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Dans les forêts moraves, sur un ruban de route long de 29 kilomètres, les flèches d’argent de Mercedes et d’Auto Union défient les lois de la physique : c’était Brno dans les années 1930, un circuit  » Oldies  » d’une audace inouïe, né d’une passion et d’une volonté farouche, dont l’Automotodrom de Brno, récemment rebaptisé CREDITAS Autodrom Brno, est aujourd’hui l’héritier moderne de ce mythe qui accueille de nouveau le MotoGP. 

De ses origines légendaires à son avenir tout tracé, plongeons dans l’histoire fascinante de ce temple de la vitesse.

Les origines : le circuit Masaryk (années 1930)  Oldies Brno

L’aventure commence au printemps 1930. Sous l’impulsion de la légendaire pilote tchèque Eliška Junková, surnommée la « Première dame » du sport automobile tchécoslovaque, on construit un circuit audacieux à travers les collines à l’ouest de Brno.

Inauguré le 28 septembre 1930, jour de la Saint-Venceslas, il est nommé en l’honneur du premier président de la Tchécoslovaquie, Tomáš Garrigue Masaryk.
Ce circuit routier de 29,1 km de long était une véritable épreuve de courage et de mécanique. Plus long que la célèbre Nordschleife du Nürburgring, il comptait plus de 128 virages, mêlant asphalte, béton et pavés à travers les villages de Kohoutovice, Žebětín, Ostrovačice et Bosonohy.

 

 

Dès sa première année, il attire l’élite du sport automobile européen, avec des légendes comme Tazio Nuvolari, Rudolf Caracciola, Bernd Rosemeyer et Louis Chiron, ce dernier s’imposant à trois reprises consécutives (1931, 1932, 1933).

 

Les Flèches d’Argent d’Auto Union et de Mercedes dominent les éditions suivantes, jusqu’à la dernière course d’avant-guerre en 1937.

 

L’évolution et les courses d’après-guerre (1949-1982) Oldies Brno

Après la guerre, la passion renaît. Mais le monde a changé ; la Tchécoslovaquie est désormais derrière le rideau de fer. En 1949, la compétition reprend sur un circuit réduit à 17,8 km. L’année suivante, les motos font leur apparition, appelées à devenir la véritable âme du circuit. Le Grand Prix de Tchécoslovaquie, rebaptisé « Course de l’Amitié des Nations » et qui ne fait pas encore partie du Championnat du monde, devient un événement majeur du bloc de l’Est, attirant des centaines de milliers de spectateurs. La tour de contrôle était alors en bois…

Pour des raisons politiques, les courses automobiles déclinent, laissant progressivement la place aux motos. À noter que les rêves de Liberty Media y ont déjà été réalisés…

Le circuit est encore raccourci à 13,94 km en 1965, et la même année, le Grand Prix de Tchécoslovaquie entre enfin dans le championnat du monde de vitesse moto.

C’est l’âge d’or du Masaryk, où se produisent des géants comme Mike Hailwood, vainqueur de la toute première course 500 cm³, ou Giacomo Agostini. La sécurité devient cependant une préoccupation majeure. Malgré un dernier raccourcissement à 10,92 km en 1975, la piste, tracée sur des routes publiques, est jugée trop dangereuse.

La dernière course de la catégorie reine sur le tracé routier a lieu en 1978, et le championnat quitte définitivement Brno après 1982.

La naissance de l’Autodrom moderne (1987) Oldies Brno

Face à cette échéance, les autorités tchécoslovaques décident de construire un circuit permanent. Les travaux commencent en 1985 et, le 18 juillet 1987, un nouveau chapitre s’ouvre avec l’inauguration de l’Automotodrom de Brno.

Ce circuit de 5,4 kilomètres, avec ses 14 virages et ses dénivelés naturels, conserve l’esprit du tracé routier tout en répondant aux normes de sécurité modernes. Dès sa création, il réintègre le championnat du monde de vitesse moto, accueillant le Grand Prix de Tchécoslovaquie jusqu’en 1991.

L’ère MotoGP et les défis récents (1993 à aujourd’hui) Oldies Brno

Après une année d’absence en 1992, liée à la dissolution de la Tchécoslovaquie, le Grand Prix réapparaît en 1993 sous le nom de Grand Prix de République tchèque. Le circuit devient alors un rendez-vous incontournable, apprécié des pilotes pour son tracé fluide et technique. Valentino Rossi (1ere victoire en GP en 1996, 1er titre en 1997), Max Biaggi ou Marc Márquez inscrivent leurs noms au palmarès, Randy de Puniet (2003), Alexis Masbou (2014) et Johann Zarco (2015) aussi, et Brno s’impose comme l’un des circuits les plus fréquentés du calendrier après Assen.

Il permet aussi à Karel Abraham, le fils du propriétaire, de passer de belles années sous les couleurs AB Cardion…

Cependant, l’organisation du MotoGP devient financièrement difficile, et la pandémie de COVID-19 porte un coup fatal. En 2021, le Grand Prix disparaît du calendrier.

L’arrivée du groupe Shakai appartenant à l’homme d’affaires Karel Hubáček comme nouveau propriétaire donne un nouvel élan en 2023. L’histoire de Brno n’est décidément pas un long fleuve tranquille, et une annonce officielle s’inscrit dans une dynamique de modernisation, avec un nouvel investisseur et des travaux de mise à niveau : le MotoGP fera son grand retour à Brno dès la saison 2025, avec un contrat jusqu’en 2029.

En avril 2026, le circuit change de nom pour devenir le CREDITAS Autodrom Brno. Le circuit est également habilité à accueillir des courses de FIA Grade 2, confirmant son statut d’infrastructure capable d’accueillir le haut niveau automobile.

De circuit routier démesuré à autodrome moderne en passant par la parenthèse tragique de la guerre, Brno a su traverser les époques. Aujourd’hui, alors que les moteurs MotoGP s’apprêtent à y rugir à nouveau, le CREDITAS Autodrom Brno tourne une nouvelle page de sa riche histoire, sans jamais oublier les exploits des Nuvolari et des Hailwood qui ont forgé sa légende.

En savoir (beaucoup) plus : 
https://www.automotodrombrno.cz/en/about-circuit/history/
https://www.motogpczechia.com/en/history
https://www.moto.cz/okruhy-a-historie/byvale-ceske-okruhy/74-brno