L’équipe de Motosan a eu l’occasion d’interviewer Jonathan Rea, le nouveau champion du monde de Superbike, six fois couronné. Le pilote Kawasaki a analysé le déroulement de la saison 2020 et a fait savoir qu’il sera en compétition pendant un certain temps encore.

2020 est une année inhabituelle. Étrange en ce sens qu’une pandémie mondiale a éclaté dans la vie quotidienne de chacun, en faisant de nombreuses victimes. Pour les pilotes du Mondial Superbike, il n’y a pas eu d’alternative que de se battre dans le cadre de la nouvelle normalité. Jonathan Rea (Ballymena, Royaume-Uni), a fait perdurer cette normalité dans son propre domaine : il a magnifié son exploit avec une nouvelle couronne, la sixième d’affilée.

Le pilote nord-irlandais, associé à sa Kawasaki, a une nouvelle fois été sacré champion du monde du WorldSBK, cette fois lors de la dernière épreuve de la saison à Estoril. Sa carrière a été réécrite. Jonathan Rea symbolise la légende dans ce championnat et reste, de loin, le pilote ayant remporté le plus grand nombre de titres mondiaux dans l’histoire du Superbike mondial.

Alors que de fougueux pilotes étaient désireux de briser l’emprise que Rea leur avait imposée durant cinq ans, celui-ci a montré une fois de plus que ses statistiques au championnat sont toujours en bonne voie. 99 victoires, 185 podiums, un nombre record de points et un avenir du Superbike qui semble ne pas pouvoir être envisagé sans le sextuple champion du monde.

Quelle est votre vision générale de la saison 2020 (en tenant compte des conséquences de la pandémie, de ses effets sur le calendrier et la vie quotidienne du paddock) ?

« En 2020, cela a été très difficile pour tout le monde, surtout au début de la saison quand nous avons réalisé que nous n’aurions peut-être pas de championnat. Nous avons eu beaucoup de chance car Dorna et tous les circuits ont fait une saison. Pour être honnête, nous avons eu plus de courses que je ne le pensais, et la vie au jour le jour dans le paddock a été très différente. Tout le monde porte des masques, pas d’hospitalités, tous les espaces sont aérés quand on mange. C’était dur, et surtout le plus étrange était quand on avait un bon résultat : l’équipe était très loin ! Pour moi, l’ambiance était nulle, mais au final, nous avons eu un championnat et c’est ce qui compte le plus. »

En ce qui concerne la partie compétition, quelles différences avez-vous remarquées par rapport à la saison dernière ?

« En ce qui concerne la compétition, c’est comme à chaque saison, il faut s’adapter aux conditions changeantes. La saison a été beaucoup plus intense du point de vue du calendrier. Nous avons eu beaucoup de courses consécutives, et d’août à octobre, nous avons couru presque tous les weekends ou un weekend sur deux. Nous devions donc rester très concentrés, ne pas faire d’erreurs ni nous blesser. »

Quelle a été la chose la plus facile et la plus difficile pour vous cette saison ?

« La partie la plus difficile de la saison a certainement été les voyages. Se déplacer dans le monde entier pendant la pandémie a été difficile. Mon équipe a exigé un règlement selon lequel tous les membres à l’intérieur de la zone devaient être testés par PCR. Nous devions donc être super attentifs lors de chaque course, mais au final, c’est devenu normal. La chose la plus facile de la saison a été le calendrier du weekend, car il n’y avait pas de visites de la pitlane pour les fans, pas de spectacle dans le paddock, pas de médias, la fréquentation était vraiment faible. Pour être honnête, il y avait beaucoup de temps libre pendant le weekend par apport à ce que nous avons normalement. Les fans m’ont manqué, mais c’était facile du point de vue du calendrier. »

Scott Redding a été votre principal rival pour le championnat. Qu’est-ce qui a été un plus grand challenge pour vous, Bautista – Ducati ou Redding – Ducati ?

« Il est très difficile de comparer Bautista et Redding car ils ont été très différents et je ne veux pas en parler de manière négative. Bautista a commencé la saison beaucoup plus fort que Scott. Il a gardé son avance au Championnat et a ensuite fait beaucoup d’erreurs. Et d’un autre côté, Scott n’a pas fait beaucoup d’erreurs, mais il a eu besoin de temps pour comprendre la V4 R. Ce n’est peut-être pas la moto parfaite pour lui. C’est une moto qui convient aux petits pilotes comme Álvaro ou Rinaldi, mais dans la mesure où c’est un plus grand défi, c’est plus difficile. »

Avez-vous ressenti plus de pression, car il y avait moins de points d’écart avec l’équipe classée deuxième (Redding) et avez-vous déjà pensé aux possibilités de perdre le titre ?

« Tout d’abord, je n’ai jamais vraiment pensé perdre le titre. En Australie, j’ai été très déçu d’avoir chuté dans la première course, mais mentalement, je me suis remis très vite et j’ai pu remporter la deuxième course. À ce moment-là, nous pensions que ce serait une longue saison de 13 courses, mais cela a changé. Le fait est que Scott était plus régulier qu’Álvaro mais, deuxième point, c’était un championnat de 8 courses au lieu de 13, donc il serait presque impossible d’atteindre la même différence de points avec si peu de courses, et oui, j’ai essayé de penser de manière positive. »

Avez-vous vu une plus grande égalité entre les usines cette saison ? 

« La plus grande différence cette année, c’est que Yamaha a fait un bon pas en avant avec ses deux pilotes, Van der Mark et Toprak, alors que, dans le passé, c’était plus difficile pour eux d’être là chaque weekend. Baz et Gerloff ont également été dans la mêlée, c’était donc la plus grande différence. Le combat avait toujours eu lieu entre Ducati et Kawasaki mais pas Yamaha jusqu’à présent. »

Voyez-vous des adversaires forts, ou qui pourraient se démarquer, pour la saison prochaine ?

« À propos de la nouvelle saison, il est toujours très difficile de dire maintenant si Scott va être là et progresser. Toprak a terminé la saison très fort… Il faut attendre et voir. »

À combien de titres pensez-vous pouvoir aspirer ? Combien de temps pensez-vous pouvoir être compétitif ? 

« Je sens que je peux être compétitif pendant de nombreuses saisons. Mon corps est dans une bonne condition, tout comme mon mental, et je me sens prêt à affronter la situation du coronavirus pendant très longtemps. J’ai pu recharger mon mental et cela m’a donné beaucoup plus de motivation. Je ne sais pas combien de temps, je ne veux pas limiter ma carrière, mais je sens que je peux encore courir pour gagner encore plus de titres mondiaux. »

Pensez-vous que vous auriez pu remporter la 100e victoire à Estoril ? Même ainsi, vous êtes le pilote avec le plus de victoires dans l’histoire du Superbike…

« Après les qualifications, c’était très difficile, car partir de la 15e position a été difficile. Ce n’était peut-être pas le circuit parfait pour nous car nous n’avons pas testé là-bas. Nous n’avons jamais eu l’opportunité d’obtenir une configuration parfaite, alors que maintenant nous avons beaucoup plus d’informations et nous pouvons être forts l’année prochaine. »

Avez-vous d’autres objectifs à atteindre, ou des défis personnels ?

« Mon grand objectif maintenant est de remporter une centaine de victoires en SBK, c’est très proche mais c’est ça. Améliorer également mes sensations, continuez à profiter des courses et à ne pas me blesser. »

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Mónica Collantes

Photo: WorldSBK.com



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