Le MotoGP n’a finalement pas choisi la rupture. Le format qui a profondément transformé le championnat ces dernières années restera en place : les courses Sprint du samedi et les Grands Prix du dimanche sont confirmés. En revanche, une autre idée, beaucoup moins spectaculaire mais potentiellement lourde de conséquences, est désormais sérieusement étudiée : limiter les équipes à une seule moto durant une partie du week-end. L’objectif est clair : réduire les coûts, limiter les risques et recentrer les performances sur les moments les plus importants du week-end.
Depuis plusieurs jours, cette hypothèse suscite de nombreuses interrogations dans le paddock. Paolo Pavesio, directeur général de Yamaha Racing, a tenu à calmer le jeu. « Aucun changement du format des courses n’est prévu », explique-t-il. Le Sprint et le Grand Prix conserveront bien leurs deux motos par pilote. La réflexion porte uniquement sur certaines séances d’essais ou de préparation.
L’idée est simple : si un pilote chute le vendredi matin, il ne pourra plus immédiatement repartir sur une deuxième machine, ce qui pourrait naturellement réduire la prise de risques lors des séances les moins décisives.
Pour Yamaha, cette réflexion dépasse largement la seule question financière. « Nous cherchons à protéger le principal actif du MotoGP : les pilotes. » En réduisant le nombre de motos disponibles durant certaines séances, les constructeurs espèrent également limiter le nombre de tours parcourus, diminuer les accidents lors des essais et concentrer les performances maximales sur les qualifications, le Sprint et la course principale.
Pavesio insiste toutefois sur un point essentiel : rien n’est encore définitivement adopté. « Personne n’a décidé que le MotoGP passerait à une seule moto. C’est simplement une piste de travail. »
Cette réflexion s’inscrit dans une évolution plus globale. Les futures MotoGP de 2027 seront déjà moins extrêmes : moteur réduit à 850 cc ; aérodynamique simplifiée ; disparition des dispositifs d’abaissement de la moto et recherche d’une vitesse maximale moins élevée.
Selon Pavesio, ces mesures répondent à une réalité devenue difficile à ignorer. « Les motos devenaient trop rapides pour certains circuits. Les zones de dégagement ne suffisent plus et les spectateurs sont parfois très éloignés de l’action. » L’idée n’est donc pas de ralentir le spectacle, mais de rendre les courses plus sûres et plus lisibles.

Ducati appelle à la prudence sur le concept de la moto unique
Chez Ducati, Davide Tardozzi partage sur GPOne globalement cette approche tout en rappelant que rien n’est encore figé. « Nous avons trouvé un compromis, mais il reste encore plusieurs mois pour écrire précisément le règlement. »
Selon lui, comme lors de l’arrivée des courses Sprint, tout le paddock finira par s’adapter. « Avec quarante ans d’expérience dans ce paddock, je sais que toutes les équipes trouveront des solutions. »
La principale interrogation concerne désormais les préqualifications. Aujourd’hui, une chute peut être effacée rapidement grâce à la deuxième moto. Demain, si un pilote ne dispose que d’une seule machine pendant ces séances, une simple erreur pourrait compromettre tout son week-end, notamment l’accès direct à la Q2.
Tardozzi reconnaît que cette question devra être étudiée avec beaucoup d’attention. « Une chute pourrait effectivement avoir davantage de conséquences. Mais chaque évolution comporte des avantages et des inconvénients. Il faudra analyser toutes les situations avant de prendre une décision définitive. »
Au fond, cette réforme illustre parfaitement la philosophie qui accompagne l’arrivée de Liberty Media et du nouveau cycle réglementaire. L’objectif n’est pas de transformer le MotoGP, mais de conserver ce qui fait sa force tout en maîtrisant des coûts devenus très élevés et en améliorant la sécurité.
Le spectacle restera centré sur les qualifications, le Sprint et le Grand Prix. En revanche, les journées de préparation pourraient devenir moins frénétiques, avec des pilotes davantage contraints de gérer leur matériel et leurs risques.
Si cette mesure est finalement adoptée, elle modifiera profondément la stratégie des équipes sans changer ce que les supporters voient le plus : la bataille pour la victoire le samedi et le dimanche. C’est probablement ce type de réforme que recherche aujourd’hui le MotoGP : faire évoluer le championnat sans lui faire perdre son identité.





























