Suite à la présentation des couleurs 2021 des deux équipes KTM, c’est à une conférence de presse exceptionnelle que nous avons assisté ce vendredi 12 février.

Exceptionnelle de part le contexte qui prévaut en ce moment et, conséquence du premier point, exceptionnelle de par sa longueur très inhabituelle : Hervé Poncharal s’est en effet exprimé pendant quasiment une heure et demie pour satisfaire la curiosité sans fin des 25 journalistes inscrits à cette visioconférence.

Comme à notre habitude, nous mettrons à votre disposition le texte intégral de ce premier chapitre conséquent de la saison 2021, sans la moindre mise en forme, en plusieurs parties, même si cela est très, très long…

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Pensez-vous qu’il faudrait aider financièrement les femmes pour accéder à la compétition ?

« C’est un grand sujet. Je pense que peu importe que vous soyez un homme ou une femme, que vous soyez noir ou blanc, que vous soyez jeune ou vieux, que vous veniez d’Europe, d’Afrique ou d’Asie. Je ne pense pas qu’il devrait y avoir une aide particulière. Je pense que chaque personne devrait montrer sa valeur et ses progrès en suivant ce qu’elle est, en suivant ce qu’elle veut faire et en suivant ses capacités. Car si on commence à dire “OK, on a besoin de tant de % de ça, tant de % de ça”, vous faites comme si les personnes n’étaient pas des personnes. Donc donnez le même environnement et le même soutien à tout le monde. C’est comme pour les pilotes : je suis désolé mais il y a des pilotes plus rapides que d’autres. Est-ce parce qu’on les a plus soutenus ? Non, ils sont plus talentueux. Peut-être que les garçons qui sont un peu plus lents auront une meilleure carrière après les courses, car cela demande des qualités différentes. Nous sommes tous différents, mais quand il y a confrontation, nous devons accepter le résultat de cette confrontation. Si vous me demandez de courir contre Marc Márquez ou Joan Mir, ils vont me battre. Et je ne serai pas amer car ils sont tout simplement meilleurs que moi. Même si j’avais le même soutien, je ne ferais jamais ce qu’ils peuvent faire. »

Les problèmes entre les constructeurs rencontrés l’année dernière lors des réunions de la MSMA semblent avoir permis d’aboutir pour le moment à une sorte de code de bonne conduite. Avez-vous noté cela ? Cela va-t-il perdurer ? Cela va-t-il encore s’améliorer ?

« Je pense qu’une des forces du MotoGP, c’est que les quatre organisations, la FIM (la fédération), la Dorna (le promoteur), la MSMA (les constructeurs), et l’IRTA (les équipes), ont connu des frictions dans le passé, et que, depuis une vingtaine d’années, ou en tout cas une quinzaine, principalement grâce à la manière dont Dorna gère le championnat, tout le monde a compris que de toute façon on serait plus fort si on s’entendait et on essayait de régler les problèmes ensemble, sans se tirer dans les pattes. Il fallait écouter et comprendre les besoins de chacun. Quand je vais aux Commissions Grand Prix, où il y a un membre de chaque organisation que je viens de citer, la plupart des décisions sont prises à l’unanimité. Je pense que c’est donc quelque chose qui nous aide beaucoup à faire face à toutes ces questions auxquelles on a à faire face, que ce soit au niveau de la politique marketing, du calendrier, de la politique technologique et de toutes ces choses-là. Ça nous différencie d’autres championnats cousins, où là il y a beaucoup plus de tensions est beaucoup plus d’intérêts divergents.
Ce qu’on a vu, et ce qui m’a plu, c’est que quand on a fait face à cette réalité que le championnat allait avoir à évoluer suite à ce qui s’est passé en début d’année dernière avec la pandémie, que le calendrier allait bouger, que les moyens seraient réduits, que les médias ne pourraient plus rentrer, qu’on n’aurait plus de sponsors (dans le paddock), qu’on n’aurait plus d’hospitalités, on a essayé de trouver des solutions, notamment le gel technique pour les trois catégories, notamment une réduction du support financier parce que c’était la seule solution, un accord sur la manière de gérer le championnat avec deux courses au même endroit et trois courses consécutives à de multiples reprises. Et à chaque fois, l’intérêt commun ou supérieur du championnat a été privilégié même si certaines équipes certains constructeurs n’étaient pas systématiquement d’accord, et on n’a jamais eu qui que ce soit qui s’est mis en travers de tout ce qui a été décidé relativement dans l’urgence pendant les mois d’avril et de mai. Donc je pense que ça s’est vraiment bien passé. Tout le monde comprend la manière dont Carmelo gère le championnat, et tout le monde lui fait 100 % confiance. Alors évidemment, j’explique ce qui se passe aux équipes, mais au niveau des constructeurs c’est la même chose et on est tous derrière Carmelo. On lui fait confiance et on sait qu’il est le seul à pouvoir trouver la meilleure solution possible dans ces temps compliqués et difficiles.
J’ai donc été franchement agréablement surpris de voir que même dans les conditions difficiles, alors qu’à un moment peut-être que des gens auraient pu prendre avantage, comme des constructeurs qui auraient pu tester plus grâce aux concessions, tout le monde a d’abord regardé comment on pouvait faire pour avoir un championnat qui tenait la route en 2020, avant tout regard sur l’intérêt personnel de qui que ce soit et même au niveau des constructeurs. Donc c’est quelque chose qui te donne de la force, qui te donne envie de continuer à te battre, plus que quand c’est un panier de crabes où tout le monde se bat comme des chiffonniers en essayant de tirer la couverture à soi. Et je pense que c’est relativement unique, parce qu’on voit ce qui se passe, que ce soit en football, en Formule 1 ou autre : ce n’est pas toujours comme ça ! »

