L’année prochaine, Pecco Bagnaia rejoindra Aprilia pour quatre ans, et, oui, il peut encore marquer l’histoire au sein de la firme de Noale. Dans un précédent papier, je me suis penché sur la séparation entre « Go Free » et Ducati, sa maison de toujours. Aujourd’hui, je désire me concentrer sur l’avenir, soit son futur passage chez Aprilia. A-t-il fait le bon choix ? Aprilia prend-elle un risque ? Analyse.
Pecco Bagnaia, une histoire à ne pas oublier
Entrons tout de suite dans le vif du sujet. Personnellement, je pense que Pecco Bagnaia peut réussir chez Aprilia. L’Italien n’a jamais eu beaucoup de succès auprès des fans, j’ai pu le constater à de nombreuses reprises depuis que j’écris des articles – et que je le défends. Car, oui, j’ai souvent admis que Pecco Bagnaia m’impressionnait beaucoup ; certaines de ses victoires comptent parmi les plus ahurissantes de ces vingt dernières années, et je pèse mes mots. De 2022 à 2024, l’officiel Ducati était parfois intouchable, grandiose, beau sur la moto.

Peu ont été conquis de la sorte, mais l’honnêteté intellectuelle devrait forcer certains à reconnaître ses chef d’œuvres. Je pense au GP d’Espagne 2024, à Sepang 2022, Mandalika 2023, et bien d’autres prouesses que n’ont jamais égalé ses rivaux. Si l’on imagine une sorte de période biaisée par l’absence de Marc Marquez au plus haut niveau, de 2020 à 2025, il est le pilote qui ressort le plus de cette ère. Loin de Jorge Martin, et encore plus loin de Fabio Quartararo d’après mon humble avis.
Comme vous, j’attendais ce duel au sommet en 2025, et, en fait, il n’eut jamais lieu. La renaissance de Marc Marquez coïncidait avec la descente aux enfers de Pecco Bagnaia, qui, à cause de raisons principalement techniques, n’a pas su relever le défi. En résulta une saison horrible, l’une des plus désastreuses pour une star au XXIe siècle. En 2026, il continue sur cette lancée, avec moins de moments disgracieux, certes, mais une vitesse toujours pas retrouvée – couplée à une perte de motivation d’après certaines sources.
Cependant, je crois qu’Aprilia peut relancer Bagnaia. Il a besoin d’un nouveau défi, d’une nouvelle famille. L’Italien a préféré aller chez Aprilia plutôt que chez Yamaha, qui aurait proposé plus d’argent (environ trois millions de plus par an d’après des rumeurs), juste pour se sentir de nouveau compétitif. C’est la décision d’un champion, d’un grand pilote. Je pense réellement qu’il peut s’avérer payant.
Une Aprilia au niveau ?
Vous le savez, tout va changer en 2027. Pneus, moteurs, aéro, et j’en passe. Je le répète encore une fois : on ne peut pas anticiper la hiérarchie des constructeurs à venir. C’est impossible. Autant, Honda va totalement réussir, autant, ils vont faire comme Aston Martin en F1 cette saison, soit être largués. Il en va de même pour les autres, et, par le fait, Aprilia.
Une fois que cela est dit, je vais quand même vous livrer un pronostic quant à la future RS-GP. J’ai déjà fait de même pour toutes les autres. D’après moi, la bête noire sera la deuxième meilleure machine en MotoGP l’année prochaine. À concessions égales, j’imagine Ducati devant, d’accord, mais KTM a accusé beaucoup de retard ces dernières saisons comparé à Aprilia, leur ancien rival du midfield. Je crois plus en Honda que Yamaha, mais la firme ailée a encore des problèmes inhérents à sa philosophie nippone, qui seront très difficiles à masquer malgré l’importance de ce changement de réglementation. Aprilia joue en haut maintenant, alors, pourquoi ne pourraient-ils pas le faire aussi l’année prochaine ?

De plus, la dynamique est également excellente. Massimo Rivola est mon boss préféré, je le trouve souvent juste, pertinent. On voit qu’il insuffle une mentalité particulière, qui, de toute évidence, marche. Fabiano Sterlacchini est une référence à la conception, et l’équipe, formée aux coups de sang d’Aleix Espargaro, exécute bien mieux qu’avant. Les ingénieurs de Noale sont constamment au-devant de l’innovation, ils l’ont prouvé en repoussant les standards de l’aérodynamique en moto ces dernières années, avec des avancées aujourd’hui adoptées par toute la concurrence. Je ne vois pas pourquoi cet esprit changerait avec un nouveau règlement, en sachant que l’aéro aura une part encore plus importante l’année suivante, d’après les retours de certains acteurs du paddock – là où Honda, des dires de Marini, négligeait cette science il y a seulement deux ans. Bien sûr, je peux me tromper, ce n’est là qu’un pronostic.
Aprilia fait un pari risqué
Maintenant, parlons un peu de la seule ombre au tableau, à savoir, les incertitudes autour de Bagnaia. Je trouve personnellement qu’un peu comme avec Bezzecchi à la fin de saison 2023, Noale prend un risque à signer Bagnaia maintenant. Mine de rien, il sortira de deux saisons a priori horribles pour un champion de son calibre, et n’a connu que la Desmosedici en MotoGP avant cela. Oui, ça a relativement bien fonctionné pour le « Bez », mais rien ne dit que ça sera identique pour son grand copain.
Ensuite, et c’est ma plus grosse interrogation, la durée du contrat. Aprilia a donné quatre ans à Bagnaia, c’est juste énorme à l’heure des mariages d’un an ou deux maximum. Pecco affirmait que c’était une condition sine qua non, mais bon, je trouve qu’Aprilia était quand même en position de force dans cette affaire, car ils marchent bien mieux que lui en ce moment. Pecco a déjà 29 ans, il aura donc 33 ans au terme de cette association – c’est assez risqué au vu du nombre de chutes élevées auquel son style l’expose, et aux blessures ambiantes en MotoGP à l’ère moderne. C’est un point à surveiller absolument, et qui me fait assez peur, pour être honnête.
Je suis curieux de savoir ce que vous pensez de cette future association. Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Michelin Motorsport









