C’est le séisme que personne n’avait vu venir, et pourtant, il fait un sens absolu. Davide Brivio, l’homme providentiel du MotoGP, quitte le navire TrackHouse pour s’attaquer au plus grand défi de sa carrière : sortir le géant Honda de sa léthargie. Alberto Puig s’écarte, et c’est une page d’histoire qui se tourne au HRC.
Il y a des transferts de pilotes qui agitent le paddock pendant quelques jours, puis il y a les mouvements beaucoup plus silencieux, beaucoup plus politiques, ceux qui ne font pas immédiatement trembler les tribunes mais qui, en coulisses, peuvent modifier durablement la hiérarchie d’un championnat entier. L’arrivée annoncée de Davide Brivio chez Honda appartient clairement à cette seconde catégorie.
Car si les informations révélées par le journaliste Rosario Triolo se confirment, il ne s’agira pas simplement d’un changement de directeur d’équipe chez HRC. Ce sera la preuve que Honda prépare quelque chose de beaucoup plus ambitieux — et probablement beaucoup plus agressif — en vue de la révolution technique de 2027.
Selon ces révélations, Brivio doit prendre les commandes du projet MotoGP dès la saison prochaine, tandis qu’Alberto Puig serait progressivement écarté du centre du pouvoir pour endosser un rôle plus discret de conseiller. Officiellement, cette évolution serait notamment liée aux douleurs persistantes de Puig, dont les problèmes physiques l’ont déjà éloigné de plusieurs Grands Prix cette saison. Mais dans le paddock, peu de monde interprète cela comme une simple réorganisation interne anodine.

Davide Brivio, l’homme des défis, sa mission, ramener Honda au sommet
Parce que lorsqu’un constructeur comme Honda décide d’aller chercher Davide Brivio, il ne recrute pas seulement un manager. Il recrute un homme capable de reconstruire une culture de la victoire. Et c’est précisément ce qui rend cette opération si inquiétante pour les rivaux du HRC.
Brivio n’a pas simplement accompagné des projets gagnants ; il a souvent transformé des structures en difficulté en machines capables de devenir championnes du monde. C’est lui qui avait convaincu Valentino Rossi de rejoindre Yamaha à une époque où beaucoup pensaient que le pari était suicidaire. Derrière, l’Italien a participé à l’une des plus grandes dynasties modernes du MotoGP avec quatre titres mondiaux remportés par Rossi et un autre décroché par Jorge Lorenzo. Puis il a recommencé avec Suzuki, jusqu’au titre inattendu de Joan Mir en 2020.
Même son passage en Formule 1 n’a rien d’anecdotique : chez Alpine, il a participé à la seule victoire de la marque en Grand Prix.
Autrement dit, Honda ne va pas chercher un simple coordinateur technique. Honda va chercher un homme dont toute la carrière repose sur une idée très particulière : reconstruire des empires sportifs.
Et plus les semaines passent, plus les signaux envoyés par Honda commencent à converger dans la même direction.
Développement accéléré du prototype 850 cc. Rumeurs insistantes autour de Fabio Quartararo.
Intérêt grandissant pour David Alonso. Volonté d’aligner davantage de motos sur la grille. Discussions avec Tech3.Et maintenant Brivio.
À ce stade, il devient difficile de croire qu’il s’agit simplement d’un plan de reconstruction classique. Le plus révélateur dans cette histoire reste peut-être une phrase rapportée par Sky Italia « Honda a déterminé qu’elle avait besoin d’un modèle comme lui pour renouer avec la victoire. »
Le mot “modèle” est important ici. Parce qu’il montre que Honda ne cherche plus uniquement des solutions techniques. Le constructeur japonais semble désormais convaincu qu’il doit reconstruire toute sa méthode de fonctionnement s’il veut réellement redevenir la référence du MotoGP moderne. Et cette prise de conscience arrive probablement au bon moment.
Car pendant des années, Ducati a dominé le paddock avec une avance presque insolente : meilleure moto, meilleur développement, meilleure profondeur de grille, meilleure exploitation aérodynamique, meilleure organisation technique.
Mais depuis quelques mois, l’équilibre commence à bouger. Aprilia progresse à une vitesse impressionnante. KTM tente de survivre à sa restructuration. Yamaha prépare sa révolution V4.
Et Honda semble désormais prêt à reconstruire une véritable machine de guerre industrielle. L’autre victime potentielle de cette opération, évidemment, c’est Aprilia.
Parce que le départ de Brivio laisserait l’équipe TrackHouse dans une situation extrêmement délicate. Et le timing est terrible. Il intervient seulement quelques semaines après le départ surprise d’Ai Ogura vers Yamaha. Deux secousses majeures quasiment coup sur coup.
Or Brivio n’était pas seulement un directeur sportif chez TrackHouse. Il incarnait une partie de la crédibilité même du projet américain en MotoGP. Son réseau, son expérience et sa réputation rassuraient énormément de monde dans le paddock.
Le voir partir aussi brutalement vers Honda envoie donc un signal très fort : même lui semble croire que le futur le plus explosif du MotoGP se construit actuellement du côté du HRC.
Le MotoGP change de visage. Davide Brivio, l’homme qui a fait gagner Rossi, Lorenzo, Mir, rejoint Honda. Alberto Puig, poussé vers la sortie, devient conseiller. TrackHouse, orpheline, cherche un patron. Les pilotes, rassurés, se projettent vers 2027. Le duel avec Ducati promet. Brivio contre Dall’Igna, c’est du lourd. La saison 2027 n’a jamais été aussi attendue. Mais avant, il faudra terminer 2026. Et gérer les transitions.
































