Ducati n’est toujours pas officiellement à vendre. Mais alors que Volkswagen réexamine son portefeuille d’activités, l’Italie commence déjà à préparer l’hypothèse d’une cession. Emanuele Orsini, président de la Confindustria, affirme que des démarches sont en cours afin de réunir des entrepreneurs italiens capables de ramener Ducati sous contrôle national. Avec une condition presque explicitement posée : préserver l’entreprise et maintenir Claudio Domenicali à sa tête.
Il y a quelques jours encore, imaginer Ducati quitter Volkswagen ouvrait surtout la porte aux spéculations. Ferrari ? Un autre grand groupe industriel ? Un fonds ? Un nouveau partenaire ? Claudio Domenicali lui-même avait reconnu que la réflexion menée par Volkswagen sur ses nombreuses participations pouvait concerner Ducati, tout en jugeant l’hypothèse Ferrari quelque peu « tirée par les cheveux ».
Depuis, un nouvel acteur est entré dans le dossier. Et cette fois, il ne s’agit pas d’un constructeur automobile.
La Confindustria commence à travailler sur l’après-Volkswagen
Emanuele Orsini préside la Confindustria, principale organisation représentant les entreprises italiennes. Devant des chefs d’entreprise, il vient d’affirmer que des initiatives existaient déjà pour préparer un éventuel retour de Ducati sous pavillon italien.
« Ducati est une source de fierté pour Bologne, l’Émilie-Romagne et l’Italie. » Puis surtout : « Des démarches sont en cours pour ramener l’entreprise en Italie grâce à des entrepreneurs italiens. »
Volkswagen n’a annoncé aucune vente. Aucun processus officiel n’est ouvert et aucune offre italienne n’a été rendue publique. Mais certains acteurs économiques italiens commencent manifestement à réfléchir au scénario avant même qu’il existe.
Acheter Ducati ne serait finalement que le début
Le véritable problème serait ensuite de savoir quel propriétaire pourrait se permettre Ducati sans affaiblir Ducati. Car les quatorze années passées dans l’univers Audi-Volkswagen n’ont pas simplement permis à la marque de survivre.
Ducati a considérablement renforcé ses capacités technologiques, son réseau international et ses programmes sportifs, jusqu’à devenir une référence en MotoGP et en WorldSBK. Domenicali nous l’expliquait récemment : Ducati finance ses investissements grâce à ses propres résultats et souhaite que les ressources qu’elle génère continuent d’être réinvesties dans son développement.
Une éventuelle « italianisation » ne pourrait donc difficilement se résumer à planter un drapeau tricolore devant Borgo Panigale. Il faudrait conserver la capacité d’investir.
Le patriotisme industriel ne suffira pas
Recherche, électronique, développement moteur, compétition, production et réseau commercial mondial : Ducati est aujourd’hui une entreprise beaucoup plus complexe que celle rachetée par Audi en 2012.
C’est probablement le principal défi du projet évoqué par Orsini. Réunir suffisamment de capitaux pour acheter Ducati serait une chose. Garantir ensuite les moyens nécessaires pour continuer à combattre les géants mondiaux de l’industrie motocycliste en serait une autre.
Un retour sous contrôle italien n’aurait donc véritablement de sens industriel que si le futur actionnariat pouvait préserver cette autonomie et cette capacité d’investissement. Et Orsini semble déjà avoir identifié l’homme chargé d’assurer la continuité.

Domenicali resterait au centre du jeu Ducati
Le président de la Confindustria a publiquement apporté son soutien à Claudio Domenicali, qu’il considère comme « extrêmement compétent » pour continuer à diriger Ducati. L’idée qui commence à émerger n’est donc pas celle d’un démantèlement de l’organisation actuelle, mais plutôt celle d’un changement éventuel d’actionnaires avec maintien du management et du modèle industriel.
Ducati redeviendrait italienne par son capital sans renoncer à ce qu’elle est devenue sous contrôle allemand. Du moins est-ce l’ambition affichée.
De Ferrari à un tour de table italien ?
Cela change également la perspective ouverte par les rumeurs autour de Ferrari. L’hypothèse la plus spectaculaire consistait à imaginer une autre grande marque italienne reprendre directement Ducati.
L’intervention d’Orsini fait apparaître une autre possibilité : un ensemble d’entrepreneurs italiens, dont la composition reste totalement inconnue à ce stade. Et c’est peut-être désormais le dossier à surveiller.
Ducati n’est pas à vendre, mais l’Italie se prépare déjà au cas où elle le deviendrait. Après quatorze ans sous Audi et Volkswagen, le plus difficile ne serait pourtant pas de ramener juridiquement Ducati à la maison. Ce serait de lui offrir suffisamment de moyens pour qu’elle n’ait aucune raison de regretter son propriétaire allemand.
Et en désignant déjà Claudio Domenicali comme l’homme à conserver aux commandes, Emanuele Orsini semble avoir compris que récupérer le drapeau ne servirait à rien si l’on abîmait entre-temps ce qu’il flotte aujourd’hui au-dessus de Borgo Panigale.