Le team s’appelle maintenant Tech3 Factory KTM. Est-ce que ça ne prête pas un peu à confusion ?

« Le nom du team est maintenant Tech3 KTM Factory Racing. On n’a plus notre sponsor titre qui était Red Bull et ça a été la volonté de KTM de nous appeler Tech3 KTM Factory Racing. Ils sont aussi très fiers d’avoir une moto aux couleurs de l’usine, et c’est vrai qu’ils me disent que, visuellement parlant, le team Tech3 est plus Factory que le type Factory. C’est clair. C’est simplement une histoire visuelle. Franchement, Stefan Pierer et Humbert Trunkenpolz étaient comme des fous quand ils ont vu la moto et c’était peut-être le plus beau cadeau qu’ils ont eu à Noël en voyant cette moto la ! Ils sont vraiment hypers fiers et hypers heureux d’avoir en MotoGP une KTM aux couleurs de l’usine KTM.
Maintenant, il n’y a pas d’ambiguïté : le type Factory, c’est le team Red Bull KTM avec Miguel Oliveira et Brad Binder. Il est géré par l’usine avec Pit et Mike. Mais quelque part, c’est le team Factory parce qu’il est géré par l’usine, et les gens qui travaillent pour ce team sont des salariés de l’usine, mais au niveau technique, comme je l’ai dit tout à l’heure, les quatre machines sont au même niveau et les évolutions arrivent en même temps. Donc qui est plus Factory que l’autre ? Pas grand monde ! L’année dernière, Miguel avait le même statut que Brad Binder ou Pol Espargaró, et Danilo Petrucci cette année a le même statut que Miguel Oliveira. Tous les quatre pilotes ont un contrat directement avec KTM et ont le même type de matériel avec les mêmes évolutions. Mais quelque part, les patrons de KTM aiment bien le fait avoir enfin leur moto à leur couleur et de dire que les Factory KTM colors, c’est le team Tech3 : ça leur plaît de créer quelque chose de nouveau et de mettre un peu le doute. C’est pour ça qu’ils nous ont dit “vous vous appellerez Tech3 KTM Factory Racing”. »

On avait cru comprendre le moteur et l’aérodynamique étaient gelés en 2021. Or Pit Beirer a parlé d’évolutions possibles. Pouvez-vous nous expliquer ?

