Le centenaire de Ducati ne se fête pas seulement dans le calme et la nostalgie. En marge des célébrations, Gigi Dall’Igna a dû monter au créneau pour éteindre l’incendie allumé par Andrea Dovizioso. Alors que l’ancien pilote Ducati affirmait que la situation physique de Marc Marquez était « plus grave qu’il n’y paraît », le grand patron technique de Borgo Panigale a opposé un démenti formel et serein.
La phrase d’Andrea Dovizioso n’est pas passée inaperçue. « La situation de Marquez est plus grave qu’il n’y paraît » : dans n’importe quel autre contexte, elle serait restée une opinion. Dans celui-ci, elle devient une mise en doute directe du cœur du projet Ducati. Alors forcément, quand Gigi Dall’Igna prend la parole, ce n’est pas pour commenter. C’est pour cadrer.
Et il le fait sans détour. « Je pense qu’ils se portent tous les deux très bien… Marc se porte très bien. »
Le ton est posé, presque froid. Pas d’agacement affiché, mais aucune place laissée au doute. Dall’Igna ne nie pas la blessure — il serait absurde de le faire — mais il en change immédiatement la lecture :
« Il a subi une blessure assez sérieuse… mais honnêtement, je le vois bien progresser et je pense qu’il sera à 100 % pour Jerez. » Autrement dit : oui, il revient de loin. Non, ce n’est plus un sujet.
C’est là que la réponse devient intéressante. Parce qu’en surface, Ducati ferme le débat. Mais en profondeur, le simple fait de devoir le faire montre que la question existe. Et surtout qu’elle circule.
Dans le même souffle, Francesco Bagnaia est évoqué, presque comme un contrepoint : « Pecco semble très calme et lucide… »

Gigi Dall’Igna : « Le système de concessions vise clairement à rééquilibrer la compétition, pénalisant ainsi Ducati… »
C’est une description plus qu’un compliment. Bagnaia est stable, propre, analytique. Mais dans un championnat où Marco Bezzecchi enchaîne les victoires, le calme ne suffit plus. Il faut imposer. Et aujourd’hui, Ducati ne le fait plus.
C’est là que Dall’Igna glisse vers le vrai sujet, celui qui dépasse Marquez, Bagnaia et même les déclarations de Dovizioso : Aprilia.
« Le système de concessions vise clairement à rééquilibrer la compétition, pénalisant ainsi Ducati… »
La phrase est soigneusement construite. Elle reconnaît un déséquilibre… tout en refusant de s’y abriter. « Mais ce n’est pas une excuse. Nous sommes là pour nous battre pour la victoire. »
Ce double discours est révélateur. Ducati sait qu’il y a un contexte défavorable, mais refuse de l’utiliser publiquement. Parce que dans ce paddock, reconnaître une faiblesse, c’est déjà offrir un angle d’attaque.
La suite confirme que la situation est plus tendue qu’elle ne le paraît. « Les essais de lundi seront déterminants. » Pas une étape de travail. Pas une évolution progressive. Déterminants.
Et encore plus révélateur : « Nous tenterons probablement aussi de trouver des solutions pendant le Grand Prix. »
Ce genre de phrase ne trompe pas. Quand une équipe commence à chercher des réponses le dimanche, c’est qu’elle ne les a pas encore totalement trouvées le vendredi.
Pour finir, Dall’Igna a fait exactement ce qu’il devait faire : protéger son pilote, maintenir une ligne, éviter toute lecture de crise. Mais il n’a pas complètement fermé la porte ouverte par Dovizioso. Il l’a simplement déplacée.
Car la vraie question n’est peut-être pas de savoir si Marc Marquez va bien. La vraie question, aujourd’hui, est beaucoup plus inconfortable pour Ducati : est-ce que la moto, elle, est encore au niveau pour lui permettre de faire la différence ? Et à Jerez, cette question ne restera plus théorique très longtemps.
Gigi Dall’Igna affiche sur Moto.it une confiance de fer. Entre un Pecco Bagnaia jugé « calme et lucide » et un Marc Marquez en pleine remontée physique, le patron de Ducati Corse balaie les doutes de Dovizioso. Le rendez-vous de Jerez s’annonce comme une démonstration de force pour prouver que, malgré les concessions et les blessures, le roi du MotoGP reste à Borgo Panigale.































