À Jerez, l’ambiance dans le box Yamaha est glaciale. Fabio Quartararo, d’ordinaire combatif, affiche un visage marqué par le découragement et l’incompréhension en ce jeudi 23 avril 2026. Ses propos, d’une franchise brutale, révèlent l’ampleur du désastre technique chez la firme d’Iwata : le passage au moteur V4 a, pour l’instant, transformé la M1 en une machine méconnaissable et inefficace.
Il y a des interviews qui ressemblent à des langues de bois. Et puis il y a celles qui sonnent comme un aveu d’impuissance. Ce que vient de dire Fabio Quartararo à Jerez sur GPOne appartient clairement à la deuxième catégorie. Pas de détour, pas de faux espoirs, pas de discours calibré : simplement un pilote qui ne croit plus vraiment à la moto qu’il pilote.
La phrase est violente. Rare à ce niveau. « Je ne veux même pas regarder les données du quatre cylindres en ligne. Je sais déjà que nous serons très loin du compte. »
Ce n’est pas un manque de travail. C’est pire. C’est un constat. Quartararo sait. Avant même de rouler. Avant même d’analyser.
En 2025, la Yamaha n’était pas parfaite. Manque de puissance. Adhérence limitée. Mais elle avait une chose essentielle : du potentiel. Cinq poles. Un podium à Jerez. Une base exploitable. Puis Yamaha a basculé vers le V4.

Fabio Quartararo : « Je ne ressens absolument rien à l’avant et après tout, je ne suis pas ingénieur »
Un choix stratégique. Logique sur le papier. Mais aujourd’hui : « C’est le jour et la nuit. » Et pas dans le bon sens. Ce que décrit Quartararo n’est pas seulement une perte de performance. C’est une perte de repères. « Je ne ressens absolument rien à l’avant. »
Dans un MotoGP ultra-sensible à l’entrée de virage, cette phrase est un verdict. Sans avant, il n’y a pas de confiance. Sans confiance, il n’y a pas de vitesse.
C’est peut-être le passage le plus révélateur. « Je n’y prends pas autant de plaisir que l’an dernier. »
Ce n’est pas une plainte. C’est une alerte. Car Quartararo est un pilote instinctif. Un pilote de sensations. Et aujourd’hui, il roule contre la moto.
Il le dit lui-même, presque fataliste : « Yamaha était déterminé… après tout, je ne suis pas ingénieur. » Le choix du V4 a été imposé. Accepté. Subi. Et désormais, le pilote doit s’adapter à une direction qu’il n’a pas choisie.
La lucidité est totale. « Nous ne rattraperons pas le retard en un an. » Dans un championnat où chaque détail compte, cette phrase est lourde de conséquences. Elle signifie une chose simple : 2026 est déjà compromise.
Quand on lui parle de 2027, de la future 850 cc, Quartararo ne s’engage pas. « Je ne pense pas être la personne la mieux placée pour répondre. » Une manière élégante de dire qu’il n’est plus au centre du projet.
Quartararo ne crie pas. Il ne claque pas la porte. Mais il décrit une situation où tout s’est déréglé : une moto sans feeling. Un projet qu’il ne maîtrise pas. Un plaisir qui disparaît.
Et dans ce sport, quand un pilote de ce niveau commence à dire qu’il ne ressent plus rien… ce n’est jamais anodin. C’est souvent le début de la fin. Ou le signal qu’un changement devient inévitable.
À Jerez, circuit où il a tant brillé, Fabio Quartararo s’attend à une déroute. S’il ne retrouve pas un « feeling » avec l’avant lors des essais de lundi, la saison 2026 pourrait devenir l’une des plus sombres de sa carrière.
La question est posée : Fabio Quartararo peut-il encore trouver la motivation de « tout donner » pour une usine qui semble déjà avoir tourné la page avec ses futurs pilotes ?