« Quand on a commencé la saison 2020, on avait encore des concessions et on pouvait donc avoir des évolutions moteur à l’époque. Il se trouve que pendant la saison, on a perdu ces concessions mais il a été agréé par tous les constructeurs, et ça fait partie du règlement, que quand tu commences une saison avec la possibilité d’avoir un matériel différent l’année suivante, via les concessions, tu peux conserver cette possibilité. Ça ne sera pas le cas puisque, s’il est clair qu’il y a chez KTM une moto 2022 qui existe et qui roule en test, et qui donne des résultats intéressants, on va jouer la sécurité et les quatre pilotes vont rouler sur des specs 2020. Peut-être que s’il y avait eu plus d’essais, et notamment la Malaisie d’après ce qu’à dit Mike Leitner, on aurait peut-être pu réfléchir, mais nos motos seront des motos 2020, comme la Honda, la Suzuki, la Yamaha.
Quant aux aérodynamiques, on peut les homologuer dès le Qatar et, avec KTM, on a fait pas mal de soufflerie. C’est clair que Danilo a un gabarit un peu différent de Miguel et de Brad, et il aura donc une aérodynamique un peu différente et un peu plus enveloppante. Mais on est vraiment dans le détail : il est plus large d’épaules donc il aura une bulle un peu plus enveloppante. C’est plus une adaptation à la morphologie du pilote qu’une évolution. On a vu que ça fonctionnait en soufflerie pour Danilo, et Iker aura la possibilité de rouler avec ce qu’il avait en 2020 ou avoir ce que va utiliser Danilo. Mais à 99 %, la moto est la moto qu’on a utilisée à Portimão. »

L’année dernière, vous avez été enchanté du cavalier seul et de la victoire de Miguel Oliveira à Portimão, après s’être élancé de la pole position et avoir réalisé le meilleur tour en course. Comment allez-vous faire pour le battre dans trois courses, au même endroit ?

« C’est une bonne question (rires). Ce ne sera pas facile mais déjà on connaît les réglages, donc on va essayer de les adapter à Danilo. Ce sera compliqué de le battre, et pas seulement à Portimão : ce sera compliqué de le battre au Qatar et ce sera compliqué de le battre partout, parce qu’on a fait deux saisons avec Miguel et on connaît son potentiel, et il est très grand, et à mon avis il va encore progresser et se bonifier. Mais je lui ai dit, à Miguel, quand on a célébré la victoire le dimanche soir à Portimão : ‘à partir de la prochaine course, tu le sais, tu seras notre adversaire ! Et on n’aura de cesse de te battre toi comme les autres”. Malheureusement, la vie d’une équipe de course, ça se passe comme ça, donc on va essayer de battre tout le monde, y compris Miguel. Ça va donc être difficile de le battre, et comment on va faire, je ne sais pas. Mais ce n’est pas parce qu’il a fait un weekend exceptionnel à Portimão en 2020 qu’il va faire le même weekend en 2021 ! On l’a vu en 2020 où on avait souvent deux courses consécutives sur le même circuit, et bien souvent ce n’était pas le même scénario, alors que c’était les mêmes pilotes sur les mêmes motos et sur le même circuit. Donc entre novembre 2020 et avril 2021, beaucoup de choses ont changé… Et n’oubliez pas : Guy Coulon n’est plus aux manettes ! Ça va peut-être nous aider à le battre. »

La prochaine victoire, vous la voyez plutôt en Moto3 ou en MotoGP ?

« (Rires puis silence) difficile ! Difficile ! Comme je l’ai dit, on avait un Graal, un rêve, gagner en MotoGP, et c’est fait. Si jamais on pouvait gagner en Moto3, ce serait fabuleux. On a gagné en Moto2, on a gagné en MotoGP. Je ne dis pas que ce serait celle dont j’ai le plus envie, mais on va dire que la prochaine victoire de Tech3, ce sera en Moto3. »

À l‘image de Suzuki sans Davide Brivio, peut-on envisager un jour Tech3 sans Hervé Poncharal ?

« Personne n’est jamais irremplaçable. Je me rappelle qu’il y a un certain nombre d’années, il y avait des clauses ‘intuitu personae’, ce qui veut dire que le jour où Hervé n’est plus là, les contrats sont caducs. Je souhaite vraiment que Tech3 continue après Hervé Poncharal. Carmelo est en train de préparer le futur avec Carlos, et je pense que, je ne suis pas un grand homme mais tout manager visionnaire se doit de préparer le futur. Je ne suis plus tout jeune, donc Tech3 pourra continuera d’exister et de performer, et j’espère que je pourrais continuer de le regarder de mon petit nid d’aigle avec ma longue barbe blanche. Je le souhaite vraiment. »

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