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Ducati

Il existe des motos conçues pour être vendues. D’autres pour être rentables. Et puis il y a celles qui naissent d’une idée beaucoup plus sexy : prouver jusqu’où on peut aller quand on arrête de se poser la moindre limite. Et c’est le cas de cette famille Ducati. 

La Ducati Superleggera appartient à cette dernière catégorie, celle des machines qui ne cherchent ni la logique, ni le volume, ni même la cohérence industrielle, mais qui s’imposent comme une démonstration brute de ce que la passion peut produire lorsqu’elle prend le dessus sur tout le reste.

Tout commence par une folie : mettre une MotoGP sur la route … Avant même que le nom “Superleggera” n’existe, Ducati avait déjà franchi une ligne que personne n’osait approcher. En 2007, la Desmosedici RR n’était pas une superbike améliorée. C’était autre chose. Une MotoGP adaptée à la route, produite en série limitée, sans véritable compromis, sans filtre, sans justification autre que celle de dire : voilà ce que nous savons faire.

Et à partir de là, tout était écrit. La Superleggera n’allait pas être une version plus légère. Elle allait devenir une philosophie. En 2014, l’obsession devient une méthode.

Avec la 1199 Superleggera, Ducati ne cherche plus à impressionner, mais à atteindre un objectif presque abstrait : le meilleur rapport poids/puissance imaginable sur une moto de série.

Carbone, titane, magnésium… chaque gramme devient un ennemi à abattre, chaque pièce est repensée, allégée, remplacée, jusqu’à obtenir une machine de 200 chevaux pour 155 kilos à sec, soit un ratio proche de 1:1, un chiffre qui, à lui seul, suffit à comprendre que l’on ne parle plus d’une moto “normale”.

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Le sommet Ducati, la Superleggera V4 Centenario

Mais surtout, on ne parle plus d’une Panigale modifiée. On parle d’un projet autonome. En 2017, Ducati franchit une limite que même la route refusait. Avec la 1299, Ducati ne se contente plus d’alléger. Elle ose.

Un cadre entièrement en carbone, un bras oscillant du même matériau, une structure complète pensée comme un prototype de course… alors même que ce type de solution reste extrêmement difficile à maîtriser, notamment en termes de flexibilité, essentielle au comportement d’une moto. C’est ici que la Superleggera devient autre chose qu’une démonstration. Elle devient une expérimentation à ciel ouvert.

En 2020, la bascule MotoGP est totale avec la V4 Superleggera. Ducati ne fait plus semblant. Le bicylindre disparaît, remplacé par un V4 directement dérivé du MotoGP, et surtout, un élément jusque-là réservé à la compétition fait son apparition sur route : l’aérodynamique fonctionnelle.

Des ailerons, du véritable appui, une influence directe sur le comportement dynamique… pour la première fois, une moto homologuée route ne se contente pas d’imiter le MotoGP, elle en adopte les principes fondamentaux.

Et comme si cela ne suffisait pas, Ducati pousse l’expérience encore plus loin avec un kit circuit complet, transformant la machine en véritable passerelle entre la route et la piste.

Et nous voilà en 2026 avec un opus plus puissant… mais toujours aussi irrationnel. 247 chevaux. 173 kilos. Sur le papier, ce n’est pas la plus légère, ni la plus rapide, ni même la plus “efficace” au sens strict. Mais ce n’est pas le sujet. Car la Superleggera n’a jamais été conçue pour gagner des comparatifs.

Elle a été conçue pour explorer ce qui se passe lorsque l’on retire toutes les contraintes à une superbike, lorsque l’on cesse de demander “est-ce raisonnable ?” pour ne garder qu’une seule question : jusqu’où peut-on aller ?

Une moto qui n’a aucun sens… donc une moto essentielle … La Superleggera ne sert à rien, au sens où l’entend l’industrie. Elle ne vise pas le volume, ni la rationalité, ni même l’utilité. Et pourtant, elle est indispensable.

Parce qu’elle rappelle une chose que l’on oublie trop souvent dans un monde de plus en plus normé, optimisé, rationalisé : la moto n’est pas seulement un produit, c’est aussi une obsession. Et quand cette obsession prend le dessus, elle donne naissance à des machines qui n’auraient jamais dû exister… mais que personne ne veut voir disparaître.

La Superleggera n’est pas faite pour être « rentable » ou « confortable ». C’est un manifeste technologique qui prouve qu’avec assez de carbone, de titane et de passion, la frontière entre le rêve et la piste n’existe plus.

D 2020

 

 

 

 

 

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