Honda a enfin officialisé l’arrivée de David Alonso en MotoGP à partir de 2027. Le champion du monde Moto3 rejoindra bien le constructeur japonais sous contrat direct avec HRC, mais une question demeure : pilotera-t-il immédiatement pour l’équipe officielle aux côtés de Fabio Quartararo ? Sur le papier, l’idée est séduisante. Dans les faits, ce serait probablement une erreur.
Honda a déjà montré les signes d’un investissement colossal autour de David Alonso. Le constructeur lui a promis une moto officielle, lui a affecté Santi Hernandez – l’ancien chef mécanicien de Marc Marquez – et compte clairement en faire l’un des visages de son projet 850 cc.
La tentation est donc grande de reproduire le scénario Marquez 2013 : promouvoir immédiatement un jeune prodige dans l’équipe officielle et lui donner toutes les clés du camion. Mais les situations sont très différentes.
Lorsque Marc Marquez débarque en MotoGP, il arrive déjà auréolé d’un titre Moto2 et d’une domination évidente dans la catégorie intermédiaire. David Alonso, lui, est encore en pleine phase d’apprentissage.
Certes, le Colombien est extrêmement talentueux. Personne n’en doute dans le paddock. Mais sa première saison en Moto2 rappelle surtout que le passage vers les grosses cylindrées est rarement une formalité. Après avoir terminé neuvième en 2025, il pointe actuellement à la quatrième place du championnat avec une seule victoire et un podium supplémentaire à mi-saison.
Ses performances progressent régulièrement, mais elles ne traduisent pas encore une domination suffisamment évidente pour justifier une promotion immédiate dans le plus prestigieux des box Honda. Honda semble d’ailleurs avoir revu quelque peu son calendrier initial.

Johann Zarco le professeur idéal ou Diogo Moreira l’oublié du projet Honda ?
L’autre paramètre du dossier s’appelle Diogo Moreira. Le Brésilien réalise une excellente première saison en MotoGP avec LCR Honda. Rapide, régulier et déjà capable d’aller chercher une sixième place, il possède surtout un avantage fondamental sur Alonso : il connaît déjà les subtilités du MotoGP. Et cela change tout à l’aube de la révolution technique de 2027.
Si Honda veut maximiser ses chances de retrouver rapidement le sommet, associer Fabio Quartararo à un pilote déjà expérimenté apparaît comme une solution beaucoup plus rationnelle que de miser immédiatement sur un rookie.
Envoyer David Alonso chez LCR constituerait finalement le scénario idéal pour tout le monde. D’abord pour Honda, qui conserverait un duo Quartararo-Moreira particulièrement crédible au sein de son équipe officielle. Ensuite pour Alonso lui-même. Être propulsé aux côtés d’un champion du monde comme Fabio Quartararo dans l’une des équipes les plus médiatisées du paddock représenterait une pression considérable pour un pilote qui découvre encore les subtilités de la Moto2 aujourd’hui. Chez LCR, il bénéficierait d’un environnement beaucoup plus favorable à son apprentissage.
Si Johann Zarco poursuit l’aventure avec LCR en 2027, l’intérêt devient encore plus évident. Le Français possède probablement l’une des plus grandes expériences techniques du plateau MotoGP. Son travail de développement chez Honda ces dernières saisons a été unanimement salué, et son approche méthodique pourrait s’avérer extrêmement précieuse pour un jeune pilote comme David Alonso. On oublie parfois que le plus grand talent d’un pilote ne garantit jamais une transition immédiate vers le succès en MotoGP.
Ces dernières années, le MotoGP a parfois eu tendance à vouloir accélérer artificiellement le développement des jeunes talents. Le paddock adore raconter l’histoire du futur Marc Marquez ou du futur Valentino Rossi. Pourtant, les carrières les plus solides sont souvent celles qui ont été construites progressivement.
David Alonso n’a que 20 ans. Son talent ne disparaîtra pas s’il passe une saison supplémentaire dans un environnement plus protecteur. Au contraire. Honda a signé David Alonso pour plusieurs saisons. Ce n’est donc pas la composition de l’équipe en 2027 qui importe le plus, mais celle de 2030.
Si le Colombien possède effectivement le potentiel que beaucoup lui prêtent, il deviendra naturellement un candidat évident pour l’équipe officielle après avoir acquis son expérience en MotoGP.
Le véritable défi de Honda n’est pas de faire de David Alonso une superstar dès son arrivée. Il est de faire en sorte qu’il le devienne dans cinq ans. Et cela passe peut-être par une décision qui paraît moins spectaculaire aujourd’hui : lui laisser simplement le temps de grandir.










