Moto GP
Publié le 22 septembre 2026 • 19:00 par André Lecondé

MotoGP, « Nous sommes de retour ! » : Acosta offre à KTM une victoire historique et une vraie rédemption

En s’imposant lors du Grand Prix d’Autriche sur le Red Bull Ring, Pedro Acosta et la marque KTM ont scellé une double rédemption.

KTM

Pedro Acosta quittera KTM à la fin de la saison, mais il emportera finalement avec lui ce qui manquait à leur histoire commune : une victoire en MotoGP. Et pas n’importe où. Au Red Bull Ring, à domicile, après des années de difficultés sportives et une crise financière qui avait jusqu’à menacer l’avenir du constructeur, l’Espagnol a offert à KTM son premier succès depuis 2022. Mais derrière la rédemption de toute une marque se cache aussi un adieu beaucoup plus intime : celui d’Acosta à Paul Trevathan, son premier chef mécanicien en MotoGP, qu’il décrit comme « un père » dans sa construction de pilote.

Ils savaient déjà que leur histoire allait se terminer. Il leur manquait simplement une victoire avant de se dire au revoir. Pedro Acosta et KTM l’ont obtenue dimanche, au meilleur endroit possible : Spielberg. Une victoire qui met fin à quatre années d’attente pour KTM en Grand Prix et à une attente encore plus longue sur le sec. Pour Acosta, c’est la première en MotoGP. Et les deux trajectoires rendent ce succès beaucoup plus important qu’un simple trophée supplémentaire.

« Nous sommes de retour ! »

Pit Beirer n’a pas pensé uniquement au championnat en voyant Acosta franchir la ligne. Il a repensé à 2024 et 2025. À la crise financière de KTM, à la procédure d’insolvabilité et aux interrogations qui avaient entouré jusqu’à la poursuite du programme MotoGP. « Nous avons dû nous battre si fort pour sortir de la crise, mais maintenant nous en sommes sortis : nous sommes de retour ! »

Sportivement, le symbole est puissant. Financièrement, une victoire ne suffit évidemment pas à effacer toutes les conséquences d’une restructuration aussi profonde. Mais pour une entreprise qui avait vu son engagement en compétition remis en question, gagner son Grand Prix national possède une valeur particulière.

Acosta lui-même n’a rien oublié. « L’an dernier, nous avons eu des difficultés à poursuivre le Championnat du Monde. La façon dont ils se sont relevés et ont retrouvé le potentiel de la moto est fantastique. »

Acosta est arrivé chez KTM au pire moment

Cette crise a accompagné précisément les premières années MotoGP du plus grand espoir de KTM. Acosta avait la vitesse. Pas toujours la moto permettant de l’exploiter jusqu’à la victoire. « J’en avais le potentiel, mais je n’ai pas eu beaucoup d’occasions pendant ces trois années », reconnaît-il.

Il estime notamment que Ducati et Aprilia ont longtemps évolué à un autre niveau. L’attente est alors devenue quelque chose qu’il n’avait pratiquement jamais connu auparavant. En Moto3, Acosta avait gagné immédiatement. En Moto2, après une première saison d’apprentissage, il était devenu champion. Puis le MotoGP lui a résisté.

Pedro Acosta et KTM célèbrent sa première victoire en MotoGP

« C’est tout simplement notre fils »

Paul Trevathan a vécu toute cette période à ses côtés. Et dimanche, le chef mécanicien néo-zélandais n’a pratiquement pas réussi à retenir ses larmes. « Nous avons attendu ce moment pendant des années. » Puis l’émotion a pris le dessus : « C’est tout simplement notre fils. Il a tout donné. Je suis très, très fier. »

Acosta lui a répondu avec des mots encore plus personnels. « Il a été mon premier chef mécanicien en MotoGP. Malheureusement, nos chemins se sépareront à la fin de l’année, mais vous ne pouvez pas imaginer tout ce que j’ai appris de lui. » Et surtout : « En termes de pilotage, il est comme un père pour moi. » Cette victoire arrive juste avant la séparation.

« Je suis devenu un pilote confirmé », avec KTM

Acosta considère même que Trevathan a participé à sa transformation personnelle. « Si je suis devenu ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à lui, car il m’a poussé à me surpasser chaque jour. » Puis cette phrase : « J’ai cessé d’être ce gamin que j’étais à mes débuts en Championnat du Monde. Je suis devenu un pilote confirmé. »

La première victoire MotoGP matérialise cette évolution. D’autant qu’elle arrive après un samedi où tout aurait pu recommencer. Acosta dominait le Sprint avec près de trois secondes d’avance lorsqu’il est tombé. Il a encore chuté dimanche matin. Puis, lorsque le moment important est arrivé, il n’est pas tombé. Il a gagné.

Acosta possède pourtant déjà deux couronnes mondiales. Mais lorsqu’on lui demande de comparer Spielberg à ses titres Moto3 et Moto2, sa réponse raconte tout ce que ces années MotoGP lui ont appris. « Je ne sais pas si elle surpasse les deux autres, mais pour moi, elle a une signification beaucoup plus personnelle. »

Pourquoi ? Parce que les précédentes réussites étaient presque arrivées naturellement. Pas celle-ci. « J’ai eu tellement de mal à décrocher cette première victoire en MotoGP. » Et c’est probablement pour cela que Spielberg restera à part.

Acosta quittera KTM. KTM devra continuer sans celui autour duquel elle avait imaginé construire son avenir. Paul Trevathan et Pedro suivront des chemins différents. Mais leur histoire ne se terminera finalement pas avec cette question lancinante : et s’ils avaient réussi à gagner ensemble ?

Ils ont gagné. À domicile. Après la crise, les chutes, les occasions perdues et les années d’attente. Acosta partira, mais il laissera à KTM une victoire qui ressemble presque à un dernier cadeau. Et KTM lui aura offert, avant de le voir partir, celle dont il dit lui-même qu’elle est peut-être la plus personnelle de sa carrière.

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