondu à ceux qui soupçonnaient Mercedes d’avoir défavorisé Russell à Monza. Le patron autrichien avait qualifié ces accusations de « complete bull** »**, assurant qu’il n’existait ni agenda caché ni favoritisme entre ses pilotes

Vingt-quatre heures plus tard, Russell se retrouvait encore à la radio à questionner sa stratégie pendant qu’Antonelli filait vers une nouvelle victoire. Question communication, le calendrier aurait pu être plus charitable.

Pas de complot, mais une mécanique qui devient cruelle

Soyons clairs : rien dans les éléments disponibles ne permet d’affirmer que Mercedes cherche à favoriser Antonelli.

À Madrid, Kimi et George n’étaient pas dans la même situation. Ils étaient partis avec des gommes différentes, leurs courses avaient évolué différemment et Mercedes avait de vraies raisons techniques de douter des mediums de Russell.

Mais l’accumulation devient psychologiquement brutale.

Monza : Russell mène, Mercedes sépare les stratégies, Antonelli gagne. Madrid : Russell questionne ses deux arrêts, Antonelli gagne.

Et dans les deux cas, George finit par expliquer après coup qu’il comprend les décisions de son équipe. Pendant ce temps, le classement ne discute pas.

Antonelli compte désormais huit victoires en 2026 et possède 81 points d’avance sur son équipier. Russell, lui, n’en compte que deux et reconnaît désormais publiquement :

« Réellement, je ne suis plus dans la lutte pour le titre pilotes. »

Toto Wolff assure qu’il faut maintenant comprendre comment permettre à Russell de « libérer son potentiel ».

Peut-être. Mais avant de libérer son potentiel, Mercedes pourrait déjà essayer de lui épargner quelques conversations radio capables de faire monter sa tension. Car le problème n’est peut-être pas que l’équipe joue contre Russell.

C’est qu’en ce moment, presque chaque pari Mercedes semble finir par sourire davantage à Antonelli.