Moto GP
Publié le 25 juillet 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : Désolé M. Bagnaia, mais votre idée n’est pas idéale

Pecco Bagnaia a eu une idée pour les week-ends de MotoGP. Mais en creusant un peu, on se rend compte que ça n’est pas terrible.

Bagnaia MotoGP

En Allemagne, Pecco Bagnaia a fait une sortie remarquée ; il aimerait que le Sprint serve à déterminer les positions de départ du Grand Prix MotoGP disputé le dimanche, afin de lui donner un véritable intérêt. J’ai vu beaucoup de gens débattre cette proposition, alors aujourd’hui, à moi de donner mon avis.

Personnellement, je ne suis pas un grand fan de cette idée. Je vais essayer de vous convaincre en plusieurs points.

 

I – Pas l’effet escompté

 

Bon, il ne s’est pas vraiment étendu sur les détails, donc on ne sait pas exactement ce qu’il voulait faire. Cependant, utiliser le Sprint pour déterminer la grille du dimanche me paraît contre-productif, peu importe le système adopté. Tout d’abord, évoquons le spectacle. Si c’est le meilleur tour en course et non la position d’arrivée qui est comptabilisée, alors tous les pilotes ne vont faire que chasser le chrono sur une boucle. Cela donnera naissance à une toute nouvelle stratégie, car, pour aller vite sur un tour avec l’aéro, il faut être seul en piste, ou derrière quelqu’un seulement en ligne droite, ce qui est très difficile à régler, même en Q2 lorsque c’est l’unique objectif. Pas fan.

 

Bagnaia MotoGP
Puis même, une course où les chronos sont aussi important que le résultat, c’est étrange. Photo : Michelin Motorsport

 

Ensuite, si l’idée est de prendre le résultat du Sprint et de le traduire en grille de départ pour le dimanche, cela annulerait totalement l’intérêt des qualifications, justement. J’imagine que Bagnaia désirait, comme en Formule 1, qu’il y ait une « qualification Sprint ». Le truc, c’est que le format Q1-Q2 du MotoGP est d’après moi l’un des meilleurs du monde, largement supérieur à ce qu’il se fait en F1, par exemple. Du coup, ôter l’énorme point d’intérêt de cette séance (elle détermine l’ordre de départ des deux courses) la rendrait beaucoup moins sexy. Effectivement, on peut perdre une pole position à cause d’un drapeau jaune, c’est d’ailleurs en partie l’injustice que voulait réparer Bagnaia avec son idée. Mais le risque de se faire percuter ou chahuter en Sprint est d’autant plus grand, ça arrive tous les quinze jours ou presque. Du coup, un pilote qui se qualifie bien, part troisième, dégringole à la huitième place du classement au bout d’un tour et ne peut pas remonter, vient de rater son Sprint, mais, en plus, doit partir huitième au lieu de troisième le dimanche ! C’est la double peine.

Les qualifications actuelles marchent bien, même avec la règle des drapeaux jaunes. Si vous regardez de près toutes les séances depuis le début de l’année, il est très rare que la hiérarchie soit totalement bousculée en Q2 à cause de ce phénomène. Il est peu probable que ça annihile totalement les chances d’un pilote, même si c’est déjà arrivé (j’ai en mémoire une occurrence assez folle au Portugal, peut-être en 2022 ou 2023, rappelez-la-moi en commentaires si vous l’avez). En tout cas, rien qui ne justifierait de tout changer.

Reste le troisième système, celui du Superbike. Si vous n’êtes pas familier avec le WSBK, accrochez-vous. En gros, une Superpole détermine l’ordre de départ des deux courses du samedi, la Course 1, et la « Course Superpole ». C’est le résultat de cette dernière manche qui régit, mais pour les trois premières lignes uniquement, la grille de départ de la Course 2 tenue dimanche. Ouf. De toutes les propositions, c’est la plus sérieuse, assurément. Mais elle me pose également problème, comme toutes celles évoquées ci-dessus.

 

II – Bagnaia souhaite indirectement affaiblir le produit MotoGP

 

Pour cette partie, on va prendre un peu de recul. Pourquoi le MotoGP fonctionne ? On ne cesse de complexer par rapport à la Formule 1, mais il reste le deuxième sport mécanique le plus suivi au monde. C’est culturel, car la moto est bien implantée, aussi grâce aux pilotes légendaires. Mais ne sous-estimons pas le spectacle. Il est de notoriété publique que le MotoGP est bien plus excitant que la Formule 1 ou d’autres séries prestigieuses. Mais, pourquoi est-il si spectaculaire ?

 

Bagnaia MotoGP
Un pilote comme Di Giannantonio, qui part souvent doucement, serait pénalisé par cette réforme. Photo : Michelin Motorsport

 

Eh bien, pour moi, c’est parce qu’il est simple. Le MotoGP est la discipline motorisée la plus facilement compréhensible, la plus naturelle, la plus limpide. Vingt-deux pilotes se donnent à fond, pendant quarante-cinq minutes, et que le meilleur gagne. Pas d’arrêts aux stands, très peu de stratégie, car pas de communication avec le box (de 1949 jusqu’à juillet 2026 en tout cas). Je pourrais mettre ma mère devant un Grand Prix et cette dernière comprendrait tout. En ce sens, c’est inclusif, c’est fun, et c’est beau. Less is more.

Adopter le format employé en Superbike, c’est complexifier le sport pour rien. On pourrait même formuler d’autres propositions basées sur d’autres sports mécaniques ; le système de qualification le plus tarabiscoté que je connaisse est actuellement en vigueur en Porsche Carrera Cup Brésil. Il s’agit d’une grille inversée partielle. Le vainqueur de la Course 1 tire un chiffre au sort, et celui-ci détermine combien des premiers à l’arrivée de la Course 1 inverseront leurs positions sur la grille de la Course 2 (par exemple, si le 8 est tiré, le vainqueur de la Course 1 partira 8ᵉ le dimanche, et le 8ᵉ partira en pole). Sur le principe, c’est spectaculaire, inattendu, et ce tirage des chiffres du loto par Marc Marquez pourrait créer un moment exploitable de mille façons par Liberty Media. Mais dans les faits, ce n’est pas le MotoGP, c’est trop alambiqué. Du bullshit, comme disait Lewis Hamilton à propos d’une grille inversée en F1.

 

III – La solution

 

Ma solution est simplissime : supprimer les Sprints s’ils ne conviennent pas aux pilotes. Ils n’apportent pas grand-chose au spectacle, et, au contraire, diluent la grandeur du MotoGP. Gardons le système Q1-Q2, car il est aussi lisible qu’époustouflant, et un Grand Prix le dimanche. Point barre.

Que pensez-vous de l’idée de Bagnaia ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Je ne pense pas que les Sprints méritent une telle attention qui remodèlerait tout le week-end. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport