Moto GP
Publié le 1 août 2026 • 06:30 par André Lecondé

Pirelli désigne déjà les meilleurs élèves des essais MotoGP 2027 : Ducati et KTM impressionnent par leur méthode

Giorgio Barbier, directeur de la compétition chez Pirelli, a salué le niveau d'organisation et la rigueur méthodique de Ducati et KTM.

Pirelli

La première grande répétition générale du MotoGP 2027 s’est tenue à Brno, quelques jours après le Grand Prix de République tchèque. Pour la première fois, les cinq constructeurs ont mis en piste leurs prototypes de 850 cc, chaussés des nouveaux pneumatiques Pirelli qui remplaceront Michelin à partir de la saison prochaine. Si ces essais ne permettent pas encore de savoir qui disposera de la meilleure moto, ils offrent déjà un premier aperçu de la manière dont chaque constructeur aborde cette révolution technique. Et, selon Giorgio Barbier, directeur de la compétition chez Pirelli, deux usines se distinguent déjà nettement : Ducati et KTM.

L’essai de Brno constituait une étape majeure dans la préparation de la nouvelle réglementation. Toutes les usines étaient représentées avec des pilotes de premier plan : Ducati avec Marc Marquez et Fermin Aldeguer ; Aprilia avec Marco Bezzecchi et Raul Fernández ; Honda avec Joan Mir et Luca Marini ; KTM avec Pedro Acosta, Dani Pedrosa et Pol Espargaró ; et Yamaha avec Toprak Razgatlioglu et Augusto Fernandez.

Au-delà des performances chronométriques, cette journée devait surtout permettre aux ingénieurs de recueillir leurs premières données sur l’association entre les nouvelles motos, l’aérodynamique simplifiée et les pneus Pirelli.

Interrogé par Speedweek, Giorgio Barbier reste extrêmement prudent. « Il est encore beaucoup trop tôt pour dire si un constructeur possède un avantage. » Les prototypes continueront d’évoluer pendant de longs mois, rendant toute hiérarchie actuelle largement provisoire. En revanche, le responsable italien estime déjà pouvoir juger la qualité des méthodes de travail.

Pirelli

Pour Pirelli, Ducati et KTM montrent la voie

Sur ce point, Barbier est particulièrement élogieux envers deux constructeurs. « Les ingénieurs, les mécaniciens et les équipes travaillent à un niveau extrêmement élevé, notamment chez Ducati et KTM. J’apprécie énormément de travailler avec eux, car leur niveau de connaissances est remarquable. » Pour Pirelli, la différence ne réside pas seulement dans les compétences techniques. Elle apparaît surtout dans la manière d’organiser les essais.

Selon Barbier, Ducati et KTM appliquent une discipline très stricte lors de leurs journées de tests. Chaque sortie en piste poursuit un objectif clairement défini. « Lorsqu’ils veulent tester un élément aérodynamique, électronique ou lié aux pneumatiques, ils se concentrent uniquement sur ce point. Ils n’essaient pas d’évaluer plusieurs nouveautés simultanément. »

Cette approche méthodique facilite énormément l’interprétation des résultats. À l’inverse, multiplier les évolutions lors d’une même séance rend beaucoup plus difficile l’identification de l’origine d’un gain… ou d’un problème.

Barbier souligne également le professionnalisme des pilotes d’essai employés par les deux constructeurs. « Ils ont la bonne attitude. Ils savent exactement ce qu’ils font et cela nous aide énormément dans notre travail. » Dans une phase de développement aussi complexe, la qualité du retour des pilotes est presque aussi importante que la vitesse pure. Chaque sensation doit pouvoir être corrélée aux données recueillies par les ingénieurs.

Pour le manufacturier italien, l’enjeu dépasse largement les performances des constructeurs. Après plus de vingt ans d’expérience en WorldSBK, Pirelli s’apprête à relever l’un des plus grands défis de son histoire en devenant le fournisseur unique du MotoGP. Les essais collectifs jouent donc un rôle essentiel.

« Lorsque tous les constructeurs roulent sur le même circuit et dans les mêmes conditions, nous obtenons les meilleures informations possibles. » Comparer les comportements des différents prototypes dans un environnement identique permet d’accélérer considérablement le développement des futurs pneumatiques.

Barbier rappelle également combien le contexte a changé. À une époque, notamment en Superbike, certains constructeurs disposaient de pneus spécifiquement développés pour leurs motos, voire de gommes réservées à certains pilotes officiels.

Aujourd’hui, la philosophie est totalement différente. « Désormais, tout le monde travaille avec le même matériel. Cela simplifie énormément notre développement. » Cette uniformisation permet aux ingénieurs de Pirelli d’obtenir des retours beaucoup plus cohérents.

Si Ducati et KTM reçoivent aujourd’hui les compliments de Pirelli, cela ne signifie pas pour autant qu’ils domineront automatiquement le MotoGP 2027. Les essais de Brno ne constituent qu’une première étape d’un développement qui se poursuivra jusqu’au début de la saison prochaine. Les prototypes évolueront encore profondément, tout comme les pneumatiques eux-mêmes.

Mais une chose apparaît déjà clairement : dans une période de révolution technique, la méthode de travail devient presque aussi importante que le talent des pilotes ou la puissance des moteurs.

À ce jeu-là, Ducati confirme sa réputation de référence en matière de développement, tandis que KTM démontre qu’elle possède désormais une organisation capable de rivaliser avec les meilleures usines du championnat. Si ces premiers enseignements ne désignent pas encore le futur champion du monde, ils montrent en revanche quelles équipes abordent la nouvelle ère du MotoGP avec le plus de rigueur et de préparation.

Giorgio Barbier, le patron de Pirelli Racing